SAINT-HIPPOLYTE DE CANTDLOUP
St.-Hippolyte de Canteloup, Sanctus Ypolùus de Canlalupi.
L'église de St.-Hippolyte de Canteloup, bâtie dans un étroit vallon , au pied d'un coteau boisé , n'offre plus aujourd'hui que des ruines.
L'appareil grossier en feuilles de fougère, que présentent les parties les plus anciennes de celte église , nous porte à faire remonter l'époque de sa construction au XIe. siècle ou aux premières années du XIIe. Les fenêtres ont été repercées à la fin du XVe. siècle.
ÉGLISE SAINT UIPPOLYTE DE CANTELOUP.
Le mur septentrional de la nef a été reconstruit en silew (1) Notes de M. Pannier.
CANTON DE LISIEUX, tr\ SECTION. 117
On remarque de ce côté, à l'intérieur de la nef, une fenêtre à plein-cintre qui a perdu son caractère primitif et qui probablement était romane. Le mur méridional , reconstruit en grand appareil, est soutenu par quatre contreforts saillants , dont l'un a été refait en briques plates au XVIIIe. siècle. Il est percé de trois fenêtres flamboyantes , autrefois divisées par un meneau , lesquelles s'appuient sur un cordon qui relie les contreforts.
A l'extrémité occidentale de la nef s'élevait un clocher en charpente , recouvert en essente.
Le portail , jadis soutenu par deux contreforts saillants , dont un seul a été conservé , n'offre plus aujourd'hui qu'un pan de mur tapissé de lierre.
Quatre fenêtres flamboyantes , partagées en deux baies par un meneau prismatique , éclairaient le chœur dont les murs , repris en silex , ne sont soutenus par aucun contrefort. Une petite porte ogivale, dont les bords sont taillés en chanfrein , s'ouvrait au midi. Le chœur se termine à l'orient par un mur droit, reconstruit en grand appareil.
L'arc triomphal , encore debout , pourrait bien remonter à la fin du XIIe. siècle. Le gable qui le surmonte , en partie reconstruit, offre un grossier blocage qui affecte la disposition en arêtes de poisson.
Les murs latéraux du chœur , revêtus d'un ancien enduit , étaient couverts de peintures simulant un appareil régulier. Les joints étaient indiqués par des lignes rouges. Au milieu de chaque appareil était peint, en lettres rouges, le monogramme du Christ. Ce monogramme , ainsi répété sur chaque pierre , était d'un effet agréable à l'œil.
Largeur des lettres 32 centimètres.
Hauteur 17 —
Hauteur de la lettre II, y compris la croix 28 —
On voit, du côté de l'épître , une piscine ogivale trilobée, dont le lobe supérieur très-aigu accuse la fin du XVe. siècle ou le commencement du XVIe.
La largeur de la nef est de 18 pieds et sa longueur de 28.
Le chœur a 16 pieds de largeur sur 1h de longueur.
Ces dimensions sont prises à l'extérieur.
L'église de St.-Hippolyte de Canteloup avait pour patron , au XIVe. siècle, Jean de Maillot; aux XVIe. et XVIIIe. siècles , le seigneur de la localité.
Il y avait, dans cette église, une chapelle de 20 livres de revenu , laquelle était à la nomination du plus proche parent du fondateur.
Une partie de l'ancienne commune de St.-Hippolyte de Canteloup a été réunie à l'Hôtellerie , et l'autre à Marolles.
SAINT-PIERUE DE CANTELOUP.
St. -Pierre de Canteloup, Sanctus Petrus de Cantalupi.
Cette église a été entièrement démolie.
Le beau rétable à colonnes torses, dans le style Louis XIV, qui surmontait le maître-autel, décore aujourd'hui le chœur de la petite église de Beuvillers , située près de Lisieux. Ce rétable avait été acheté , pour cette dernière église , en 1847 (1). Le cadre qui entoure le tableau est travaillé à jour et délicatement sculpté.
St. -Pierre de Canteloup avait été érigé en succursale; mais les habitants n'ayant pas fait les réparations nécessaires pour consolider l'église et le presbytère , la succursale fut supprimée.
L'église de St. -Pierre avait pour patron, au XIVe. siècle ,
(1) Depuis la rédaction de cet article, l'église de Beuvillers a été démolie. Le rélable ci-dessus a été vendu par morceaux à un brocanteur.
CANTON DE LIS1EUX , l'e. SECTION. 119
G. de Fumichon. Au XVIe. siècle , elle était placée sous le patronage de l'abbé de St.-Laumer de Blois. Au XVIIIe. siècle, le seigneur de Fumichon nommait à la cure.
Il y avait aussi dans cette église une chapelle, de 16 livres de revenu, à la nomination des plus proches parents des fondateurs.
St. -Pierre et St.-Hippolyle de Canteloup faisaient l'un et l'autre partie de l'élection de Lisieux , et dépendaient de la sergenterie de Moyaux. Chacune de ces paroisses comptait 26 feux.
La commune de St. -Pierre a été réunie à celle de Marolles.
Les églises de St. -Pierre et de St. -Hippolyte étaient.tellement voisines qu'il ne fallait pas cinq minutes pour aller de l'une à l'autre. Aussi existe-t-il une légende à ce sujet; la voici :
« Une certaine dame, nommée Mme. de La Bercerie, se « rendait à l'église de St. -Hippolyte, qui était très-voisine de « son château , mais en était séparée par le petit ruisseau qui « coule au fond de la vallée. Or , en passant sur la planche « qui servait de pont, elle tomba et plongea dans l'eau en « chandelle, dit la tradition. Cette dame prit une telle « horreur de l'eau après ce bain forcé que, pour n'être plus « exposée à glisser sur la malencontreuse planche, elle fit « bâtir une autre église en-deçà du ruisseau, près de sa « demeure. »
Il faut convenir que le moyen n'était pas le plus économique et qu'un pont solide eût coûté meilleur marché.
Antiquités romaines. — Ce ne sont pas les églises qui méritent le plus d'attention à Canteloup , c'est remplacement très-marqué d'une grande construction romaine, dont on peut reconnaître encore le périmètre et même les fondations entre les 'deux églises. L'ancien curé de Marolles, après m'avoir signalé cel emplacement, m'écrivait en 1834: « Les tuiles
« à rebords abondent sur ce point ; on y a trouvé des « médailles romaines en bronze. Les habitants, qui y ont « extrait des pierres pour la construction de leurs maisons , « disent que les murs de fondation avaient 10 pieds « d'épaisseur. »
Je me suis transporté à St.-HippoIyte pour déterminer l'étendue de cette villa gallo-romaine, et le plan que voici l'indiquera (Voir la page suivante).
J'ai constaté que le sol renferme encore des murs romains, quoiqu'on en ait beaucoup détruit pour faciliter les labours profonds ; la terre est toujours couverte de tuiles à rebords et de ciment romain , ramené à la surface par la charrue. J'y ai trouvé aussi des fragments de poterie antique (1).
M. le Curé de Marolles croyait que l'habitation de la dame qui avait tant de peur de l'eau se trouvait au milieu des ruines romaines, si même les murs antiques n'en faisaient pas partie; mais la tradition seule le portait à le penser, car depuis long-temps l'emplacement était livré à la culture et personne n'a vu ce château.
La voie romaine de Lisieux à Brionne ( Breviodurum) passait tout près et au nord de la grande route impériale , à 1 kilomètre de la villa romaine. L'ancien curé de Marolles s'exprimait ainsi dans sa correspondance de 1834 : « Ce « chemin est appelé Chemin ferré dans les anciens titres ; « le sentier qui le remplace s'appelle encore le Vieux- « Chemin ; il est parfaitement droit et forme une ligne « parallèle à la grande route moderne. Le vieux chemin , « qui était, dit-on, assez large, aura été accordé comme « indemnité aux propriétaires des terrains sur lesquels la « route actuelle a été ouverte. »
(1) M. le Curé de Marolles y a découvert un débris assez considérable d'un vase de poterie rouge orné de festons et de gladiateurs.
CANTON DE LLSIEUX , lr*. SECTION.
M. le Curé de Marolles, qui était un excellent observateur et qui avait suivi assez loin les vestiges de la voie romaine, a
recueilli une légende que je vais reproduire, car elle a quelque importance au point dé vue archéologique.
Ayant remarqué que la voie antique paraissait avoir été interrompue dans quelques parties , M. le Curé interrogea les paysans qui lui dirent :
« Il y avait autrefois une grande dame qui faisait faire « cette route; mais un jour elle vit sur la chaussée une pie « qui était morte : alors, frappée de tristesse et pensant à « l'instabilité des choses humaines et à la courte durée de « la vie , elle fit cesser les travaux. Voilà pourquoi la route « offre des interruptions. »
Ce qui fait l'intérêt de ce naïf récit , c'est qu'on trouve la même tradition dans des localités fort éloignées , et qu'elle s'applique entre autres à des voies romaines de la Bretagne. Cette tradition est encore consignée dans un poème du XIIIe. siècle, publié il y a quelques années par l'Association bretonne.