MONUMENTS RELIGIEUX
Cathédrale. — On ne peut préciser l'époque de la fondation de l'évêché de Lisieux , qui probablement était aussi ancien que les autres évêchés normands. Selon le P. Longueval et les savants auteurs du Gallia christiana , l'établissement de cet évêché remonterait au IIIe. ou au IVe. siècle (1). L'an 314, saint Lithare, qualifié évoque de Lisieux, assistait au concile d'Arles.
Selon d'autres historiens, l'évêché de Lisieux daterait seu lement du VIe. siècle. L'an 511 , Litharède, évêque de Lisieux , prenait part au premier concile d'Orléans. D'après le rituel de 1661 , le premier prélat qui figure dans un acte public est Theuodobald ou Thibaud , qui , en 538 , assista au troisième concile d'Orléans.
Les nombreuses invasions de barbares , qui eurent lieu entre les années 314 et 511 , expliquent la lacune qui existe entre ces deux dates.
L'histoire de l'évêché de Lisieux, qui n'entre pas, comme on sait, dans le plan de cet ouvrage, se lie d'une manière intime avec les événements politiques qui se sont accomplis durant la longue période qui s'est écoulée jusqu'à la Révolution. Après la constitution du duché de Normandie, en 912, Rollon investit l'évêque de Lisieux de l'autorité temporelle, avec le titre de comte , transmissible à ses successeurs : a C'est l'époque, » dit l'auteur d'une notice sur Lisieux, pu-
(1) Lexoviensis enim religio ïlbotomagensi antiquitate cur cederel? Mirum videri non débet quod episcopis per CCC aut C(XC annos vacua sil sedes.
GASTON DE USIEUX, 2e. SECTION. 201 .
bliée dans Y Histoire des villes de France , par M. Aristide Guilbert(L V, p. 574), « où se place naturellement cette invasion du spirituel sur le temporel. » D'autres historiens pensent que ce titre, qui, du reste, est fort ancien , fut décerné à Herbert par Guillaume-le-Conquérant.
C'est ici que nous placerons une ancienne et curieuse cérémonie lout-à-fait locale, qui avait lieu chaque année, le 11 juin, et qui fut supprimée à l'époque de la Révolution. La veille et le jour de la fête saint Ursin , l'évêque de Lisieux abandonnait à deux chanoines de la cathédrale sa juridiction temporelle. Ces deux chanoines, élus par le Chapitre et revêtus d'un surplis avec bouquets de fleurs en bandoulière , allaient à cheval , précédés de vingt-cinq hommes bardés de fer et armés de toutes pièces , prendre possession des portes de la ville. Pendant ces deux jours, la justice criminelle et civile , la concession des bénéfices, etc. , leur appartenaient , à la condition qu'ils donneraient à chacun de leurs confrères un pain et deux pots de vin.
On a découvert, il y a quelques années, dans les greniers de l'Hôtel-de- Ville, avec deux canons en fer forgé , les plus anciens et les plus curieux de France (aujourd'hui placés au musée de Rouen ) , de nombreux débris d'armures parmi lesquels on remarquait des casques couverts de gracieux rinceaux de la Renaissance.
La première église élevée, ainsi que nous l'avons dit plus haut, à la fin du IIIe. siècle ou dans les premières années du IVe., fut, dit-on, dédiée à la Sainte- Vierge.
Herbert, qui occupa le siège épiscopal de Lisieux depuis l'an 1022 jusqu'à l'année 1049 , jeta les fondements d'une vaste cathédrale (1), qui fut terminée par Hugues d'Eu, son
(i) Ecclesiam Sancti Pétri Lexoviensis cœpi' ardificarc, sed non poluit consumraare (G allia christ., t. XI , p. 766 ).
successeur, et consacrée sous le titre de saint Pierre, prince des Apôtres (1). Cette antique basilique, dont il reste encore quelques vestiges qui attestent son importance , fut détruite en 1136 par un incendie qui consuma la ville entière.
La cathédrale actuelle , que nous nous proposons de décrire, fut construite en grande partie par les soins d'Arnoult, qui occupa le siège épiscopal pendant quarante et un ans (1141-1182) (2). Elle fut agrandie et terminée par Jourdain du Hommet , évêque de Lisieux, qui mourut en 1218 (3).
En 1226 , sous Tépiscopat de Guillaume du Pont-del'Arche, un incendie faillit détruire la cathédrale ou du moins compromettre sa solidité. La charpente des combles fut seule atteinte par les flammes, lesquelles épargnèrent l'édifice qui était très-solidement construit. Guillaume du Pont-del'Arche entreprit de grands travaux pour réparer ce désastre (4). Les deux chapelles latérales de l'abside sont l'œuvre de cet évêque , ainsi que l'atteste la différence de style entre cette partie du chœur et le reste de l'édifice. La chapelle absidale , qui termine le collatéral sud , était , dans l'origine, dédiée à saint Ursin, l'apôtre des Gaules, qui devint le second patron du diocèse. Dans les fouilles que nécessitèrent ces travaux j on découvrit, en 1233, derrière le maître-autel , les ossements de ce saint avec ceux de saint Patrice et de saint Bertivin. Sur une petite tablette, en marbre rouge de Vieux , était gravée une inscription L'auteur des Vies des sain' s patrons du diocèse de Lisieux, l'abbé Leprevost, nous apprend qu'on renferma ces ossements dans une belle châsse en argent qui fut placée, au haut du chœur, sur quatre colonnes en bois doré.
(\) Gatlia christ., p. 768.
(2) Orderic Vital , t. IV.
(3) Gallia christ,, kt. XI, p. 782.
(A) ld,, p. 782.
CANTON Dli LIS1EUX , 2e. SECTION. 205
Ce fut probablement Guillaume du Pou t-de -l'Arche qui fit élever les deux tours qui surmontent le portail occidental. La tour méridionale , à l'exception de la base qui est ancienne, fut rebâtie en 1579, ainsi que l'atteste une inscription.
En 1233, sept ans après l'incendie dont nous avons parlé, l'édifice était entièrement construit. Les additions postérieures ne faisant pas partie du plan primitif, nous les passons pour le moment sous silence.
L'église St. -Pierre, classée en 1860 au nombre des monuments historiques, d'après les plans et dessins de l'architecte Piel (1) , et grâce à la puissante intervention de M. Guizot, alors ministre de l'intérieur, est un des édifices les plus remarquables et les plus complets que nous ait légués l'époque de transition (XIIe. siècle, deuxième moitié). L'ogive, encore vague et indécise , se montre dans les arcatures du triforium de la nef, du transept et des deux premières travées du chœur , et dans les fenêtres du clérestory ; les colonnes , sveltes et élancées , se terminent par des chapiteaux garnis de larges feuilles recourbées en volutes , dont l'ampleur rappelle le style roman.
Le nom de l'architecte qui a élevé ce magnifique édifice n'est pas connu. La similitude de caractères qui existe entre certaines parties de l'église St. -Pierre et les cathédrales de Sens et de Cantorbéry (Angleterre), construites vers le même temps par Guillaume de Sens , nous portent à attribuer à cet
(i) Louis-Alexandre Piel, né à Lisieux en 1807 , mort au couvent de Bosco (Piémont ) en 1838, est un des premiers architectes qni saluèrent avec joie la renaissance de l'art catholique et prirent une pmt active au mouvement archéologique qui s'opéra en faveur du style ogival. Il venait de concourir d'une manière brillante pour la construction de l'église Sl.-Nicolas de Nantes lorsqu'il s'engagea sous la bannière du P. Lucordaire, dont il devint un des plus fervents disciples.
habile architecte une large part dans la construction de notre cathédrale.
Comme toutes les grandes basiliques qui couvrent encore la surface de la France , l'église St. -Pierre de Lisieux présente la forme d'une croix latine. Elle se compose, à l'intérieur , d'une longue nef avec bas-côtés accompagnés de chapelles, d'un vaste transept dont chaque bras est flanqué, à l'orient, d'un collatéral ; enfin, d'un chœur avec déambulatoire, autour duquel rayonnent plusieurs chapelles.
La longueur totale du vaisseau , dans œuvre , depuis la porte occidentale jusqu'à l'extrémité de la chapelle de la Vierge, est de 110 mètres; l'élévation des voûtes principales est de 20 mètres (la hauteur primitive de la nef, sous clef de voûte, était de 20 mètres 50 centimètres); celle de la lanterne qui surmonte Y inter transept est de 30 mètres ; la voûte des bas-côtés s'élève à 9 mètres au-dessus du niveau du sol.
La largeur totale de l'édifice, d'un mur à l'autre, non compris les chapelles , est de 27 mètres 67 centimètres.
La nef principale , du centre d'une colonne à l'autre , mesure 7 mètres.
La longueur du transept est de 38 mètres 78 centimètres , et sa largeur de 8 mètres 83 centimètres.
Nef. — La nef, composée de huit travées, est construite d'un seul jet. C'est , selon nous, le type le plus pur et le plus gracieux de cette architecture nouvelle qui marque d'une manière sensible la transition du plein-cintre à l'ogive, du style roman au style gothique. Elle présente à la fois ce double caractère de force et de légèreté , de simplicité et d'élégance qui distingue les œuvres de cette époque. Elle se fait surtout remarquer par l'harmonie des proportions , la pureté des lignes architecturales et l'unité de style.
Des arcades en tiers-point , portées sur des colonnes monocylindriques , séparent la nef des bas-côtés. La plupart des chapiteaux sur lesquels s'appuient ces arcades sont d'une grande simplicité ; ils sont décorés de larges feuilles, légèrement recourbées à leur extrémité supérieure. Ces chapiteaux , qui paraissent seulement épannelés , étaient probablement destinés à recevoir une décoration plus soignée. Plusieurs sont garnis de crossettes végétales ; quelques-uns présentent une riche et élégante corbeille qui rappelle le chapiteau corinthien. Le tailloir, décoré de moulures très-simples, est à pans coupés. Le fût de la colonne, en calcaire coquillier d'un grain très-gros, ressemblant au tuf ou travertin, est formé de nombreuses et larges assises. La base , en calcaire plus dur provenant de la même carrière, mais d'un lit différent, offre deux tores séparés par une gorge profonde. Une large patte ou agrafe, appliquée sur le tore inférieur, qui est aplati, relie la base au socle ou piédestal, presque entièrement enfoui par suite de l'exhaussement du sol de la nef, qui a été élevé en 1687 au niveau de celui du chœur, sous l'épiscopatdeLéonor de Matignon (1).
Du tailloir s'élancent trois légères colon net tes , divisées, à différentes hauteurs, par des anneaux. Ces colonnettes reçoivent l'arc doubleau et les arceaux d'une voûte d'arête reconstruite en partie au XVIe. siècle, ainsi que l'attestent les quatre clefs de voûte les plus rapprochées de la tribune, dont le style accuse la Renaissance.
Le triforium qui surmonte les arcades de la nef est formé d'arcatures géminées, entourées d'une seule archivolte qui repose, de chaque côté, sur une colonnette dont le chapiteau,
(1) L'élévation du sol de la nef nécessita l'enlèvement et amena la destruction d'un grand nombre de tombeaux en pierre et en bronze ( ancien manuscrit attribué à un cbanoine de la calbédrale et rédigé mire les années 1676 et 1 7 J 7 ).
largement développé, est décoré de feuillages et de crossettes végétales. Plusieurs chapiteaux présentent une riche corbeille composée de feuillages variés , d'une grande finesse d'exécution , parmi lesquels on distingue des feuilles de chêne. Cette galerie, fermée aujourd'hui par une faible cloison qu'il serait facile d'enlever, servait à éclairer la tribune qui règne au-dessus des bas-côtés, laquelle n'a jamais été voûtée et laissait entrevoir la charpente du toit. La colonnelte centrale, engagée dans la maçonnerie provisoire, est flanquée de petites colonnettes.
Un célèbre archéologue anglais, M. John Parker, d'Oxford, qui a visité notre cathédrale , il y a quelques années , a été frappé de l'analogie que présente cette galerie avec le triforium de l'arrière-chœur de la cathédrale de Cantorbéry , également formé d'arcatures géminées (1). La seule différence, c'est qu'à Cantorbéry l'archivolte est double et repose de chaque côté sur deux colonnettes , tandis qu'à St. -Pierre de Lisieux il est simple. A St. -Pierre, la partie supérieure du tympan, ainsi que l'a remarqué M. Bouet, était à jour comme à Cantorbéry.
Des extrémités du cordon qui sépare les arcades de la nef du triforium , partent de légères colonnettes annelées , qui reçoivent l'arc formeret. Cet arc sert d'encadrement à la galerie ainsi qu'à l'étage supérieur.
Le clèrestory offre des fenêtres à une seule baie très-peu ébrasées. L'archivolte qui entoure ces fenêtres , dont l'ogive est peu accusée, porte sur des colonnettes annelées. La même décoration se remarque à l'extérieur de l'édifice. Toutes ces
(1) A considérable part of Ihe calhedral of Lisieux, in Normandy, is of very similar character to Sens and Canterbury , and quite as much advanced in style, with pointed arches and transitional mouldîngs (An Introduction to the study of gothic architecture, by John Henry Parker).
CANTON DE LISIEUX , 2e. SECTION. 207
fenêtres étaient anciennement garnies de belles verrières qui ont été détruites en 1688, sous l'épiscopat de Léonor de Matignon , et remplacées par du verre blanc , afin de rendre la nef plus claire. Ce fut vers la même époque , époque néfaste pour notre cathédrale , comme nous le verrons plus tard en parlant du chœur, que le sol de la nef fut exhaussé et mis au niveau de l'aire du transept.
Les murs de la nef sont soutenus extérieurement par des arcs-boutants dont l'extrémité supérieure porte sur des colonnes engagées dans la maçonnerie. Les chapiteaux qui terminent le fût sont décorés , comme ceux des colonnes de la nef, de larges feuilles recourbées en' volutes. L'extrémité inférieure de l'arc s'appuie sur de gracieux contreforts , surmontés de pinacles qui ont été refaits dans le style des anciens.
Une corniche , décorée de curieux modillons , dont la plupart représentent des têtes grotesques , supporte le toit.
La charpente de la nef, refaite en partie , est formée de chevrons portant fermes. Celle des collatéraux est moderne et , par conséquent , sans intérêt.
Les bas-côtés dépourvus , dans l'origine , de chapelles , étaient éclairés par des fenêtres à une seule baie , semblables aux deux ouvertures , aujourd'hui bouchées , qu'on aperçoit à l'entrée du bas-côté septentrional , près de la tribune. Les murs latéraux de l'ancienne église collégiale de Mortain , percés de fenêtres sans meneau, dont les archivoltes reposent sur de légères colonnettes, donnent une idée exacte de la physionomie primitive que présentaient les bas-côtés de la nef de notre antique cathédrale.
Les chapelles qui bordent les collatéraux , à l'exception de deux qui sont modernes et sans caractère , ont été élevées dans les premières années du XIVe. siècle. Toutes les fenêtres qui éclairent le bas-côté septentrional ont conservé
leur forme primitive. Elles sont divisées en quatre baies ogivales , trilobées , par des meneaux garnis de minces colonnettes. Trois seulement ont conservé leur tracerie rayonnante. Le tympan , décoré de rosaces et de quatre-feuilles , offre de nombreux fragments de vitraux. Les autres fenêtres ont subi de fréquentes retouches dans les siècles postérieurs.
Les fenêtres placées au midi (à l'exception d'une seule, qui a perdu ses meneaux et sa tracerie) ont été élargies dans la seconde moitié du XVe. siècle ; leurs meneaux sont prismatiques. Le tympan , formé de compartiments flamboyants, présente encore de beaux fragments de vitraux. Toutes les chapelles de ce côté ont conservé leur décoration primitive. De jolies piscines ogivales trilobées , à double cuvette, dont les archivoltes retombent sur des colonnettes terminées par des chapiteaux feuillages , sont pratiquées dans le mur méridional. Le mur oriental est décoré d'une arcade sous laquelle était placé l'autel primitif. Sous l'une de ces arcades , on a placé un autel en argent repoussé au marteau , dans le style roman fleuri du XIIe. siècle , lequel a été exécuté à Paris d'après les dessins de M. Danjoy , ancien architecte de notre cathédrale , que la mort a enlevé prématurément aux beaux-arts (1).
Toutes les arcades du côté nord , contre lesquelles sont appliqués les autels , sont modernes ; elles ont été agrandies lorsqu'on a placé les tableaux qui décorent les chapelles.
Les deux dernières chapelles du collatéral sud, placées près du transept , occupent l'emplacement de l'ancienne salle
(1) M. Danjoy, né à Avenzac (Gers) en 1806, avait éïé élève de l'École des Beaux-Arts. Attaché à la Commission des monuments historiques depuis 4 840 , il fut chargé de la restauration des cathédrales de Lisieux, de Meaux, de Bordeaux et de Coutances, dont il s'acquitta avec lalent.
capitulaire , laquelle s'étendait dans le jardin contigu à l'église et datait, comme la nef, de la seconde moitié du XIIe. siècle. Au centre s'élevait une colonne sur laquelle venaient se réunir, comme les branches d'un éventail, les arceaux d'une voûte d'arête. La porte, décorée de belles moulures toriques, s'ouvrait du côté du transept.
A droite de cette porte se montre un magnifique basrelief dans le style gothique fleuri. Ce bas-relief offre une ogive trilobée, flanquée de deux contreforts et surmontée d'une accolade dont les rampants sont décorés de feuilles de chou frisé. Une élégante tracerie formant couronnement relie les contreforts. Le groupe mutilé placé sous l'ogive représente la Sainte-Vierge tenant dans ses bras l'enfant Jésus. A ses pieds est prosterné un personnage qui implore son intercession. A gauche, on aperçoit un saint attaché à un arbre (saint Sébastien). Dans le lobe supérieur est sculpté un ange qui tient devant lui un peiit enfant, image de l'âme du défunt. Une inscription obituaire , gravée sur une plaque de marbre, était placée au-dessous de ce bas-relief.
Les faisceaux de colonnettes annelées qui correspondent aux colonnes de la nef reçoivent, comme ces dernières , la retombée de la voûte des bas-côtés. Le fût de ces colonnettes , détaché du mur, se relie à ce dernier par des anneaux.
Au bas de la nef s'élève un porche en pierre qui supporte la tribune où était placé le grand orgue, (le porche intérieur date , dans son ensemble, de la fin du XIIe. siècle. L'arcade principale, entourée de trois archivoltes, s'appuie sur des colonnettes annelées dont le fût se détache du mur. La corbeille des chapiteaux est composée de feuillages d'une exécution remarquable. Sur l'un de ces chapiteaux , qui a été dessiné par M. Sauvageot, se détachent en haut-reiief des (êtes très-petites , artistement sculptées. L'abaque qui ter-
mine les colonnes est décoré de gracieux rinceaux, dont l'exécution fine et délicate révèle le ciseau habile et le faire des artistes du XIIe. siècle ( 2e. moitié ). Le cordon supérieur qui encadre les archivoltes se termine inférieurement par deux têtes couronnées, représentant un roi et une reine. Les minces colonnettes placées en retraite complètent l'ornementation de ce porche , qui fait l'admiration de tous les archéologues. On remarque surtout la savante disposition des colonnes , lesquelles sont groupées avec beaucoup d'art.
Les deux arcades latérales qui mettent le rez-de-chaussée de chaque tour en communication avec ce porche sont d'une grande simplicité et très-élancées. Elles s'appuient , d'un côté , sur un pilier carré dont la partie supérieure , dans le style du XIIIe. siècle , est décorée de larges feuilles galbées qui remplacent le chapiteau ; de l'autre , sur un pilier qui faisait partie de la construction primitive (XIe. siècle). La partie supérieure de ce pilier, sur lequel repose la tour, offre des moulures très-simples.
M. Parker a remarqué que ce dernier pilier présente de larges joints remplis d'un mortier siliceux très-dur. C'est un précieux vestige de l'antique basilique bâtie par Herbert. Sur l'une des pierres , à droite en entrant par la porte du milieu , l'on voit encore la croix de consécration de cet édifice , dont la dédicace eut lieu en l'année 1055.
La voûte du porche , soutenue par des arceaux toriques , a été reconstruite au XVIe. siècle , après la chute de la tour méridionale (probablement dans le style de l'ancienne). A leur point de jonction sont sculptées les armoiries du Chapitre de la cathédrale : deux clefs en sautoir, cantonnées de quatre étoiles.
La large fenêtre ogivale qui éclaire la tribune date, comme le portail, du XIIIe. siècle. Elle est partagée en trois baies par des meneaux garnis de colonnettes, lesquels se bifurquent
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dans la partie supérieure. Ces baies , d'une forme peu gracieuse, offrent de jolies grisailles modernes qui tempèrent l'éclat trop vif de la lumière.
L'ancien pavage de la nef, qu'on a retrouvé en plaçant la chaire , était en terre cuite.
Transept. —Le transept, construit dans de vastes et gracieuses proportions, date, comme la nef, de la seconde moitié du XIIe. siècle. Il est accompagné à l'orient, ainsi que nous l'avons dit, de bas-côtés, formant chapelles, disposition qui se rencontre dans quelques grandes églises de France et d'Angleterre (ancienne église abbatiale de Conques ; église de Longues; cathédrale de Salisbury). Nous ferons observer que la construction de celte dernière église est postérieure à celle du transept de St. -Pierre.
Dans la partie inférieure du mur septentrional du transept, dont la base, construite en blocage, paraît remonter au XIe. siècle, s'ouvrent deux larges arcades à plein-cintre, du XIP. siècle, qui abritaient des tombeaux.
Le bas-relief qui décore le fond de l'arcade placée à gauche du spectateur offre deux statues mutilées. L'un des personnages, revêtu d'une tunique, tient de la main droite une palme (1). Le devant du tombeau est décoré de médaillons ornés de figures en haut-relief, affreusement mutilées. Ces médaillons, entourés d'une riche bordure, rappellent, à s'y méprendre , la statuaire antique. Le célèbre dessinateur et graveur anglais, Cotmann, les a reproduits avec exactitude.
Sur le tympan de l'autre arcade sont sculptés deux anges , humblement prosternés, tenant les extrémités d'un voile ou linceul sur lequel était posée l'âme du défunt, qu'on représentait ordinairement, au moyen -âge, sous l'image d'un petit
(\) Os personnages ont été dessinés p;ir Willcmin.
enfant sans sexe. Les longues tuniques qui enveloppent les anges forment de nombreux plis. Dans la partie inférieure du tympan sont représentés assis six anges , placés en regard l'un de l'autre. Leur tête est ceinte d'une couronne. Les uns tiennent des palmes , les autres des phylactères.
La statue couchée , placée sous une de ces arcades, faisait partie d'un autre tombeau ; cette statue a été découverte en 18&7 dans la cour de la mairie et replacée dans la cathédrale par les soins de M. le docteur Billon, membre de l'Institut des provinces. Elle représente un évêque et paraît dater du XIe. ou XIIe. siècle. M. Billon en a donné une description dans le Bulletin monumental.
Au-dessus de ces deux arcades s'ouvrent deux belles fenêtres accolées , dont les archivoltes , au nombre de trois , reposent sur des colonnettes annelées de différentes grosseurs. Le cordon supérieur, décoré de violettes, se termine inférieurement par de petites têtes. Les chapiteaux garnis de feuillages sont très-soignés. A l'extérieur , ces fenêtres affectent une décoration plus sévère : elles offrent deux archivoltes au lieu de trois.
Entre ces ouvertures et l'étage supérieur existe une galerie étroite, éclairée par des arcalures percées, pour la plupart, de baies carrées. Les trois arcatures qui occupent la partie centrale de la galerie sont entourées d'un tore qui repose sur de grosses colonnettes, flanquées de colonnettes plus petites. La voûte en berceau qui surmonte cette galerie est formée d'un blocage très-ancien , qui paraît dater du XIe. siècle. Une galerie semblable , pratiquée dans le mur occidental et dans le mur méridional , met chacun des bras du transept en communication avec le triforium de la nef. Le tailloir qui termine les chapiteaux , formé de fines moulures , se profile avec grâce sur le mur et relie entr'elles toutes ces arcalures.
L'étage supérieur offre trois fenêtres , très-élancées (celle
du milieu plus haute que les deux autres). Les archivoltes , au nombre de trois , qui les encadrent reposent sur des colonnettes annelées. La décoration de ces fenêtres est la même que celle de l'étage inférieur. A l'extérieur , elles affectent une grande simplicité. Le bord de chaque baie est taillé en chanfrein.
Le mur occidental du même croisillon est composé également de deux étages de fenêtres. Ces cinq fenêtres , remarquables par leurs gracieuses proportions , affectent entr'elles la même forme. Elles sont garnies, à l'intérieur comme à l'extérieur du monument, de deux archivoltes qui reposent sur des colonnettes annelées.
Des fenêtres semblables sont percées dans le mur occidental du croisillon sud, dans la partie supérieure seulement.
Les bas-côtés , qui accompagnent à l'orient le transept , forment chacun deux travées , semblables à celles de la nef. Les colonnes monocylindriques qui séparent ces travées offrent de vigoureux chapiteaux, décorés de larges feuilles recourbées en volutes.
Trois fenêtres, deux à l'orient et une seule au nord, éclairent le bas-côté parallèle au croisillon septentrional. L'une de ces ouvertures est masquée par le rétable de l'autel dédié à Notre-Dame-du-Rosaire. Ce rétable était autrefois décoré d'une ancienne statue en pierre, provenant de l'ancien couvent des Jacobins. Le mur oriental contre lequel s'appuie cet autel offre , à l'extérieur , une corniche très-ancienne et fort curieuse formée d'arcatures géminées, terminées par des têtes grotesques et des animaux parmi lesquels on distingue un singe tenant sa tête entre ses deux pattes de devant.
Le bas-côté qui fait face au croisillon méridional était éclairé par trois fenêtres semblables aux précédentes. Deux de ces ouvertures ont été bouchées lorsqu'on a élevé la sacristie. La fenêtre du sud , percée au XIVe. siècle, a été
divisée, au XVIe. , par un meneau qui se bifurque dans la partie supérieure. Au-dessous de cette fenêtre est placé un tombeau du XIIIe. siècle, formé de deux arcatures ogivales dont les archivoltes reposent sur des colonnettes terminées par un abaque circulaire. Trois jolis médaillons , sculptés en haut-relief, décorent les angles supérieurs formés par la jonction des arcatures. Le médaillon du milieu représente le buste d'un moine. Les deux autres sont formés de rosaces artistement découpées. Ce tombeau offre une voûte en arête dont les arceaux retombent sur des colonnettes qui tapissent le mur.
Dans la première travée, transformée en chapelle, est placé un autel moderne en chêne , dans le style de l'église , qui a valu à M. Léonard , sculpteur à Lisieux , une médaille en argent, lors du concours régional qui a eu lieu dans cette ville, en 18^9.
Le transept est éclairé, au midi, par trois fenêtres moins élancées que celles du nord. Les archivoltes portent , de chaque côté, sur des colonnettes. Au-dessous de ces fenêtres existe une série d'arcatures géminées.
La voûte, en arête , du transept est construite en blocage et formée d'arceaux toriques. La charpente du toit est ancienne et parfaitement conservée; elle est composée de chevrons portant ferme et date du XIIIe. siècle.
Façade méridionale. — Le portail méridional, qui fait face à la rue du Paradis , est un précieux spécimen de l'architecture de transition (seconde moitié du XIIe. siècle).
Ce portail, d'une grande élévation, est percé aurez-dechaussée d'une belle porte entourée de trois archivoltes, formées de moulures toriques, qui reposent de chaque côté sur trois colonnes détachées du mur et sur trois colonnettes placées en retraite, dont les chapiteaux sont garnis de deux
CAKTOiN DK LlSlliUX , 2r. SECTION. 215
rangs de crossettes végétales. La base , composée de deux tores séparés par une gorge, est reliée au piédestal par une agrafe.
Au-dessus de la porte règne un double rang d'arcaturcs superposées.
Le rang inférieur est formé d'arcaturcs géminées, dont les archivoltes reposent sur de légères colonnettes. Le cordon qui entoure chaque archivolte est décoré de ces espèces de fleurs auxquelles les Anglais ont donné le nom de tooih ornament , et terminé à ses extrémités par de petites têtes.
Le rang supérieur est composé d'arcatures beaucoup plus petites, dont l'archivolte unique, décorée de rinceaux, porte sur un pilastre accompagné de deux colonnettes terminées par des chapiteaux feuillages.
Le cordon décoré de palmeltes qui sépare ces arcatures de l'étage éclairé est entièrement neuf.
Au-dessus s'ouvrent trois belles fenêtres à ogive obtuse; celle du milieu plus élancée que les deux autres. Les trois archivoltes qui entourent ces fenêtres s'appuient sur de légères colonnettes, dont l'intervalle est rempli par le tooih ornament que les architectes anglais , au XIIIe. siècle , ont emprunté à l'architecture française. Le cordon extérieur, décoré de rinceaux , se termine inférieurement par de petites têtes grimaçantes.
Le grand arc de décharge qui surmonte ces fenêtres et relie les contreforts date du XVIe. siècle.
La galerie supérieure, placée à la base du gable, est formée de cinq arcatures dont les archivoltes reposent, de chaque côté, sur un faisceau de colonnettes terminé par des chapiteaux feuillages, dans le style du XVe. siècle. Une balustrade à jour , formée de quatre-feuilles , protège cette galerie qui a été reconstruite. On voit encore les amorces de la galerie primitive qui était placée en retraite.
Les deux clochetons octogones qui surmontent le portail datent, sauf quelques retouches postérieures, de la seconde moitié du XIIe. siècle. La base est décorée, sur chacune de ses faces, d'arcatures trilobées. La pyramide est revêtue d'imbrications. Sur l'arête qui sépare les pans est appliqué un tore.
La pyramide qui couronne le clocheton occidental offre des pans concaves, à angles rentrants. Nous ferons observer que ces deux clochetons , dont la partie supérieure a été reconstruite , ne sont pas placés dans le même axe. Les deux clochetons qui terminent le gable septentrional présentent la même forme. La base de ces clochetons , d'un aspect trèssévère , est décorée de longues arcatures dépourvues de colon nettes.
Deux larges éperons en pierre s'élèvent jusqu'à la hauteur de la galerie dont nous avons parlé. Ces énormes contreforts ont été construits pour consolider le portail qui menaçait ruine. Sur la face principale de l'un de ces contreforts se détache un cadran solaire de l'époque gothique.
Au point d'intersection des quatre bras du transept s'élève une large tour quadrangulaire, que surmonte un toit à quatre pans en charpente couvert en ardoise. Celte tour , ou lanterne, qui date du XIIIe. siècle , est percée sur chacune de ses faces de deux fenêtres avec doubie archivolte. De petites arcatures ogivales géminées , dont quelques-unes , percées de baies carrées trilobées , éclairent à l'intérieur une étroite galerie , décorent la partie inférieure de la lanterne. L'ancienne pyramide en charpente couverte en plomb , qui formait le couronnement de la tour, aura été détruite par un incendie (1).
(1) Des réparations ont été faites à Pextérieur de cette tour par Thomas Bazin, évêque de Lisieux, en 1452.
CANTON DE LISIEUX , 2e. SECTION. 217
Nous ferons observer que cette disposition des tours centrales , dont la partie supérieure reçoit le jour par de nombreuses fenêtres, est propre à la Normandie. Les tours normandes ont servi de modèles à quelques églises d'Angleterre. La tour centrale de la cathédrale d'Ély nous en offre un exemple.
A l'extrémité du croisillon méridional du transept s'élevait une élégante tribune en chêne , dans le style Louis XIII. Le plafond , divisé en nombreux compartiments , reliés entr'eux par des lignes habilement combinées , offrait un gracieux tracé géométrique. Ce plafond était décoré de caissons garnis de têtes d'anges , de cartels , de rosaces et de curieux pendentifs sculptés à jour et couverts de peintures en décor ; le tout encadré par de légers rinceaux et par de capricieux enroulements dans le style du temps. L'un de ces panneaux représente sainte Cécile jouant de l'orgue. Un autre offre l'effigie du roi David qui pince de la harpe.
Deux belles colonnes corinthiennes cannelées , dont la partie supérieure est décorée de cartouches et le tiers inférieur de feuilles de lierre , supportaient ce magnifique plafond.
La frise de l'entablement était formée de panneaux entourés de rinceaux et d'arabesques , parmi lesquels on distinguait des Renommées. Des pilastres , ornés de têtes de fantaisie et de trophées de musique, séparaient ces panneaux.
La destruction de cette tribune , qui faisait l'admiration de tous les étrangers , est très-regrettable. M. Raymond Bordeaux, dans une réunion de savants à Paris , a sévèrement blâmé cet acte de vandalisme (1). Nous faisons des vœux ardents pour que cette tribune soit rétablie.
Dans l'angle sud-ouest du transept existe un escalier qui
(1) Voir le Bulletin monumental.
conduisait à la bibliothèque, placée sur la salle capitulaire dont nous avons parlé.
Au-dessus du linteau de la porte, on lit l'inscription suivante en lettres d'or, gravée sur une plaque de marbre :