FORTIFICATIONS
Tout porte à croire que, pour résister aux invasions barbares, les habitants gallo-romains de Lisieux s'étaient bâti un castrum dans quelque partie de leur vaste cité. Mais, moins heureuse que Rouen, Évreux, Le Mans et tant d'autres localités de la Gaule , dont on peut suivre encore et reconstituer les anciennes enceintes , notre ville n'a pas conservé un seul vestige propre à servir de point de départ pour une telle étude. Il paraît logique, cependant, de chercher cette première fortification dans les quartiers anciens de la ville actuelle, et j'ai essayé de le démontrer par un mémoire publié, en 1860, dans le Bulletin monumental.
Peu à peu cette première enceinte s'est dilatée , enclavant à chaque siècle des terrains nouveaux, et, au moyen-âge, Lisieux était une place de guerre d'une certaine importance. Peut-être sa force consistait- elle plutôt dans son assiette, au confluent de deux cours d'eau, que dans les travaux d'art, dont on ne retrouve aucun reste.
L'évêque Herbert, qui occupa le siège épiscopal de Lisieux de 1026 à 1050 , avait fait abattre une partie des murailles pour construire la cathédrale. Environ soixante ans après , Jean Ier. fit faire une nouvelle enceinte. Elle était nécessaire, car, le 29 septembre 1136, Geoffroy d'Anjou assiégeait notre ville. Orderic Vital a raconté en détail cet événement, dont le résultat fut l'incendie de la ville, qui , toutefois, ne put être
prise (1). Ce fut seulement en 11 41 qu'elle fit sa soumission au duc d'Anjou.
L'histoire reste muette pendant près d'un siècle.
Philippe-Auguste , roi de France , entra à Lisieux sans coup-férir en 1203. Après un nouveau calme de cent ans , les invasions anglaises firent retentir le clairon dans la pacifique cité épiscopale. Caen pris, en 1346, le roi Edouard occupa la ville de Lisieux , abandonnée par tous ses habitants; mais il ne la conserva pas. Dix ans après, la guerre prenant une nouvelle intensité, Guillaume Guittard, alors évêque, se mit sur la défensive et fit la plus grande diligence pour clore la ville, restée probablement démantelée depuis la retraite du roi d'Angleterre. Celte fois le duc de Lancastre commandait les troupes ennemies. Il tomba sur Lisieux le 28 juin 1356 , et la garnison ne put tenir. Le lendemain , le général anglais partait pour dégager Pont-Audemer, place appartenant au roi de Navarre , allié , comme on sait , des ennemis de la France.
Le cardinal Adhémar Robert obtint de Charles V une subvention pour réparer les fortifications de sa ville épiscopale. Ces lettres-patentes, datées du 6 décembre 1374, font partie de la collection Gaignières.
Personne n'ignore combien fut désastreux le règne de Charles VI. Lisieux eut sa part de tribulations, et, en 1392, son évoque était forcé de fuir devant les fureurs de la guerre.
En 1407, il fut permis aux habitants d'avoir une garde dans la ville pendant qu'on en réparait les murs.
Ces travaux aux fortifications n'empêchèrent pas la place de tomber au pouvoir d'Henri V en 1417. Les Anglais la conservèrent jusqu'au 17 août 1449, jour auquel les géné-
(1) V. l'édition de MM. Le Prévost et Léopold Delîsle. Paris, 4855. T. V, p. 09 et 70.
CANTON DE LISIEUX, 2e. SECTION. 197
raux de Charles VII y firent leur entrée, à la suite d'une capitulation ménagée par Thomas Basin. « Lisieux n'avait encore pour défense que de chétives murailles, sans boulevards, presque sans fossés (1). »
La Ligue du bien public amena encore une fois des armées devant Lisieux. C'étaient celles de Louis XI, qui, après avoir concédé à son frère le duché de Normandie , courait derrière lui le reprendre. Il intervint encore une capitulation, signée le 8 octobre 1665.
Pendant les guerres de Religion, Lisieux fut dans une agitation perpétuelle, penchant tantôt pour la Ligue, tantôt pour les Huguenots, suivant qu'elle avait pour gouverneur le maréchal de Fervaques ou le sieur de Fumichon. Durant ce siècle , des travaux continuels furent entrepris aux fortifications ; il faudrait un volume pour en donner le détail. Cependant Henri IV, qui se préparait à en faire vigoureusement le siège, resta fort étonné de voir les habitants venir lui demander une capitulation trois jours après son arrivée (janvier 1590). Et pourtant, si Ton en croit une de ses lettres, il n'avait fait s tirer le canon que par moquerie. » C'était la plus forte place tombée en son pouvoir, écrivait-il à la comtesse de Grammont , du camp même de Lisieux (2).
Depuis lors notre ville n'eut plus besoin de déployer son appareil militaire. Néanmoins elle a conservé ses fortifications jusqu'au commencement de ce siècle.
Les murs étaient flanqués de dix-sept tours , sans compter quatre portes : la porte de Paris et la porte d'Orbec, démolies en 1808; la porte de la Chaussée, dont la destruction date de 1797 ; enfin la porte de Caen, détruite en 1798.
(1) Jules Quichcrat, Uist. du régne de Chartes VU, par Thomas Basin, t. Ier., p. xix.
(2) Berger de Xivrey, Lettres d'Henri IV, l. III, p. 122.
Les remparts ont été généralement rasés ou réduits à la hauteur d'un mur de clôture et reparementés. Cinq tours existent encore : quatre sont construites en moellon et en pierre de marne, avec ouvertures carrées et meurtrières; elles n'ont ni créneaux ni mâchicoulis ; des hourds de hois devaient leur servir de couronnement. Elles datent du XVIe. siècle, et leur caractère architectonique n'offre rien de particulier. La cinquième est un édifice vraiment remarquable : sa construction est due à l'habile maître-maçon qui nous a laissé St. -Jacques. Commencée en H91 , les voûtes en furent faites en 1510; mais les assauts qu'elle a subis depuis ont forcé de rétablir le parement extérieur à une époque plus voisine de nous , ainsi que le constate l'inscription suivante, placée sous la corniche :