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Les six grands tableaux appliqués contre les murs latéraux du transept étaient autrefois placés dans le chœur. Ils avaient été commandés par un chanoine, pour orner le chœur de la cathédrale. Ces tableaux sont l'œuvre d'un artiste rouennais, qui jouissait à cette époque d'une grande réputation que le temps n'a fait que confirmer. Au bas de l'une de ces toiles, on lit : Lemonnier 1776.
Ces tableaux représentent, dans l'ordre suivant, les principales scènes de la vie de saint Pierre et de saint Paul.
Croisillon méridional, à droite en entrant :
1°. Prédication de saint Paul ;
2°. Saint Pierre guérissant les paralytiques.
En face :
3°. Conversion de saint Paul.
Croisillon septentrional, à droite :
1°. Saint Pierre ressuscitant ïhabite ; .
2G. Saint Pierre ès-liens.
En face :
3°. Saint Paul prêchant devant l'Aréopage.
Tous ces tableaux se recommandent par la grandeur de la composition, l'heureux agencement des groupes, l'expression des figures, une bonne entente de la couleur et de la perspective. Le dessin est pur et correct et tous les détails rendus avec une grande exactitude. L'architecture et les draperies sont parfaitement traitées et révèlent une touche large et vi-
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goureuse. Les deux toiles représentant , l'une , saint Pierre guérissant les paralytiques, l'autre, la résurrection de Thabite, attirent surtout les regards.
Chœur. — Quinze colonnes entourent le chœur et le séparent du déambulatoire.
Le chœur proprement dit , composé de quatre travées , se termine à l'orient par une abside circulaire qui décrit une courbe très-gracieuse. Ce magnifique rond-point offre , du bas de la nef, une perspective charmante que l'œil ne se lasse pas de contempler.
Les deux premières travées, semblables à celles de la nef, appartiennent à la construction primitive et datent , comme celte dernière, de la seconde moitié du XIIe. siècle.
Des faisceaux de colonnettes divisées par plusieurs anneaux supportent la voûte en arête des deux premières travées, dont les compartiments sont formés d'un grossier blocage recouvert d'un crépi.
La fenêtre percée dans le mur septentrional , correspondant à la deuxième travée du chœur , est garnie de deux archivoltes reposant sur des colonnettes annelées (1).
Une fenêtre semblable, aujourd'hui bouchée, s'ouvrait dans le mur opposé. La porte ogivale à moulures prismatiques placée au-dessous de cette fenêtre donnait accès dans une sacristie gothique, qui a été démolie au commencement de ce siècle.
Le chœur , dans l'origine , était composé seulement de deux travées. La courbe de l'abside commençait à la deuxième colonne , ainsi que semble l'attester l'inclinaison d'un des
(1) Une pelile porte, aujourd'hui bouchée, s'ouvrait dans ce mur et donnait accès dans le cimetière des officiers douze livres, ainsi nommés parce qu'ils recevaient une gratification annuelle de 12 livres.
chapiteaux. Une piscine placée à droite , entre la première et la seconde colonne, indique la position qu'occupait l'autel primitif. Cette piscine, masquée par un des bancs du bas-côté méridional, recevait l'eau provenant des ablutions.
Les deux dernières travées du chœur , ainsi que l'abside, construites en pierre des Loges, ont été élevées, comme nous l'avons dit plus haut, dans la première moitié du XIIIe. siècle. Les colonnes qui supportent les deux arcades qui précèdent le sanctuaire offrent le même diamètre que les précédentes. L'un des chapiteaux présente une élégante corbeille composée de larges feuilles, profondément découpées , ressemblant aux feuilles de berce ( Heracleum spondylium), si communes dans nos prairies. Les feuilles qui décorent un autre chapiteau , au lieu de se recourber en volute , se relèvent et retombent avec grâce sur le tailloir.
Le triforium est formé d'arcatures géminées, semblables à celles qui décorent les deux premières travées du chœur; l'ogive seulement est plus accentuée. Le tympan est percé d'un trèfle.
Nous ferons observer que les colonnettes qui partent du tailloir des colonnes, et vont recevoir la retombée de la voûte, ne sont plus annelées.
La partie des collatéraux qui correspond aux deux dernières travées que nous venons de décrire offre un double mur percé de fenêtres accolées, dont l'archivolte repose, de chaque côté , sur des colonnettes sans anneaux, détachées du mur. Un simple tore entoure la baie. L'une de ces ouvertures , placée au midi, offre de curieux fragments de vitraux, du XVIe. siècle , représentant des camées. La partie supérieure du mur est décorée d'une belle rosace polylobée artistement fouillée. Le faisceau de colonnettes qui sépare les fenêtres reçoit l'arc formeret et les arceaux de la voûte
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d'arête dc9 bas-côtés. Les chapiteaux , décorés de crossettes végétales, se terminent par un abaque circulaire.
Une série d'arcatures décore la partie inférieure des murs. L'archivolte , formée d'un tore , repose sur des colonnettes dont les chapiteaux , ornés de crossettes et de feuillages variés, se terminent également par un abaque circulaire. Parmi ces feuillages on distingue le trèfle d'eau (Menyanthes trifoiiata) , des feuilles d'arum , de nénuphar. Le fût des colonnettes a été maladroitement coupé lorsqu'on a appliqué les bancs contre les murs. La porte à cintre surbaissé qui donne accès dans la sacristie a été percée au XIVe. siècle. Les colonnettes à chapiteaux feuillages qui accompagnent cette porte sont moins anciennes que celles qui reçoivent les arcatures. Le cordon supérieur , décoré de grappes de raisin, est terminé, à l'une de ses extrémités par un lion, et à l'autre par un animal chimérique. Dans l'un des angles du mur, on aperçoit une tête grotesque qui servait de support à l'une des archivoltes de cette porte , qui occupe la place d'une ancienne arcature.
Abside. — Les sept arcades ogivales qui dessinent le rondpoint, l'un des plus remarquables du XIIIe. siècle , reposent sur des colonnes accouplées dont les chapiteaux , décorés de crossettes , se terminent par un tailloir à pans coupés. L'intrados est décoré de nombreux tores, séparés par une gorge étroite et profonde. Des grilles en fer forgé , dont on voit encore les scellements dans les colonnes, fermaient autrefois le sanctuaire.
La galerie pratiquée dans le double mur qui surmonte les arcades captive les regards par sa légèreté. Les arcatures géminées qui forment cette galerie reposent sur des colonnettes, dont les chapiteaux sont garnis de deux rangs de crossettes végétales. Le tympan est percé d'un quatre-feuillcs.
Les fenêtres du clérestory , d'une forme gracieuse , paraissent , d'après l'opinion d'un savant autiquaire , avoir été tracées au moyen de la cycloïde. Les trois principales fenêtres sont garnies de vitraux modernes, exécutés à Paris dans les ateliers de M. Lusson. Ces verrières représentent le Sauveur du monde, saint Pierre et saint Paul.
Du tailloir qui termine les colonnes du rond-point s'élance une légère colonnette qui s'arrête à la naissance des fenêtres et va recevoir l'un des nombreux arceaux d'une jolie voûte d'arête construite en petit appareil taillé régulièrement. Tous cesarceaux convergent vers la clef d'un puissant arc-doubleau, qui paraît avoir été refaite au XVIe. siècle. Sur cette clef se détachent en relief les armoiries du Chapitre.
Les deux murs qui s'élèvent entre les chapelles absidales sont percés de fenêtres accolées, autrefois garnies de riches verrières, qui formaient autour du sanctuaire une briUante couronne, composée de rubis, de topazes et d'émeraudes représentanl la Jérusalem céleste. L'une de ces fenêtres, placée à gauche de la chapelle de la Vierge, est décorée d'un beau médaillon du XIIIe. siècle. Les grisailles que l'on aperçoit au-dessus dessinent de curieux rinceaux dans le style du XIIe. siècle. C'est le plus ancien fragment de vitrail que possède la cathédrale. A ce seul titre, il mériterait d'être conservé avec soin.
Le dais qui décore la partie supérieure de la fenêtre la plus rapprochée de la chapelle de la Vierge date seulement du XVe. siècle, ainsi que l'atteste l'écusson de Pierre Cauchon, peint sur cette vitre, lequel porte d'azur à une fasce d'argent, accompagnée de 3 coquilles d'or.
^ Les chapelles latérales de l'abside, de forme circulaire, datent du XIIIe. siècle.
Ces deux jolies chapelles, dont la construction est attribuée, ainsi que nous l'avons vu, à Guillaume du Pont-dc-l'Arche,
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évêque de Lisieux , sont éclairées par trois fenêtres ogivales pratiquées dans l'épaisseur du double mur. Les deux archivoltes qui les entourent s'appuient , de chaque côté , sur de légères colonnettes. Une simple moulure torique encadre la baie.
On remarque, à gauche de l'autel , une petite armoire ou sacrarium, à deux compartiments , laquelle était fermée par une porte en fer. Du côté opposé existe une piscine qui affecte la même forme.
Le rétable de la chapelle située à l'extrémité du collatéral sud est décoré d'un magnifique tableau , peint à l'huile , représentant le martyre de saint Sébastien. On admire la pose du corps et un effet de raccourci des plus heureux dans l'un des bras. La tête est fort belle. Ce tableau qui a, dit-on, une grande valeur, ornait, avant la Révolution, une des salles de l'ancien palais épiscopal (1).
La fenêtre du fond de cette chapelle , en grande partie masquée par le rétable , présente de beaux fragments de vitraux. Le médaillon supérieur représente la Sainte-Vierge. Celui du milieu offre l'effigie d'un évêque (probablement saint Ursin , auquel était anciennement dédiée cette chapelle). Les armatures des fenêtres datent du même temps que la chapelle. Il y avait dans cette chapelle , avant la Révolution , un ancien tableau représentant la translation des reliques de saint Ursin. Cette toile, dont M. Charles Vasseur donnera la description , est aujourd'hui placée dans une chapelle de l'église St. -Jacques.
De chaque côté du chœur et près du sanctuaire s'élèvent, à l'extérieur , deux petites tours quadrangulaires , terminées
(1) Dans un ancien inventaire, dressé en 4 760 après la mort de M. Ignace de Brancas , ce tableau est estimé 5,000 livres, somme considérable pour l'époque.
par un toit en pierre couvert d'imbrications. Elles renferment un escalier qui conduit aux galeries supérieures dont nous avons parlé Cette disposition de tours qui accompagnent l'abside est, selon M. Violet-le-Duc, tout-à-fait propre aux cathédrales normandes.
Les arcs-boutants cintrés qui soutiennent le chevet ont été refaits au XVIe. siècle.
Chapelle de la Vierge. — La chapelle de la Vierge, placée derrière le chœur, attire les regards par ses vastes proportions et par son élégante architecture. Elle a été élevée , comme on sait, dans la première moitié du XVe. siècle , par Pierre Cauchon , évêque de Lisieux et ancien évêque de Beauvais, en expiation de la sentence inique qu'il avait prononcée contre l'infortunée Jeanne-d' Arc, la libératrice de la France.
Cette chapelle marque le passage du XIVe. au XVe. siècle. Les moulures qui entourent les fenêtres et dessinent le tympan, qui déjà affecte la forme flamboyante, sont composées de tores et garnies d'un listel. Les meneaux qui partagent les baies sont ornés de colonnettes. La forme prismatique apparaît seulement dans la seconde moitié du XVe. siècle.
Le plan de la cathédrale , dressé avec soin par M. Charles Vasseur , membre de la Société française d'archéologie , donne les dimensions de cette chapelle , qui mesure dans œuvre 17 mètres 20 cent, de longueur sur 6 mètres 88 cent, de large. Elle se termine, à l'orient, par trois pans coupés et est éclairée par neuf grandes fenêtres flamboyantes, partagées en quatre baies par un meneau central et quatre meneaux secondaires. Le tympan offre une élégante tracerie dont les compartiments variés sont décorés de nombreux fragments de vitraux qui paraissent dater seulement du XVIe. siècle. Les trois fenêtres du fond sont garnies de vitraux
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modernes , exécutés par M. Lusson. Ces tableaux transparents , remarquables par la netteté et la perfection du dessin, l'éclat du coloris et la délicatesse des nuances , ressemblent plus, selon nous, à des chromolithographies ou à ces brillantes miniatures qui décorent les vieux manuscrits , qu'aux verrières que nous a léguées le moyen-âge, dont les tons chauds et vigoureux et les teintes harmonieuses excitent encore aujourd'hui l'admiration des artistes. L'une de ces verrières, celle de gauche, a figuré à l'Exposition universelle de 1855. Les sujets qu'elles représentent sont relatifs à la vie glorieuse et douloureuse de la mère du Sauveur.
Les faisceaux de colonnettes appliqués contre le trumeau des fenêtres reçoivent les arceaux d'une voûte d'arête , formée de fines moulures. La clef de voûte qui surmonte le sanctuaire offre l'écusson de Pierre Cauchon , fondateur de celle chapelle. L'écusson placé en-deçà du sanctuaire représente les armoiries du Chapitre. L'un des faisceaux de colonnettes est interrompu par une niche qui abritait anciennement une statue de la Sainte- Vierge, à laquelle cette chapelle est dédiée.
L'autel en pierre qui décore le sanctuaire a été exécuté d'après les dessins de M. Bouet. C'est une des compositions les plus savantes et les plus gracieuses de cet artiste , aussi distingué que modeste, dont loutes les œuvres portent l'empreinte du talent et du bon goût.
Cet autel, dont nous avons donné en 1852 une description complète qui nous dispense de le décrire , représente les mystères joyeux et douloureux de la Sainte-Vierge (1).
Les belles boiseries, dans le style Louis XV, qui sont appliquées contre les murs latéraux fermaient autrefois les
(1) Voir les journaux de Lfcieax, <!« 8*7 novembre et h décembre 4 852.
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trois travées du chœur les plus rapprochées du transept. Elles servaient à la fois de haut-dossier aux stalles hautes, occupées par les chanoines , et de support aux grands tableaux dont nous avons parlé.
Ces boiseries masquent une série d'arcatures reposant sur des colonnettes à chapiteaux feuillages , entre lesquelles sont placés des bas-reliefs. La plupart de ces bas-reliefs , dont la forme se rapproche de celui que nous avons décrit plus haut, répondent aux pierres tombales qui recouvrent le sol de la chapelle.
Les deux groupes placés près du sanctuaire (côté de l'évangile) représentent le crucifiement et l'ensevelissement de Notre-Seigneur. M. Billon pense, avec raison , que ces basreliefs, qui sont plus anciens que les autres et paraissent dater du XIVe. siècle, faisaient partie de l'ancien jubé en pierre qui s'élevait à l'entrée du chœur et fut détruit, en 1689, par les ordres de Léonor II de Matignon. Ce magnifique jubé, qui était construit en pierre des Loges, avait coûté 6,000 livres, somme énorme pour l'époque. Les sujets variés qu'il offrait avaient trait a la vie de Notre-Seigneur et à sa Passion glorieuse (1). Il fut remplacé par un jubé en bois, dans le goût du temps, qui probablement était loin de le valoir. Ce jubé, exécuté à Caen par un sieur Bramu, « maître sculpteur •> , avait coûté 1,800 livres (2).
La construction du nouveau jubé, qui s'avançait dans le chœur, entraîna la démolition de la magnifique chaire épiscopale, « qui était en pierre de Vernon et d'un très- beau travail (3). » Cette chaire avait été donnée par M. le cardinal
(1) Manuscrit rédigé enlre les années 1676 et 4717. Ce manuscrit est attribué à un chanoine.
(2i Manuscrit.
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Leveneur , évêque de Lisieux. Elle avait coûté aussi 6,000 livres.
L'année 1689, comme les deux précédentes, fut véritablement désastreuse pour notre cathédrale. Les changements imposés par la mode, sous le règne de Louis XIV, firent commettre de nombreux actes de vandalisme qu'on ne saurait trop déplorer ; car ils nous ont privés de véritables chefsd'œuvre qui seraient aujourd'hui le plus bel ornement de cette église. Les tombeaux ne furent même pas épargnés.
Les trois tombeaux qui ont été détruits étaient placés près du maître-autel.
On a retrouvé, il y a quelques années, un fragment en marbre de Carrare, détaché du tombeau de Mgr. d'Estouteville, qui a occupé le siège épiscopal de Lisieux depuis 1382 jusqu'en 1M5.
Ce précieux fragment, qui peut donner une idée de la richesse de ce tombeau dont le faire révèle le ciseau d'un des artistes italiens les plus en renom à celte époque, a été dessiné par M. Rouet. L'écusson du cardinal, tenu par un ange, est renfermé dans un délicieux quatre-feuilles à pétales lancéolés, formé de jolies moulures toriques. Il occupait la partie centrale d'une des faces du tombeau, qui était sculpté à jour et surmonté d'une statue en marbre. Les deux autres tombeaux étaient ceux de Mgr. Fouques-d' Astin , évêque de Lisieux (1250-1267) et de ]\Igr. Guy d'Harcourt (1303- 1 336). Le premier était en bronze ; le second, couvert d'une grande table de marbre noir, n'offrait aucune effigie. Ce tombeau, dont nous avons retrouvé un fragment , offrait sur chaque face une série d'arcatures reposant sur des colonnettes dont les bases ont été conservées.
La pierre tombale (pie l'on voit à l'entrée du sanctuaire, en face le maître-autel, consacre la mémoire de l'évêque qui a fait tous ces changements <i dépouillé notre cathédrale de
ce qu'elle avait de plus précieux. Kilo offre l'inscription suivante, que nous reproduisons en entier :