MALAIS SA MÈRE
A côté de l'un de ces autels était placé un petit chandelier en cuivre , de 20 centimètres environ de hauteur , qui offre une grande ressemblance avec un chandelier de même métal, gallo-romain , découvert , il y a quelques années , à Lisieux , dans les fondations d'une maison appartenant à la communauté de la Providence. Près de ce dernier chandelier , dont l'origine ne saurait être contestée, on a trouvé plusieurs fragments de briques romaines. Le chandelier de Beuvillers ne paraît pas remonter au-delà du XIIe. siècle.
Entre ces deux autels s'élevait , comme nous l'avons dit , l'arc triomphal , qui était en bois peint.
Cet arc , qui datait du même temps que les autels , était
surmonté de l'effigie du Christ, qu'accompagnaient les statues de saint Jean et de la Sainte- Vierge. Deux urnes, de même style , répondaient aux piliers sur lesquels il reposait.
Tout cet ensemble , plein d'harmonie , qui rappelait la disposition des anciens jubés, était très-religieux et d'un effet saisissant.
Sous le porche, qui avait été converti, comme nous l'avons dit, en chapelle, on remarquait les fonts de l'ancienne église de St.-Hippolyte-du-Bout-des-Prés, qui a été démolie en 1832 ou 1833.
On voyait aussi dans la même chapelle deux statues en bois (saint Jean et la Sainte- Vierge ) qui provenaient de la chapelle du château de St.-Hippolyte.
La nouvelle église, placée un peu plus bas que l'ancienne, ne présente aucun intérêt à l'archéologue.
L'église de Beuvillers était placée sous l'invocation de sainte Cécile.
Le patronage appartenait au Chapitre de la cathédrale.
Beuvillers faisait partie de l'élection de Lisieux et comptait quarante feux.
Château. — Il ne reste plus de l'ancien manoir féodal de Beuvillers, qui s'élevait au fond de la vallée, qu'une poterne flanquée de deux tourelles, d'un effet très-pittoresque.
Cette délicieuse tête de pont, dont M. Bouet, membre de la Société française d'archéologie, a fait un charmant dessin, est accompagnée d'un pan de mur en brique percé de meurtrières.
« Le rez-de-chaussée, dit M. Raymond Bordeaux (1),
(1) Compte-rendu d'une excursion faite dans la vallée d'Orbec en
CANTON DE L1SIEUX, lre. SECTION. 179
« auquel nous empruntons les lignes suivantes , est bâti en « damier de pierres et de briques alternativement rouges et
« vertes; le premier étage est en bois, recouvert d'essen tes <• disposées en dessins variés. Un escalier à vis, contenu « dans l'une des tourelles , mène dans une chambre haute « placée au-dessus de la porte , où existe , à peu près com- « plet, un superbe pavage en carreaux de terre cuite, dont (( l'émail jaune et vert est d'une rare fraîcheur encore. Des « fleurons de la Renaissance décorent chacun de ces pavés , « tous semblables de dessins, mais tantôt bruns avec des « fleurons verts, tantôt rouges avec des fleurons jaunes. Ces « pavés sont disposés quatre par quatre pour composer des « rosaces , et les rosaces alternent de manière que le plan- « cher de la chambre présente un échiquier rouge et vert , « couleurs qui se remarquent aussi dans l'appareil de lt « maçonnerie.
« Ce beau pavage , ajoute M. Bordeaux , dans ce langage
« pittoresque et coloré qui donne un si grand charme au « récit , est couvert de décombres et la chambre est ouverte « à tous venants. Le grand toit du pavillon s'effondre triste- « ment; les flèches coniques des tourelles laissent déjà entre- « voir leurs chevrons noircis par la pluie. »
Nous ajouterons, pour compléter le tableau, que la lucarne qui surmonte le toit de la poterne était couronnée d'un bel épi vernissé en terre du Pré-d'Auge. Les jolis pavés émaillés décrits par M. Bordeaux provenaient de la même fabrique, dont nous parlerons à l'article Pré-d'Auge.
Le fief de Beuvillers relevait du comté de Lisieux.
On trouve dans les Rôles de l'Échiquier de Normandie : Wido de Boviler, en 1180 ; Robert de Busviler, en 1195; Robert Cardon de Bueviler , même année.
Nous ignorons les noms de ceux qui possédèrent ce fief aux XIIIe., XIVe. et XVe. siècles.
Au XVIe. siècle , le fief de Beuvillers appartenait à la famille d'Osmont.
« Le premier qu'on trouve en possession de ce fief , dit « M. Charles Vasseur, est Robert d'Osmont, seigneur de « Beuvilliers en partie et de Creully , qui épousa Alix de <« Bures. Il transmit cette terre à ses descendants , qui la « conservèrent pendant plus de cent ans. Le dernier qui la « posséda est Guillaume d'Osmont , chevalier , seigneur « d'Aubry-le-Pantou et du Mesnil-Froger, qui l'échangea, « suivant contrat du 2 février 1640, avec Jean Le Michault, « lequel obtint, cinq ans plus tard, des lettres de noblesse et « le titre d'écuyer. Il avait épousé, en 1615, Marguerite « Parfait , fille d'un greffier en chef de l'élection de Paris. « De cette union naquirent dix-huit enfants , ainsi que le « constate une généalogie manuscrite. L'aîné des garçons , « Guillaume, né le 18 février 1621, fut seigneur de Beuvil- « lers, le Val-Durand et Douville. Malgré sa nombreuse
CANTON DE LISIEUX , Ie. SECTION. 181
« parenté, il n'eut pour héritière que Françoise Le Michaut, « sa sœur, née le 27 septembre 1630, laquelle avait épousé, (• en 1653, Jacques de Franqueville, écuyer, sieur de La « Vallée , fief situé à Glos. »
La famille de Franqueville a possédé la terre de Beuvillers jusqu'à la fin du XVIIIe. siècle. Claude-Jean-Baptiste de Franqueville n'ayant eu qu'une fille, nommée Marie- Françoise-Julie, cette terre passa, avec la baronnie de Morainville, le Mesnil-sur-Blangy , Livet et La Couyère, dans les mains de M. Joseph Laurens de Grieu , chevalier de l'ordre royal et militaire de St. -Louis, dont la fille, Mine. Marie-Claude de Grieu, épouse de M. de Frémauville, est mentionnée sur la cloche dont nous avons donné l'inscription.
A une certaine époque, le fief de Beuvillers avait été divisé. On voit, dans un acte de vente du 28 mars 1589, figurer le nom de noble homme Nicolas Filleul, sieur du hauli Bœufviller , demeurant en la paroisse du dit Bœufviller.
Outre le Val-Durand et Douville , fiefs déjà mentionnés, qui étaient situés sur Beuvillers , M. Vasseur cite encore la Pinquelière ou Pigneterie. Ce fief était situé au fond d'un petit vallon qui aboutit à la vallée de la Touques, en face le manoir de St.-Hippolyte.
En 1666, Guillaume Labbé était seigneur de la Pinquelière. Il fut qualifié ancien noble par les Commissaires.
Au fond du vallon que domine l'église s'élève une filature de fil et un établissement de lissage à la mécanique qui occupent un grand nombre d'ouvriers et animent celte riche et pittoresque vallée.
CANTON DE LISIEUX (2e. SECTION).
LISIEUX (t).
Noviomagus Lexoviorum , Lixovium , Lixuvium, Licsovinum, Lisovium, Lisieux.
La ville de Lisieux , dont nous nous proposons de décrire les principaux monuments , est bâtie au confluent de la Touques et de l'Orbiquet , dans une charmante vallée encadrée à l'orient et au couchant par de riantes collines.
Époque gauloise, — L'origine de cette ville remonte à une haute antiquité. Lisieux doit, comme on le sait, son nom à une puissante peuplade gauloise dont parle plusieurs fois Jules-César dans ses Commentaires. Comme toutes les cités de la Gaule, elle avait son sénat et son chef ou magistrat suprême, nommé vergobret. Parmi le petit nombre de monnaies en bronze que nous a léguées ce peuple, quelques-unes, frappées au type de Cisiambos Cattos vercobreto, sont fort rares. L'une de ces dernières pièces, remarquable par sa belle conservation, fait partie de la collection de M. de Saulcy, sénateur. Elle a été trouvée dans la commune de Gouy, près Pont-de- l'Arche, en 1837. Elle porte, d'un côté : simissos publicos lixovio autour d'une roue formée de grenetis. Au revers se montre un aigle éployé avec la légende : cisiambos cattos vercobbeto. Deux autres pièces semblables, de même métal et de même module, ont été trouvées en 18A2 , l'une à Vieux , près de Caen, l'autre aux
(1) Notes par M. Pan nier.
CANTON DE LISIEUX, 2e. SECTION. 183
environs de St. -Pierre-sur-Dive (probablement à Jort). Les autres pièces ont été découvertes à Berthouville (Eure), il y a une trentaine d'années, et dans les dernières fouilles faites dans cette localité , au mois de septembre 1861 , sous la direction de M. Le Métayer- Masselin , membre de la Société française d'archéologie. Aucune médaille au type de Cisiambos Cattos, ou de tout autre chef lexovien, n'a été trouvée à Lisieux ni sur le plaleau qui domine cette ville au nordouest. La seule pièce découverte, à notre connaissance, aux environs de cette ville , entre Hermival et Fauguernon , est un quart de statère d'or de l'époque que M. Lambert , de Bayeux, désigne sous le nom de gallo-grecque. Cette pièce anépigraphe , dit le savant numismate auquel elle a été soumise, offre sur le droit la tête d'Apollon-Bélénus ; sur le revers , le bige dirigé par un aurige tenant de la main droite le stimulus ou fouet, et de la gauche un symbole en forme de bonnet hémisphérique ; à l'exergue , un méandre. Cette belle pièce , qui remonte à une époque bien antérieure à la conquête des Gaules , a dû être frappée , ajoute M. Lambert , vers l'an 200 avant Jésus-Christ.
Toutes ces découvertes, qui intéressent à un haut degré l'histoire de Lisieux, trouvent ici naturellement leur place.
On ne peut déterminer d'une manière certaine la position qu'occupait l'ancienne capitale des Lexovii (Noviomagus Lexoviorum). Le conquérant des Gaules, dans ses Commentaires , s'est borné à mentionner l'existence d'une ville importante qu'il place au nombre des cités armoriques, c'est-àdire maritimes. Il nous apprend seulement que cette ville était ceinte de murs et gouvernée par un sénat (1). La phrase de Strabon , l'un des géographes les plus célèbres de l'antiquité , n'est pas plus explicite.
(1) Les Lexovii, comme les Éburovices, égorgèrent leurs sénateurs,
Tout le pays entre la Dive et la Risle, habité par les Lexovii, fut soumis, l'an 56 avant Jésus-Christ, par un des lieutenants de Jules-César. Quatre ans après , la Gaule entière se souleva contre les Romains et tenta un effort suprême, afin de reconquérir son indépendance. La capitale des Lexovii s'unit aux cités voisines et fournit à Vercingétorix un contingent de trois mille hommes. La prise d'Alise mit fin à cette lutte nationale.
Époque gallo-romaine. — Lors de la division de la Gaule en quatre provinces , sous le règne d'Auguste , le territoire occupé par les Lexovii fut compris dans la province Lyonnaise. L'an 12 avant Jésus-Christ, Noviomagus fit partie des soixante cités qui élevèrent en commun le fameux autel de Lyon en l'honneur de Rome et de l'empereur Auguste.
Sous Dioclétien, la province Lyonnaise ayant été divisée en deux parties, Noviomagus fut compris dans la seconde Lyonnaise, dont Rouen (Rothomagus) devint la métropole.
Vers le IVe. siècle après Jésus-Christ , Lisieux , comme les autres villes de la Gaule, perdit son ancien nom. Dans la Notice des provinces de l'Empire, rédigée sous le règne d'Honorius, elle est appelée Civitas Lexoviorum.
On ne peut assigner une date précise à la destruction de cette ancienne cité. Il est probable qu'elle fut entièrement détruite vers la fin du IVe. siècle, lors de la dernière invasion des Saxons , en 383. Les médailles les moins anciennes qui ont été recueillies portent l'effigie de l'empereur Gratien (1).
qui avaient refusé de seconder le mouvement national, et fermèrent les portes de leur ville : senatu suo interfecto, portas clauserunt.
(i) La cité des Lexovii n'est pas indiquée dans la fameuse Table topographique de l'Empire romain, connue sous le nom de Carte de Peutinger.
CANTON DE LISiEUX , 2e, SECTION. 185
Roules stratégiques. — Sous la domination romaine , Lisieux était une ville considérable. Plusieurs chaussées ou routes stratégiques partaient de son enceinte et rayonnaient dans toutes les directions. L'une de ces routes se dirigeait sur Lillebonne (Juliobona) , dont les belles ruines romaines attestent l'ancienne importance , et traversait Brionne ( Breviodurum). Une autre chaussée , moins large et secondaire , conduisait à la même ville par Hermival ( Hermis-Valtum) et Pont-Audemer. Une troisième route stratégique , dont parle l'Itinéraire d'Antonin, se dirigeait sur Condate (Condésur-Ilon ).
Camp romain du Casteltier. — Un vaste camp, nommé le Casteltier, dont il reste encore quelques retranchements bien accusés , occupait un large plateau , situé à 3 kilomètres au sud-ouest de la ville actuelle. Ce camp, dont un plan exact a été publié (1), domine plusieurs vallons. Il était destiné , soit à surveiller la ville nouvellement conquise et à tenir en respect les habitants, toujours prêts à se soulever, ou bien à servir de refuge pendant l'hiver aux légions romaines (2). L'enceinte de ce camp porte encore le nom de CasieUicr , et une ferme voisine est désignée sur la Carte de Cassini sous la dénomination de Porte-du-Castcllier.
Danville plaçait à Lisieux même le JSoviomagus Lexoviomm. Les nombreuses antiquités romaines découvertes , depuis plusieurs années, sur différents points de la ville (briques et tuiles à rebords, marbres, fragments de colonnes , poteries et statuettes en terre cuite, médailles, etc.) nous portent à admettre , en la modifiant , l'opinion émise par le célèbre
(1) Cours d'antiquités monumentales, t. II, p. 322.
(2) • Caesar exercilum reduxit et in Aulercis Lexoviisque, re-
liquis item civitalibus quie proxime bellum fecerant in hibernis coJlocavit. » (Lib. III.)
1 80 STATISTIQUE MON L Ai ENTA \M DU CALVADOS.
géographe. La cité romaine, dont M. Hubert, ingénieur des ponls-et-chaussées, a découvert, en 1770, d'importants vestiges à 2 kilomètres au nord-ouest de Lisieux , s'étendait jusque dans la vallée et sur le versant oriental, La ville du moyen-âge est assise sur des ruines romaines. La découverte d'un vaste cimetière gallo-romain (1) , au nord de la ville, sur le bord d'une ancienne chaussée ou voie romaine qui a transmis son nom à une rue voisine, donne un grand poids à notre assertion. Ce cimetière, placé dans la vallée, s'étendait jusque sur le versant du coteau qui domine à l'orient le Grand-Jardin (2). Une large tranchée pratiquée en 1861 , pour l'ouverture d'une rue, a mis à découvert un cippe gallo-romain bien conservé ( Voir la page 187 ), ainsi que de nombreux vases, dont trois , ornés de rinceaux , ont conservé en partie leur couverte métallique (Voir les pages 188, 189 et 190) ; des agrafes ou fibules , etc. , etc. (3).
Le cadre restreint de la Statistique ne nous permet pas d'entrer dans de longs détails sur les importantes découvertes qui eurent lieu en 1770. On pourra consulter le Mémoire de M. Mongez, membre de l'Institut, publié dans Y Histoire de l'Académie des Inscriptions et Belles- Leur es, t. V, p. 73 , et V Histoire de Lisieux par M. Louis Dubois ( Ier. volume , pages 58 et suivantes ). Un plan accompagne le texte. Nous dirons seulement que les fouilles ont mis à découvert les ves-
(1) Les urnes funéraires provenant des fouilles faites, en 1846, dans le Grand-Jardin, sous la direction de M. Fauque, préposé en chef de l'Octroi, sont déposées au musée de la Société des Antiquaires de Normandie.
(2) On peut consulter, sur cette découverte, une notice publiée dans le Bulletin monumental , t. VIII, p. 201 et suivantes. Cette notice est accompagnée de nombreux dessins.
(3) Les principaux objets provenant de cette découverte sont déposés au musée de la Société française d'archéologie.
CH.DIETRiCH
tiges d'un vaste édifice qui , d'après les marbres précieux dont il était orné , devait être consacré au culte ou à la résidence des magistrats. Cet édifice était situé au centre d'une grande place à laquelle aboutissaient plusieurs rues, de 10 à 1 5 mètres de largeur.
La ferme des Tour eues t près de laquelle les fouilles dont nous venons de parler ont été faites , a pris son nom , d'après Danville, d'un pilier qui était encore debout en 1770 (1). Ce pilier avait U mètres de hauteur et 3 mètres de largeur sur chaque face; il était construit en caillou et revêtu en brique. M, Hubert a découvert les fondations d'un autre pilier, placé à U mètres du premier.
Le champ Fenèbre ou funèbre , que nous ne faisons que mentionner, a un nom très-significatif.
En 1818, M. Louis Dubois a découvert, en-deçà des ruines mentionnées ci-dessus , un théâtre romain dont la forme est parfaitement accusée. On voit encore la place qu'occupaient les gradins, aujourd'hui couverts de gazon, l'emplacement de la scène et l'entrée principale, qui était située au nord-ouest. Il existe encore, au nord-est, au fond d'un ravin , plusieurs parts de murs construits en petit appareil régulier, avec chaînes horizontales de larges briques ( Voir la page suivante ).
Une jolie petite main , en marbre blanc , tenant un fragment d'arc, a été trouvée, en 1822, dans le Champ-Loquet. Cette main faisait probablement partie d'une ancienne statue de Diane ou d'Apollon. M. Louis Dubois a recueilli , dans le même champ, un morceau de marbre blanc de Carrare très-
(1) Selon M. Louis Dubois, ce nom de Toureties viendrait d'anciens débris de tours ou de fortifications qui auraient survécu à la destruction du Neomagus. Nous ne pouvons admettre cette dernière élymologie. Il n'est pas probable qu'une enceinte aussi considérable que celle de Noviomagus fût protégée par des murs.
CANTON DE LISILUX , 2e. SECTION. 193
bien doré, détaché dune draperie de statue. C'est, du reste, dans le Champ-Loquet que les découvertes les plus intéressantes ont été faites. Outre les médailles en or, en argent et en bronze , appartenant au Haut-Empire , que le sol recelait , on a trouvé un grand nombre de morceaux de marbres précieux , du porphyre , de l'ophite , provenant de l'Egypte ou de la Grèce, des fragments de corniche en grès rose micacé, etc. , etc.
La roule du Prédauge traverse l'emplacement de l'ancienne cité des Lexovii , découvert par l'ingénieur Hubert. En ouvrant celte nouvelle voie de communication , on a mis à découvert plusieurs aires d'habitations en ciment et des fragments de colonnes qui ont été dessinés par i\J. Bouet, membre de la Société française d'archéologie (1); on a aussi trouvé plusieurs médailles romaines, entr'aulres un grandbronze de Posthume.
Parmi les découvertes les plus récentes , nous citerons une belle statuette en bronze, malheureusement mutilée, représentant Atlas portant le ciel sur ses épaules. Cette statuette , dont la tête, parfaitement conservée, rappelle le type des empereurs romains, mesure 46 centimètres de hauteur. Elle a été trouvée en creusant un fossé destiné à amener les eaux d'un canal de décharge, qui joint les deux rivières d'Orbec et de Touques , dans un réservoir placé près de la pompe à feu d'un de ces nombreux établissements industriels qui s'élèvent au midi de la ville moderne.
Les nombreux fragments de poterie rouge , couverts de dessins variés , que l'on a retirés de la rivière à l'ouest de la ville, atteslenl le degré de perfection qu'avait atteint l'arl céramique chez les Gallo-Romains. Plusieurs fragments en terre samienne, qui composait la poterie de luxe d'alors,
(1) Voir le BuUelin monumental.
portent la marque de quelques potiers, entr'aulres celle de cosaxtis, que nous ne trouvons sur aucune des listes publiées jusqu'à ce jour. Sur la panse d'un de ces vases , on lit le nom lisovii(ensis) , qui indique une industrie locale (1). Le potier qui a façonné ce vase, d'une grande richesse de dessin, était probablement natif de Noviomagus , ou bien il avait dans cette cité son principal établissement.
Nous avons cru devoir rappeler toutes ces découvertes , qui attestent l'importance de l'ancien Lisieux , qui occupait , comme on sait, un rang distingué parmi les cités de la Gaule.
Époque franque. — L'histoire locale est à peu près muette sur cette époque. Les seuls monuments qui nous restent sont les monnaies. Il existe deux exemplaires seulement d'une pièce en or appartenant à l'époque mérovingienne, laquelle porte pour légende : lixvvios, et au revers : dvtta moneta. Cette pièce , dont le profil est à demi barbare, fait partie de la collection de M. le vicomte Damecourt. L'autre exemplaire figure dans le catalogue des monnaies françaises de la collection Rousseau , publié en 1861.
Sous le règne de Charles-le-Chauve (840-877) le nombre des ateliers monétaires s'élevait à cent vingt environ. Les deniers d'argent frappés à Lisieux portent : lixovivs ci (vis).
La collection Rousseau offrait un très-beau denier d'argent , également au type de Charles-le-Chauve , avec la légende : LICSOVINI CIVIT.
Jusqu'au temps des incursions des Normands (IXe. siècle),
(d) Il existe au Prédauge, près de Lisieux, depuis un temps immémorial, une fabrique de poterie, aujourd'hui bien dégénérée, dont les produits, très-recherchés aux XVIe. et XVIIe. siècles, rivalisaient, par l'éclat du coloris et la composition gracieuse, avec les magnifiques faïences de Bernard Palissy.
les événements qui se sont accomplis dans notre contrée présentent peu d'intérêt. Les faits postérieurs à la conquête de cette partie de la Neustrie qui, depuis, porta le nom de Normandie , étant du domaine de l'histoire proprement dite et ne pouvant, par conséquent, entrer dans la Statistique monumentale, nous les passerons sous silence.