MESNIL-GUILLAUME
Mesnil-Guillaume , Mesnitlus Guillelmi.
L'église du Mesnil-Guillaume n'est point orientée selon l'usage : son chevet est à peu près en regard du nord-est. Elle est cependant fort ancienne; on distingue parfaitement dans les murs l'appareil en feuilles de fougère , entremêlé de ces longues briques que l'on a déjà vues à Fierville, à Ouillie-le-Vicomte ; elles sont disposées , comme dans cette dernière église, par chaînes horizontales, ou bien elles s'inclinent pour former Xopus spicatum, ou encore elles remplacent la pierre de taille, si rare dans la contrée, en garnissant les angles de la nef.
On remarque , sur le plan , qu'il y a absence complète de contreforts dans l'édifice.
On ne retrouve aucune ouverture de l'époque primitive : toutes ont été repercées à la fin du XVe. siècle , et la plupart ont subi des mutilations postérieurement. Il n'en reste plus que deux qui aient un caractère archilectoiiique : ce sont les deux grandes fenêtres à meneau du côté de l'évangile : elles sont identiques.
1) Notes de M. Ch. Vasseur.
La nef, qui avait primitivement U5 pieds de long, a été prolongée d'une travée vers 1852 ou 1853. Cette adjonction,
dirigée, je crois, par un agent-voyer, n'a rien d'architectural. En 1856 , on a transporté le clocher sur cette partie. Il se trouvait autrefois assis sur l'arc triomphal, ainsi qu'on le constate dans les plus anciennes églises. Cette pérégrination lui a été fatale. Il datait du XVe. siècle ; sa charpente était revêtue d'essente, et la base était muuie d'un double évent ou abatsons composé d'une série de petites ouvertures trilobées. L'ardoise vulgaire a remplacé l'essente , et les trilobés des é vents ont disparu.
Le chœur fait retraite sur la nef, il est petit; son chevet primitif a complètement disparu par suite de l'érection d'une
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sacristie à pans coupés qui fait le prolongement des murs latéraux. Celte sacristie est antérieure à la Révolution.
Le mobilier est de nulle valeur artistique. On peut citer cependant une statue de saint Hildevert, évêque , qui date du moyen-âge. Les autels sont encore enveloppés de leurs parements de vieille soie.
La voûte en carène de la nef a vu disparaître ses poutres apparentes depuis la première visite que j'avais faite en 1853 ; on a toutefois respecté sa forme, qui offre un profd harmonieux et bien accentué. Ses sablières sont appuyées partie sur les murs , partie sur de fort singuliers corbeaux en pierre. Quelle raison a pu engager à surmonter ces consoles, si bien moulurées , par la pierre brute qui se trouve immédiatement sous la poutre ?
La voûte du chœur est recouverte d'une épaisse couche de plâtre.
L'arc triomphal est ogival, garni de moulures prismatiques qui viennent reposer sur deux colonnes semi-cylindriques. Ces caractères indiquent assez le XVe. siècle.
Dans le tympan d'une des deux fenêtres dont nous avons parlé, se trouve ce blason :
Le pavage a conservé quelques restes bien frustes de carreaux émaillés.
158 STATISTIQUE MONUMENTALE l)V CALVADOS.
L'église est sous l'invocation de Notre-Dame. Elle dépendait du doyenné d'Orbec et de la sergenterie de Moyaux. Le patronage était laïque et appartenait au seigneur du lieu.
La paroisse comptait 76 feux (380 habitants); elle en possède actuellement k \U\
Le château est important et remarquable. Le dessin de M. Rouet fait voir la régularité de son ordonnance et son
VUE DU CHATEAU DE MESML-ÛUlLLAUfoÉ*
caractère archi tectonique. 11 est situé à une distance assez grande de l'église , du côté de la ville. Il est impossible d'en donner une meilleure description que les lignes que lui a consacrées M. Raymond Bordeaux dans son Excursion archéologique dans la vallée d'Orbec en 1850 :
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u Mesnil-Guillaume, dit-il, est un château formé de quatre corps de logis , avec une cour carrée au milieu comme beaucoup d'autres habitations seigneuriales de l'époque d'Henri IV et de Louis XIII. L'architecture, mélangée de briques et de pierres , produit un effet harmonieux. En entrant dans l'intérieur de la cour , la façade du corps de logis de gauche est bâtie en bois et d'un style plus ancien. Les colombages verticaux sont chargés d'ornements dans le goût de ceux des maisons des XV\ et XVIe. siècles qu'on remarque à Lisieux (1).
« Chemin faisant, dans les corridors, j'apercevais,
mélangés aux vulgaires pavés de nos jours, quelques carreaux faïences qui avaient assurément servi autrefois à composer de brillantes rosaces dans les chambres de ce château. Mais, vérification faite, c'étaient les mêmes types que nous avions déjà rencontrés à Beuvillers et à Mailloc, et cela me parut une preuve que ces pavés avaient été décorés dans les fabriques de poteries, si nombreuses aux environs de Lisieux.
« La seigneurie du Mesnil-Guillaume appartenait, au XVIe. siècle, à une famille d'origine kxovienne, illustrée par de grandes alliances et par la construction de monuments
(1) Cette partie est tien certainement un reste d'un château antérieur. Elle comprend sept travées de pilastres d'ordre classique, déterminées par des pièces de bois d'un équanissage beaucoup plus considérable, sculptées de ces larges feuillages à la mode sous le règne de François 1er. Mais, quand on a refait le rez-de-chaussée qui est en briques et les autres corps de logis, on s'est etforcé de moderniser cette bâtisse surannée. Les fenêtres ont été élargies et surélevées et on les a entourées de moulures qui accusent le règne de Louis XIII. La grande filière godronnée qui séparait les deux ordres de pilastres a dû suivre les contours des nouvelles baies, ce qui la fuit onduler comme un crénelage. Enfin, on a mis sous la corniche de gros modifions en bois, dûment recouverts de plâtre*
importants. Nicolas Le Vallois , seigneur d'EscoviHe , qui a fait bâtir à Caen ce magnifique hôtel du XVIe. siècle, aujourd'hui la Bourse et le Tribunal de commerce , et qui possédait le château de Fontaine-Éloupefour près Caen , était en même temps seigneur du Mesnil-Guillaume. La famille Le Vallois jouait, à Caen, un très-grand rôle au XVIe. siècle, et à Bayeux au XVIIe. Un mémoire manuscrit qui existe à la Bibliothèque de Caen , et dont l'auteur anonyme passe malignement en revue l'extraction de toutes les familles caennaises qu'on regardait alors comme nouvelles , indique celle-ci comme issue d'un simple artisan de Lisieux , enrichi dans le commerce. — Quoique les assertions de ce mémoire ne paraissent devoir être acceptées qu'avec beaucoup de réserve , les monuments viennent cependant coiîfirmer ce fait , passé sous silence par les généalogistes, que les Le Vallois sont réellement originaires de Lisieux. Mais ils avaient tort de cacher cette origine , honorable pour le commerce lexovien , car leur famille devait être déjà fort distinguée dans cette ville à la fin du XVe. siècle. Nous avons , en effet , retrouvé leur écusson sculpté aux clefs de voûte de la nef de l'église St. -Jacques, élevée vers 1520.
« Quoi qu'il en soit, j'ai cherché en vain dans le manoir de Mesnil-Guillaume l'écusson des Le Vallois. A l'intérieur de la cour, sur cette façade de charpente qui est d'un siècle environ plus ancienne que le reste des constructions, il y a, à la vérité, des armoiries; mais ce ne sont point celles de cette famille. Pourtant , tout fait croire que c'est à elle que le Mesnil-Guillaume doit la construction de ce château , d'un si bon effet dans la vallée. »
J'ajouterai à ces détails la description des magnifiques épis en terre émaillée qui terminaient autrefois les tourelles et les pignons des combles. On vient d'en retrouver les nombreuses pièces dans un coin de grenier ; M. R. Bordeaux n'avait donc
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pu les voir. La plupart avaient au moins 5 pieds d'élévation; leur exécution , leur émail peuvent les faire regarder comme des plus remarquables. On y retrouve les têtes à coquilles , les pentes de fruits et de fleurs, et ces grandes branches de lis de jardin gracieusement recourbées dont se composent les plus belles pièces connues de ce genre. Un dessin peut seul faire deviner leur importance et leur mérite. Il y avait aussi quelques pièces de fabrication plus grossière, avec une simple couverte de couleur verte. On les avait arrachées des toits pour satisfaire au niveau égalitaire républicain, et aussi à cause des fleurs de lis, symbole aristocratique.
A la fin du XVe. siècle , la terre du Mesnil-Guillaume appartenait à Guillaume de Trousseauville, chevalier, qui était également seigneur de Giverville et de Morainville, en Lieuvin.
Ensuite, comme on l'a vu plus haut, on en trouve en possession la famille Le Valois. Nicolas Le Valois, qui avait épousé, en 1536, Marie du Val, veuve de Nicolas de Grandrue, étant mort en 1561 à l'âge de kl ans, de la façon que raconte De Bras, ses biens furent partagés entre ses quatre fils qui firent tous branche. Le troisième, nommé Jean, fut seigneur du Mesnil-Guillaume et de Coq. Sa postérité ne s'éteignit qu'au commencement du XVIIe. siècle , dans la personne de noble damoiselle Marie Le Valois, veuve de feu Charles Le Goys, vivant écuyer, sieur du Parc et de Manneville, dame du fief noble, terre et sieurie du Mesnil-Guillaume, qui vivait encore en 1613 et 1617, suivant des aveux et actes originaux où je l'ai trouvée mentionnée.
En 1709 , suivant d'autres actes , la terre était passée à la famille de Mailloc ; car on trouve « messire François de Mailloc, chevalier, seigneur d'Estouteville, Mesnil-Guillaume et autres terres et seigneuries , demeurant ordinairement en son chasteau du Mesnil-Guillaume. »
Le Chapitre de Lisieux possédait, sur le territoire de cette
paroisse, une terre noble, nommée le Fief-aux-Hues, que j'ai trouvée mentionnée dans un acte original de 1557,
GLOS(0.
Glos, Glocium, dans une charte de 1284.
Le village de Glos , situé à 5 kilomètres de Lisieux , au midi, est coquettement posé sur une éminence au pied de laquelle passe en tranchée le chemin de fer de Paris à Cherbourg. Celte éminence, presque entièrement formée de sable, sépare la riante vallée de I'Orbiquet du vallon sauvage et pittoresque de Courtonne-la-JVlenrdrac.
L'église, qui occupe le point culminant du coteau, est une des plus anciennes et des plus intéressantes des environs de Lisieux. Sa construction paraît remonter aux premières années du XIe. siècle.
Les murs latéraux, beaucoup plus élevés que ne le sont ordinairement ceux des églises rurales qui datent de la même époque, offrent un ancien blocage , recouvert d'un crépi qui se détache à plusieurs endroits et laisse voir l'appareil grossier en feuilles de fougère.
Deux contreforts seulement , l'un au nord et l'autre au midi , soutiennent la nef dont les murs sont d'une grande épaisseur. La faible saillie de ces contreforts qui atteignent presque le toit ; la largeur considérable des joints qui relient les pierres ; le relief que présentent ces joints, dont les bords sont taillés en biseau ou chanfrein ; enfin , l'arrangement des pierres, posées en délit et formant des espèces de chaînages ( cette disposition est surtout visible à l'angle sud-est et à l'angle nord-est de la nef), sont autant d'indices d'une haute antiquité. Nous ferons observer que la nature des pierres em-
(1) Noies de M. Pitnnier.
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ployées dans la construction des contreforts est différente : les unes sont en calcaire oolithique , d'un grain très-fin ; les autres en calcaire très-poreux, ayant une grande ressemblance avec le tuf ou travertin, qui était généralement en usage pendant la période romane.
Les murs latéraux du chœur, fortement en retraite sur ceux de la nef et également recrépis , n'étaient soutenus primitivement par aucun contrefort. Les contreforts saillants, à double glacis , que l'on voit à l'extrémité orientale de ces deux murs, près du chevet , ont été élevés à la fin du XVe. siècle ou au XVIe. La partie supérieure de ces contreforts a été refaite en briques plates dans le courant du XVIIIe. siècle.
Le mur droit qui termine le chœur, à l'orient, est soutenu par deux contreforts saillants , en pierre , à double glacis. Contre ce mur , entièrement recrépi et sur lequel on n'aperçoit aucune trace de fenêtres, est appliquée une sacristie en briques qui date du siècle dernier.
Des fenêtres à plein-cintre et à claveaux extradossés, semblables à celles qui s'ouvraient dans la partie supérieure des murs latéraux du chœur et dont on aperçoit encore quelques vestiges, éclairaient primitivement l'église.
Cet édifice a été repercé à la fin du XIIe. siècle , ou dans les premières années du XIIIe., ainsi que l'atteste l'étroite fenêtre en forme de lancette qui éclaire le chœur du côté septentrional. Une lancette semblable s'ouvrait dans le mur méridional. Ces deux fenêtres sont en partie inscrites dans les anciennes ouvertures, qui étaient romanes et placées un peu plus haut. Deux fenêtres ogivales un peu plus larges , du même temps, laissent pénétrer le jour à l'intérieur de la nef, l'une au nord et l'autre au midi.
Le chœur est éclairé au midi par deux fenêtres : l'une sans caractère , l'autre à ogive aiguë , très-large. Cette dernière fenêtre était aul refois partagée en deux baies par un
meneau. La moulure torique, garnie d'un listel, qui l'encadre accuse le XIVe. siècle.
Les deux larges ouvertures en brique pratiquées dans le mur méridional de la nef sont cintrées , dans la partie supérieure. Au-dessus on lit la date 1780, qui indique une réparation faite à cette époque. L'une de ces fenêtres offre l'inscription suivante :