‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 4)Chapitre 27 sur 203 · MEI MATER ALMA · texte numérisé non relu

MEI MATER ALMA

COELICA PLENA GRACIA.

Deux petites crédences , l'une ogivale , trilobée , l'autre surmontée d'une ogive en accolade, sont pratiquées dans les murs latéraux.

Le mur occidental était peint à fresque. On aperçoit encore trois ovales formés de rinceaux , au centre desquels on lit ,

en lettres rouges fy| J^ et J^î ^ . Près du mur , à gauche , était placé un escalier qui conduisait a une tribune réservée au seigneur de la localité.

Un bel arc triomphal, supporté, par deux colonnes dont la base est formée d'un hexagone , sépare le chœur de la nef. L'extrados est couvert de peintures simulant des imbrications.

Près de la petite porte qui donne entrée dans le chœur est placé un bénitier, en forme de coquille, portant le millésime

Le maître-autel offrait, au XVIe. siècle, un beau rétable en pierre qui a été découvert , il y a quelques années , en creusant le sol de l'église.

Ce retable, dont la Société des Antiquaires de Normandie a fait l'acquisition , se compose de plusieurs groupes exécutés en haut-relief , représentant diverses scènes de la vie de la Sainte- Vierge et de l'enfance de Jésus , telles que l'Annonciation ; la Visitation ; la crèche et l'adoration des bergers ; la visite des rois Mages ; la Présentation de Notre Seigneur au temple; le massacre des Innocents ; la fuite en Egypte. Un autre groupe représente la légende des moissonneurs coupant le blé sur le passage de Jésus-Christ.

Tous ces groupes, autrefois miniatures , sont traités avec celte délicatesse et celte naïveté charmante qui caractérisent les œuvres de la Renaissance.

Cet autel fui remplacé, sous le règne de Louis XIV , par le grand rétable que nous avons décrit à l'article JMarolles.

Les deux petits autels furent décorés, dans le même temps, de rétables en bois à colonnes cannelées et rudenlées.

La nef a environ 35 pieds de long (mesure ancienne) dans œuvre sur 21 de large. La longueur du chœur est de 18 pieds et sa largeur de 10 pieds (1).

Dans le cimetière s'élève un très-bel if, qui a 1 mètre de diamètre dans sa partie moyenne.

L'ancienne paroisse de Cirfontaine offrait un territoire très-

(lj Depuis la rédaction de celle notice, l'église de Cirfontaine a été entièrement démolie.

CANTON Dh L1SIEUX, M SECTION **«

restreint. Au XVIIIe. siècle, elle ne comptait que 18 feux.

Sous le rapport spirituel , elle dépendait du doyenné de Moyaux ; pour le civil , de la sergenterie du même lieu.

Cette paroisse remonte à une haute antiquité. On trouve dans les rôles de TÉchiquier, à la date de 1195 , le nom de Willelmus de Siro fonte.

A la fin du dernier siècle , la famille de Tournebu possédait , dit-on , la terre de Cirfontaine. Ses armoiries étaient : d'argent à la bande d'azur.

Au commencement du même siècle , cette terre était dans les mains de la famille de La Sauvagère. Guillaume de La Sauvagère , sieur de Cirfontaine, fut anobli en 1612 et maintenu en 1666. V Armoriai de d'Hozier , rédigé dans les dernières années du XVIP. siècle, fait mention de Pierre de La Sauvagère, sieur de Cirfontaine, et de Charlotte du Faguet, sa femme. Ils eurent un fils , nommé Marc-Antoine, qui prenait, en 1711 , le titre de sieur de Saint-Laurent, et demeurait dans la paroisse de St.-Julien-de-Mailloc.

Jean des Perrois , qui vivait en 15^1 , prenait le titre de seigneur de Cirfontaine. Nous ignorons comment cette terre est entrée dans ses mains, et comment elle en est sortie.

La Haute- Rocque. — Outre le manoir, chef-lieu de la paroisse, M. Charles Vasseur ne cite qu'un seul fief sur le territoire de Cirfontaine, celui de la llaute-Rocque. Cet ancien nef est situé un peu au-dessous de l'église , à l'entrée d'un vallon qui aboutit à Courtonnel.

« Jean Le Tellier , sieur de la Haute-llocque , paroisse de « Cirfontaine , élection de Lisieux , l'un des douze associés c, du Canada, fut anobli par lettres de décembre 1629, vé- « riliées en 1638. Il eut un fils, appelé aussi Jean Le Tellier, « sieur de la Haute-Uocque , qui fut maintenu le V\ février -, 1668, avec Pierre Le Tellier, son fils. Xhevillard leur

« donne pour armoiries : De gueules à trois navettes à tisser « d'argent posées en pal, 2 et \. »

Celte famille s'est éteinte à l'époque de la Révolution , dans une fille qui avait épousé M. de Boctey-Marolles.

C'est également à la fin du XVIIIe. siècle que la terre de la Haule-Rocque vint en la possession de M. Charles du Bois, qui appartenait à une très-ancienne famille de Normandie, dont on peut suivre la filiation depuis l'année 1066. M. du Bois est mort sans postérité. Il a été inhumé dans le cimetière de Marolles.

VIIXERS-SUR-GLOS (I).

Villers-sur-Glos, ecclesia de Villaribus , de Villula,

La paroisse de Villers ayant été supprimée lors du Concordat, et son territoire réuni à Glos, l'église a été démolie il y a une vingtaine d'années.

La cloche, instrument précieux, et les deux petits autels, sont maintenant dans l'église de Glos. On y avait également transporté le maître-autel ; mais comme il n'y avait point d'endroit propice pour le placer, il a été dépiécé : on en voit dans le clocher les morceaux disloqués. C'était un autel à pilastres avec trois tableaux , dont deux en forme d'ellipse. Le tabernacle était surmonté d'une exposition, consistant en un dôme quadrangulaire porté sur quatre colonnes corinthiennes.

L'église de Villers devait dater des derniers temps de l'époque ogivale. Le chœur faisait retraite sur la nef, selon l'usage. Le clocher s'élevait à l'ouest : il consistait en un beffroi carré , couvert d'une pyramide quadrangulaire. Au midi était le portail , protégé par un porche en bois. Les voûtes étaient en merrain , avec charpentes apparentes. Celle du chœur était peinte en bleu-azur avec un semé

(i) Notes de M, Ch. Vasseur.

CANTON DE LISIEUX, lre. SECTION. 151

d'étoiles d'argent. Les fenêtres avaient des vitraux. M. le docteur Billon en possède un médaillon. Il occupait l'oculus d'une fenêtre géminée de la Renaissance. Les fonts étaient ornés d'arcatures gothiques.

Cette paroisse était sous l'invocation de la Vierge. Les patrons étaient, au XIVe. siècle., heredesde Moia; au XVIIIe., l'évêque de Lisieux.

Le fief principal de cette paroisse devait être la Motte, puisqu'il avait le droit de patronage. Il est situé tout près de l'ancien enclos de l'église, qui formait enclave dans ses terres. Il se trouve assis sur le bord d'un petit ruisseau qui emplissait autrefois ses fossés , et c'est sans doute à cette situation qu'il doit son nom. Il ne consiste, du reste, actuellement qu'en une maison de bois peu considérable, pouvant dater du règne de Louis XIV. Je ne crois pas qu'il ait jamais existé de manoir féodal appelé proprement Villers , et je pense que ceux des gentilshommes que l'on trouve avoir pris cette qualification étaient seigneurs de la Motte. Je cite donc ici, comme intéressant la Motte, « un mandement du 17 octobre U75 du lieutenant du bailli d'Évreux à l'évêque de Lisieux , qui ordonne de conférer la cure de Notre-Dame-des-Prés, située à Villers, à celui que présente Estienne Flambart , seigneur dudit Villers. » ( Archives du Calvados. )

On trouve ensuite ce fief dans les mains de la famille de Boctey. Je crois que l'on peut regarder celte famille comme originaire de Lisieux, puisque plusieurs de ses membres y remplirent des charges d'édilité dans les dernières années du XVe. siècle. En 15^0, « Guillaume Bottey , damoiselle Guillemelte Berlhelot , sa mère, et damoiselle Gillette Bottey, leur cousine, firent leurs preuves devant les élus de Lisieux»; ils demeuraient à Villers. Noble homme Gilles Le Boctey , sieur de la Motte , figure dans un acte original du 30 avril 1561. Un acte de 163^ parle des héritiers du sieur do Boctey , écuyer , sieur de la Motte.

152 STATISTIQUE MOMVJENTALh DU CALVADOS.

D'après l'inscription de la cloche, François Lebrun était sieur de la Motte en 1668. Il avait des alliances avec la famille de Mailloc.

D'autres fiefs se trouvaient sur le territoire de Notre-Dame de Villers , bien que sa superficie ne soit pas considérable : tels étaient Grosmesnil , conligu à la Motte ; le Boulley et Blancheporte, enfin la Quaise qui offre un grand intérêt.

En 1540, Grosmesnil était dans les mains de Marc de Gouvis, gentilhomme de très-ancienne lignée. A la fin du XVIe. siècle, il était passé à la famille de Boctey. On trouve , en 1606 et 1614, noble et vénérable maître Michel Le Boctey, piètre , seigneur temporel du Grosmesnil , prieur de Mervilly, etc., puis curé de Notre-Dame-de-Villers.

Ce sont encore les de Boctey qui possédaient le Boulley. Les registres de l'hôtel -de-ville de Lisieux ont conservé le nom de « maistre Gabriel Le Boctey, escuier , sieur de Marolles et du Boulley, procureur du roi en l'élection de Lisieux (1552-1577). Maistre Michel Le Boctey, sieur du Grosmesnil , avait pour frère Louis Le Boctey , escuier, sieur du Boulley, qui avait épousé, le 3 juillet 1597, Catherine de Franqueville , fille du sieur de Collandon , dont la postérité a possédé le même fief pendant plusieurs générations (1). »

Le Boulley est, je pense, la propriété de M. Aug. Asselin, receveur des finances, membre de l'Association normande. Il est situé entre deux coteaux boisés, dan> une situation charmante. La maison, assez importante, a deux ailes qui datent du règne de Louis XIV , avec toit à la Mansard. Le centre parait beaucoup plus ancien , mais il a été modernisé à un tel point qu'il est impossible d'en reconnaître la date. Il a pourtant conservé son toit élevé et une grande cheminée en

(1) Il résulte d'actes authentiques que cette terre du Boulley était dans les mains de la famille de Boctey ; mais elle possédait en même temps le fief du Boulley, beaucoup plus important, situé à St.- Germain-de-Livet.

OflBTOfl DE LlStEUX, lre. SECTION. 153

briques ornées d'arcatûres simulées avec dessins dans les fonds , système qui remonte au XVIe. siècle.

Le colombier carré , construit en briques , est surmonté d'un épi en terre jaune vernissée , qui représente un pigeon.

La famille de Boctey était encore en possession d'un autre fief assis sur le territoire de la même paroisse , mais à un quart de lieue au moins vers le midi , de l'autre côté de la vallée ; il se nommait la Houssaye.

Noble homme Me. Adrien Le Boctey, sieur de la Houssaye, vivait en 1570 et 1587, suivant des documents originaux que j'ai eus entre les mains. J'ignore le nom de son fils. Un acte du 6 juillet 1641, fait mention de son petit-fils, Anthoine Le Boctey, écuyer, aussi seigneur de la Houssaye. Il fournit ses preuves de noblesse en 1666 à Notre-Dame-de-Villers, avec- Gilles Le Boctey, sieur de Glatigny.

Je n'ai trouvé qu'un seul acte où il soit question de la Blancheporte et de son propriétaire, M". Pierre Toustain. Cet acte, daté du 1er. février 1634, relate une vente de trois pièces de terre situées à Glos, dépendantes de la sieurie deCirfontaine.

Le fief le plus intéressant pour l'archéologue , bien qu'il n'ait pas été hiérarchiquement le plus important, c'est certainement la Quaise ou la Quèze.

Malgré les nombreuses mutilations que cette maison a subies , elle n'en reste pas moins un rare spécimen des constructions domestiques du commencement du XVIe. siècle. Klle est en bois : toutes ses poutres principales sont couvertes de sculptures dans le style du règne de François Ier. Les sablières qui séparent les étages sont sculptées, à leurs extrémités, d'un nerveux rageur qui engloutit les moulures. Toutes les autres pièces, verticales ou horizontales, sont couvertes de culs-de-lampe, de rosaces, de losanges, d'enroulements et autres motifs analogues. Une jolie porte en accolade avec pinacles, blasons, feuillages, s'ouvre dans la façade; malheureusement elle a souffert.

15/l STATISTIQUE MONUMENTALE DU CALVADOS.

Les entrecolombages sont remplis par des briques vernissées rouges et vertes , formant des dessins, tant par la variété de leur couleur que par leur disposition.

La face qui regarde le jardin n'est guère moins ornée. La base , jusqu'au premier étage , est en échiquier de pierres et de briques. Sur une poutre centrale est sculpté un blason chargé d'une croix vairée et surmonté d'un chapeau de cardinal avec les houppes. C'est celui du cardinal Jacques d'Annebault, évêque de Lisieux, de 15&3 à 1560; on peut s'en servir comme de date pour la maison.

L'intérieur n'avait pas été moins soigné que l'extérieur. La principale chambre est pourvue d'une vaste cheminée dont le manteau , orné de moulures , est porté par deux colonnes engagées. Les sommiers des plafonds sont sculptés d'entrelacs et de rosaces.

Cette maison était autrefois couverte d'un grand toit de pavillon avec double épi. Des tuiles vernies de différentes couleurs formaient, sur ce grand comble des dessins ingénieux. En 1 868 , l'amour de l'égalité a fait stupidement ravaler ces fiers pignons au niveau des combles mesquins de l'époque moderne. Cependant, sans nul doute par économie, on a replacé sur le toit une partie des tuiles vernies , rouges, vertes et jaunes.

Les fenêtres étaient carrées et étroites, sans ornements, si l'on en juge par celles que l'on voit encore, quoique bouchées, dans certains endroits. Les autres ont été élargies, il y a environ vingt ans.

Le colombier a été détruit en même temps que le comble , comme un vil instrument de la féodalité. Il était rond, de dimension fort ordinaire et sans architecture.

Je n'ai pu me renseigner sur les possesseurs de ce fief. Je sais seulement qu'en 1540 Silvain de Fa tou ville , sieur de la Ouaise, produisit ses titres devant les élus de Lisieux.

Par l'acte de 1634 , déjà cité, on connaît que Michel Costard, président en l'élection de Lisieux, était sieur de la Quèze. Un autre titre des Archives des hospices, de 1667, m'a fourni le nom de « Me. Pierre Costard, escuyer, sieur de la Quaize, conseiller du Roy , trésorier de France au bureau des finances de la généralité d'Alençon. » Je ne sais depuis quand ni comment cette famille était en possession de cette terre.

La paroisse de Villers dépendait de l'élection de Lisieux, sergenterie de Moyaux , et comptait UO feux.

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