AU GRAND SAINT LAURENT
170 STATISTIQUE MOMjMLISTALE DU CALVADOS.
Château de Coq. — A 1 kilomètre environ du village de Glos, au pied d'un coteau qui domine la rive gauche del'Orbiquet , s'élevait un ancien manoir auquel , dans le pays , on donne le nom de château. D'après la tradition locale , ce château aurait été détruit par les Anglais dans le milieu du XVe. siècle, après la bataille de Formigny , qui les expulsa définitivement du sol normand. On voyait encore, il y a une vingtaine d'années, quelques vestiges des murs de fondation. La maison en pierre qui s'élève à mi-côte a été, dit-on, bâtie avec les pierres provenant des débris de cet ancien château dont les communs s'étendaient au nord jusqu'au chemin.
La découverte de nombreuses monnaies françaises ( 800 environ) qui a eu lieu, en 1859, dans la cour de la Folletière, qui domine, au nord-est, le village de Glos , atteste les luttes sanglantes dont cette partie de la Normandie a été autrefois le théâtre. Le plus grand nombre de ces pièces , qui sont en cuivre et en alliage et de différents modules , remonte aux règnes de Philippe de Valois , de Jean II, dit le Bon , et de Charles V. Quelques-unes, de grand module, sont de Louis Ier. ou de Louis II, comte de Flandre, qui prit parti pour Edouard III , roi d'Angleterre.
Dans une cour voisine, appartenant au même propriétaire, se trouve une ancienne carrière de marne, divisée en plusieurs galeries dans lesquelles on a découvert une douzaine de boulets en pierre. La partie supérieure de cette cour forme un plateau, assez régulier, qui commande plusieurs vallons aboutissant à la vallée de l'Orbiquet. C'était un point stratégique assez important.
Glos possédait autrefois un château-fort dont il ne reste plus aucun vestige. Cassini n'a pas marqué sur sa belle carte de France, dressée de llhk à 1793 , l'emplacement de ce château : d'où il faut conclure qu'il n'existait plus à cette époque. On aperçoit à peu de distance , au sud de l'église,
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sur le bord de la rivière , une motte féodale près de laquelle s'élevait, dit-on, le château.
En 1066, un seigneur de Glos-sur-Lisieux, prit part à la conquête de l'Angleterre. En 1220, Robert de Glos , fils de Philippe donna à la Maison-Dieu de Lisieux plusieurs redevances qui lui étaient faites à Glos.
C'est au XIIIe. siècle que l'évêque de Lisieux paraît être entré en possession de la terre de Glos. Il existe au Trésor des chartes une obligation de l'évêque et du chapitre de Lisieux pour plusieurs acres de terre et divers droits aux paroisses de Glos, Cordebugle et autres, qui leur avaient été données à ferme par le roi.
Glos et Courtonne formaient une des sept baronnies qui composaient le comté de Lisieux et par conséquent relevaient de la juridiction de l'évêque. Les autres baronnies étaient Nonant , près Baveux ; ïhiber ville , Gacé , Canapville , près Vimouliers ; Bonneville-la-Louvet, Touques.
Carrières de Glos. — La voie romaine de Lisieux à Chambrais traversait Je territoire de Glos. C'est sur le bord de cette ancienne voie que se trouvent les célèbres carrières de Glos, dont les coquillages fossiles ont été décrits avec soin par MM. Goubert et Zittel , dans leur Dictionnaire de Conchyliologie.
Le sable de Glos appartient au corallien supérieur. « Il « correspond par la stratigraphie et par plusieurs de ses fos- « siles aux grès à Triyonia Bronni, avec alternance de sables <« de la falaise d'Hennequeville. »
Les espèces que contiennent ces sables sont peu nombreuses , mais quelques-unes sont fort riches en individus. La partie supérieure des bancs qui bordent le chemin est blanchie par de nombreux débris de coquilles pourries, par suite d'infiltrations postérieures à leur dépôt.
Aqueduc romain. — Sur le penchant d'un coteau escarpé qui domine à gauche la route d'Orbec, au-dessus d'une carrière de sable située en-deçà du pont, M. le docteur Billon a découvert, en 1868, un aqueduc romain, parfaitement conservé , qui prenait les eaux à une source voisine et les portait à l'ancienne cité gallo-romaine des Lexovii (Noviomagus Lexoviorum). Ce tronçon d'aqueduc, construit en béton comme tous les travaux de ce genre que nous ont laissés les Romains , a été examiné, l'année suivante, par un grand nombre de membres de la Société française d'archéologie , réunis à Lisieux lors de l'Exposition régionale. Un croquis très-exact de cet aqueduc , dessiné par M. Bordeaux , a été publié dans Y annuaire de l'Association normande pour 1852*
Bruyères de Glos. — Les bruyères de Glos, bien connues des botanistes, occupent un plateau très-élevé , situé à l'ouest du village. M. Durand-Duquesnay , dans son Catalogue raisonné des plantes vasculaires de l'arrondissement de Lisieux ( Bulletin des travaux de la Société d'Émulation , année 1846), donne la liste des plantes rares qui croissent sur ces bruyères , particulièrement dans les parties tourbeuses. De larges voies traversent aujourd'hui ce plateau , qui domine la rive gauche de l'Orbiquet.
Manoir. — Au milieu des prairies s'élève un ancien manoir , appelé la Vallée, qui a appartenu à la famille de Franqueville. Ce manoir, situé à peu de distance de l'église , près de la rivière, est une construction en bois du XVIe. siècle. Une des salles offre un joli pavage émaillé , dans un bon état de conservation.
Le colombier est de forme circulaire.
De l'autre côté de la rivière , à l'angle d'un chemin qui se dirige vers l'église de Beuvillers , s'élève une construction en
bois d'une certaine importance. L'étage supérieur est bâti en encorbellement. Une tourelle carrée renferme l'escalier A l'intérieur, on remarque une vaste cheminée et une ancienne porte à panneaux plissés. Cette construction, qui date de la fin du XVe. siècle, a dû appartenir à une communauté religieuse.
BEUVILLERS (1).
Beuvillers, Beuvillare, Bouvillare , Beuvilliers. Sur le penchant d'un coteau qui encadre , au couchant, la riante vallée de l'Orbiquet , s'élevait d'une manière pittoresque la petite église de Beuvillers , dont la construction , très-ancienne , remontait à la période romane. Cette église a été démolie en 1863.
Le chœur et la nef étaient placés sur la même ligne.
Les murs latéraux de la nef, que recouvrait un crépi ancien, étaient construits en blocage et dépourvus de contreforts. Le mur septentrional offrait une fenêtre carrée , du XVIe. siècle , et une fenêtre sans caractère.
La principale entrée était au nord. La porte, à pleincintre , entourée d'un tore du XVIe. siècle , était précédée d'un porche en bois, d'une certaine importance, qui fut fermé et transformé en chapelle des fonts vers 1840.
Une petite statue en pierre , représentant sainte Cécile , était posée sur un cul-de-lampe , au-dessus de la porte , à l'extérieur de l'édifice.
On apercevait, à gauche de cette porte, les vestiges d'une arcade à plein-cintre (probablement romane) qui donnait anciennement accès dans la nef.
Il n'y avait jamais eu d'ouverture à l'occident. La porte qui donnait accès dans la nef était moderne : elle avait été ouverte en 1840.
Vers l'une des extrémités du mur méridional on apercevait
(1) Notes de M. Pannier,
une très-petite ouverture à plein-cintre, romane, presque aussi large que haute, dont les bords étaient simplement taillés en chanfrein ou biseau. Elle était fermée par une vitre épaisse , appelée œil-de-bœuf.
Le chœur , ainsi que nous l'avons dit , ne faisait point retraite sur la nef. Le mur septentrional , construit en blocage , paraissait dater du XIIIe. siècle. L'un des contreforts, engagé en partie dans le mur de la sacristie , avait été élevé à la même époque. Un autre contrefort , placé à l'extrémité occidentale, datait, comme ceux du chevet, du XVe. siècle. Une ouverture en forme de lancette était pratiquée dans ce mur. Cette fenêtre , qui était ébrasée à l'intérieur , mesurait 90 centimètres de hauteur sur 20 de largeur. Le mur méridional avait été reconstruit entièrement au XVe. siècle. Près de l'angle s'élevait un contrefort. Les deux fenêtres qui éclairaient le chœur de ce côté affectaient la forme ogivale ; elles étaient, du reste, dépourvues de tout caractère architectural.
Des contreforts du XVe. siècle soutenaient , comme nous l'avons dit, le chevet qui était droit,
Un petit clocher en charpente s'élevait au-dessus du gable occidental. La croix en fer qui couronnait la pyramide paraissait ancienne. Les croisillons se terminaient par des fleurs de lis. Ce clocher contenait une cloche qui offre l'inscription suivante :
f j'AY ÉTÉ BÉNIE PAR Me. CHARLES-JACQUES BOUSSELIN CURÉ DE BEUVIL- LEBS ET NOMMÉE MARIE Se-CÉCILE PAR Mr. PIERRE BRUNOT EMMANUEL ESTIÈVRE MARQUIS DE TRÉMAUV1LLE ET MADAME MARIE CLAUDE DE GRIEU, SON ÉPOUSC, DEMEURANTS A PARIS EN LEUR HÔTEL PLACE DU PALAIS BOURBON N°. 85 A PARIS, ANCIENS SEIGNEURS DE BEUVILLERS. M". JEAN BAPTISTE LE CERF, MAIRE, ALEXANDRE LIQUAIRE SURNOMMÉ DU LONGPRÉ, ADJOINT, JEAN FRANÇOIS PETIT ET De ROSE FOCET, SON ÉPOUSE, JEAN BAPTISTE NICOLAS GUERBETTE TOUS PROPRIÉTAIRES ET MAMBRE DU CONSEIL MUNICIPAL. LA VILLETTE DE LISIEUX m'a FAITE 1816.
La charpente de la voûte, en forme de berceau, paraissait
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ancienne. Afin d'éviter la poussée sur le sommet des murs, on l'avait établie sur blochets ou sabots, les chevrons portant ferme. Cette voûte, sans entraits, était lambrissée en douves de sapin.
A l'intérieur comme à l'extérieur de l'édifice, les murs avaient conservé leur litre funèbre couverte d'écussons. Ces blasons, relevés avec soin par M. Charles Vasseur , étaient ceux de la famille de Franqueville.
Le maître-autel , qui était l'un des plus riches de l'ancien diocèse de Lisieux, attirait les regards des connaisseurs.
Le rétable provenait de l'ancienne église de St.-Pierre-de- Canteloup. Il avait été acheté en 1847 pour l'église de Beuvillers. Ce magnifique rétable, décoré de deux colonnes torses autour desquelles s'enroulaient des ceps de vigne chargés de grappes de raisin , datait du règne de Louis XIV. Le cadre qui entourait le tableau était travaillé à jour et délicatement sculpté.
Le tabernacle, œuvre de patience et de goût, avait appartenu à l'abbaye de St. -Désir de Lisieux. Il avait été donné à l'ancienne église de St. -Désir ( démolie pendant la Révolution), par Marie de Raveton de Chauvigny , abbesse du monastère des Bénédictines (1599-1634).
Ce tabernacle, de forme hexagone, offrait deux étages. Le premier étage était décoré de cinq niches, séparées par de légères colonnettes accouplées, détachées du pavillon et placées sur les angles. Les statuettes renfermées dans ces niches étaient : le Sauveur du monde, saint Pierre, saint Paul, saint Benoît et sainte Scholastique. Le second étage, formant couronnement , présentait un dôme imbriqué, surmonté d'un lanternon à jour, sur le sommet duquel était posée une statuette représentant le Christ tenant une croix de Résurrection. Ce genre d'amortissement est assez rare. Les taberna-
des de cette époque se terminent ordinairement par une croix faite au tour, appelée avellane.
Les deux gradins étaient couverts d'arabesques en relief, interrompues par un blason placé au-dessous du tabernacle. Cet écusson était celui de l'abbesse qui avait fait exécuter ce beau travail.
Le tabernacle que nous venons de décrire avait pour complément une jolie garniture de candélabres en bois tourné, avec torchères.
Nous aurions vu avec plaisir ce tabernacle replacé dans la nouvelle église , dont il aurait été le plus bel ornement. . Le tombeau , de forme carrée , était garni autrefois d'un parement en étoffe.
De chaque côté du maître-autel étaient placées deux anciennes statues. L'une, en pierre , représentant sainte Cécile, paraissait dater du XVe. siècle ; l'autre , en bois , de sainte Radégonde , artistement sculptée , datait du règne de Louis XIII.
Cinq pierres tombales se voyaient dans le chœur. Une seule avait conservé , en partie , son inscription gothique :
. . . GDsmont eit son muant seigneur î>e iïlaltcorne , $eufuiller ,
Jtlillouct-le~i3as et Sainct-dÊermain be JUaroles qui ùkèùa le X§2
^'octobre mil cinq cens ££3
Les squelettes de ce seigneurel de sa femme étaient représentés et gravés au trait sur la pierre. Dans les angles supérieurs étaient placés leurs blasons : d'Osmont ; de gueules au vol d'hermines.
Au milieu du chœur apparaissait une pierre tumulaire , dont la face principale était tournée contre terre. La grande épaisseur de cette pierre , qui était en schiste noir imitant le marbre , nous porte à croire qu'elle était ornée de l'effigie
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en haut-relief du personnage qu'elle recouvrait, et qu'elle aura été retournée.
Le chœur était fermé par deux petits autels sans rétable.
Celui de droite (côté de l'épître) était surmonté d'une ancienne statue en pierre, dorée et miniaturée, représentant sainte Anne.
L'autel placé du côté de l'évangile était couronné d'une statue, également miniaturée, représentant la Sainte-Vierge. Ces deux statues , que nous avons remarquées au milieu des décombres , lorsqu'on a démoli la vieille église , nous ont paru d'une bonne exécution.
Ces deux petits autels , placés de chaque côté de l'arc triomphal, n'avaient qu'un gradin, sur lequel étaient posées les statues dont nous venons de parler. Sur le milieu d'un de ces gradins, ornés de petits tableaux en forme de médaillon, on lisait :