SOL AUDET DICERE FALSUM
Ce bâtiment, qui mesure 138 pieds de long sur 20 pieds de large, servait de communs.
La façade principale, qui regarde la cour, est construite en brique et pierre, dans le style du XVIIIe siècle. Les fenêtres sont à cintre surbaissé. La façade opposée, construite en grand appareil, se développait sur l'ancienne rue Cardin- Martin qui formait un impasse. On voit encore la trace de quelques-unes des fenêtres supérieures qui éclairaient cette façade. Un comble en mansarde, couvert en ardoise, avec croupe à chaque extrémité, termine ce bâtiment.
L'édifice qui s'élève à droite de la cour principale du palais a élé construit, comme nous l'avons dit, par Léonor II de Matignon en 1680, ainsi que l'atteste un manuscrit du temps que nous avons consulté, et non en 1697, comme l'a écrit M. Guilmeth dans son Histoire de Lisieux (1).
La façade principale, bâtie en brique et pierre, dans le goût de l'époque , est greffée sur l'ancien palais du XIIe siècle dont les gros murs ont été conservés, ainsi que l'attestent les ogives en forme de lancettes, incrustées dans le mur oriental, que j'ai signalées au commencement de celte notice.
Cette façade se compose : 1°. d'un rez-de-chaussée trèsélevé qui a été modernisé ; une partie de ce rez-de-chaussée formait le soubassement de l'ancien corps-de -logis de l'évêque, dont la façade regardait le jardin ; 2°. d'un étage au-dessus éclairé par de hautes fenêtres carrées; 3°. enfin, par un dernier étage, très-bas, placé sous les combles, formant une espèce d'attique, percé de fenêtres en brique à cintre surbaissé. Ces fenêtres remplacent probablement de grandes lucarnes en maçonnerie qui devaient faire saillie sur le toit.
Les trumeaux qui séparent les fenêtres de l'étage principal sont décorés de grands panneaux en pierre, à angles rentrants, terminés par un cintre à chacune de leurs extrémités. D'autres panneaux plus petits, séparés par des têtes de lion exécutées en haut-relief, ornent la partie du mur comprise entre le premier étage et l'étage supérieur.
Un escalier monumental en pierre, d'une seule volée et d'une grande hardiesse d'exécution, conduit au premier étage, formé de plusieurs belles pièces, dont nous parlerons bientôt. La rampe en fer forgé et embouti, œuvre remarquable de la serrurerie du XVIIe siècle, offre, dans la partie supérieure, les lettres L et M entrelacées,
(1) Histoire de Lisieux, p. 164.
GANTOIS DE LIS1EUX , 2K SECTION. 2a 7
Cet escalier, autrefois placé dans l'angle formé par les deux corps de bâtiments qui constituaient le logis de l'évêque, mesure 30 pieds de large sur 32 pieds de long. Il est éclairé, du côté de la petite cour , par deux grandes fenêtres cintrées , géminées , qui se divisent chacune en deux baies, également à. pleincintre , surmontées d'un large tympan d'une forme peu commune.
Une grande lanterne octogone, couverte en tuile, surmontait l'escalier. Cette lanterne, qui a été démolie en 1808 et remplacée par un simple plafond, était construite en colombage et percée de « seize croisées, cintrées dans la partie supé- « Heure, ayant chacune six pieds de haut sur deux pieds de « large. Elle offrait, en outre, huit grandes ouvertures carrées « de U pieds de large sur 6 de hauteur ». Le plafond, en forme de dôme, était peint à fresque. Les parois offraient quatre tableaux allégoriques , représentant les quatre saisons de l'année. Ces peintures largement exécutées, produisaient, dit-on , un grand effet. La couverture de la lanterne mesurait 38 toises superficielles (228 pieds).
L'escalier que nous venons de décrire conduisait seulement au premier étage du bâtiment qui donnait sur la cour ; le palier supérieur, de niveau avec la terrasse, fore lit le rezde-chaussée de la façade qui regardait le jardin.
Salle du Synode. — L'ancienne salle d'assemblée ou du Synode (aujourd'hui la salle d'audience du tribunal civil), placée au haut de l'escalier à gauche, est éclairée, du côté de la cour principale , par quatre grandes croisées avec imposte et par une fenêtre semblable donnant sur la basse-cour.
Cette vaste salle, dans laquelle on accède par une porte à deux vantaux donnant sur l'escalier, mesure kk pieds de long sur 20 pieds de large. Elle était parquetée et « plafonnée en impériale ». Le mur qui fait face aux fenêtres était revêtu d'un lambris en chêne, à hauteur d'appui, et couvert
d'une belle tapisserie représentant les chasses de François Ier. Le trumeau des fenêtres était garni de cuir gaufré et doré. Un grand portrait équestre de Louis XIV occupait le fond de la salle, dont la décoration sévère était parfaitement appropriée à sa destination.
La voûte en charpente delà grande salle du Synode était en contre-bas du plancher supérieur d'environ un pied au-dessous des sommiers. Le plancher du grenier, placé au-dessus de cette voûte , est supporté par six sommiers. Sur quatre de ces sommiers sont assemblées les fermes de la charpente.
Entre la salle du Synode et l'ancienne chambre dorée, placée à l'extrémité du bâtiment près de la cathédrale, était la chambre rouge (aujourd'hui chambre du Conseil).
Cette chambre , jadis éclairée par deux fenêtres du côté de la cour principale (l'une de ces fenêtres a été bouchée) , était ornée d'un grand tableau peint à l'huile, représentant Jupiter allaité par la chèvre Amalthée. Les murs étaient revêtus de tapisseries de haute-lice. La principale tapisserie représentait l'histoire de Troie ; l'autre tapisserie, la suite des chasses de François Ier.
Chambre dorée. — L'ancienne chambre dorée (aujourd'hui appelée salle dorée) rivalisait, parla richesse de sa décoration et le luxe de son ameublement, avec les appartements les plus somptueux des palais de nos rois. Cette chambre était réservée aux princes et aux personnages de distinction qui descendaient à l'évêché (1). Quatre grandes portes à deux vantaux, avec chambranle doré, donnaient accès dans cette pièce, éclairée par deux croisées, l'une sur la grande cour, l'autre sur la basse-cour. Deux de ces portes sont aujourd'hui condamnées.
(1) Le 18 mai 1151 , Henri II, roi d'Angleterre, épousa, à Lisieux» Éléonore de Guyenne, que Loui&-!e- Jeune avait répudiée.
CANTON DE LISIEUX*, 2e SECTION. 2M)
Le plafond à caissons est couvert de peintures polychromes et en camaïeu, exécutées par les meilleurs artistes de l'époque. Au centre est un grand médaillon quadrilobé, entouré d'une guirlande de feuilles de chêne. Des anges, tenant dans leurs mains les divers attributs de l'épiscopat, occupent le fond du tableau. L'un de ces anges supporte l'écusson de Léonor II de Matignon.
De chaque côté de ce tableau se développe un grand panneau qui renferme un médaillon en grisaille, de forme ovale, représentant un groupe de personnages de l'antiquité. Au bas de ces panneaux sont nonchalamment étendues deux espèces de sirènes, la poitrine entièrement découverte. La partie inférieure représente le corps d'une panthère.
Deux grands panneaux carrés, à angles rentrants, décorent chacune des extrémités du plafond. Ces quatre panneaux offrent chacun un médaillon circulaire, exécuté en grisaille , lequel forme , avec les deux médaillons précédents , une série de petits tableaux représentant des sacrifices. Les personnages qui composent les groupes sont vêtus de longues robes ou tuniques, qui rappellent la peinture antique. De curieux mascarons, munis d'une large collerette, se relient à ces médaillons.
L'intervalle qui sépare ces panneaux est rempli par des ornements en forme de cuirs et décoré de têtes de lion en hautrelief, dans la gueule desquelles est passe un anneau qui servait à suspendre un lustre ou une couronne de lumière.
Les autres panneaux qui décorent le plafond sont couverts de rinceaux et de feuillages entrelacés, exécutés en camaïeu, les uns sur fond rouge, les autres sur fond d'azur.
Un tableau représentant, dit-on, la découverte du feu décore le manteau de la cheminée. Ce tableau remplace une toile plus ancienne sur laquelle était peint un obélisque. Sur les côtés de la cheminée sont représentés deux magnifiques
vases à fleurs, d'une grande richesse de dessin et d'une forme très-gracieuse.
Un lit en damas vert galonné d'or, surmonté « d'une impériale » portée sur des colonnes tournées, était placé en face la cheminée. On voyait encore dernièrement, dans la partie supérieure du mur contre lequel il était adossé, les anneaux qui servaient à retenir les pentes ou rideaux.
Les murs, revêtus d'un lambris peint et doré à hauteur d'appui, étaient couverts de belles tapisseries. L'une de ces tapisseries représentait la première partie de l'histoire de Troie; l'autre, la suite des chasses de François Ier. Des têtes de lion en grisaille, se détachant sur un fond rouge, décorent la frise couverte de légers rinceaux. Deux petits anges, tenant les lettres entrelacées L. M., ornent Ja partie de la frise qui surmontait le lit.
Les portes sont entourées d'une magnifique guirlande de feuilles de chêne. Les vantaux offrent des compartiments, à angles rentrants, couverts de peintures à fond d'or simulant des imbrications. Différents sujets empruntés à l'histoire de l'Ancien-Testament ( le fils de ïobie, conduit par l'archange Raphaël; le faux prophète Balaam; les Hébreux dans le désert recueillant la manne) décorent les-dessus de porte.
Les deux fenêtres ou croisées qui éclairent cette salle sont revêtues de volets, dont les panneaux sont couverts de feuillages, largement exécutés, faits pour produire de l'effet au dehors.
Cette magnifique salle, qui mesure 26 pieds 3 pouces de longueur sur 28 pieds 7 pouces de large, vient d'être restaurée aux frais du département. Des cuirs gaufrés et dorés, remplacent les anciennes tapisseries de haute-lice. Les caryatides qui supportent le manteau de la cheminée sont modernes. On aperçoit encore au fond de cette cheminée l'ancienne plaque armoriée.
CA.\TO> i>fc LlSiLUX, 2e SECTION. 251
Le grand corps-de-logis qui formait retour sur la terrasse, et faisait face au parterre ou jardin principal, a été démoli, comme nous l'avons dit, en 1808. Il mesurait 24 toises de longueur (144 pieds) sur 30 pieds de haut, à partir de la terrasse jusqu'à la corniche de l'entablement qui se raccordait avec celle du bâtiment dont la façade regarde la grande cour.
Cet édifice, qui était construit en brique et pierre, était composé de trois étages, y compris le rez-de-chaussée ou soubassement qui était de niveau avec celui du bâtiment que je viens de décrire. Le rez-de-chaussée renfermait la cuisine, de forme irrégulière, la cave et le cellier. L'étage au-dessus formait le rez-de-chaussée du côté de la terrasse.
La façade principale, qui regardait le parterre, était éclairée à chaque étage par douze croisées ou ouvertures, non compris celles du pavillon central.
Au centre du bâtiment s'élevait en avant-corps un grand pavillon, précédé d'un perron qui avait 34 pieds de long sur 15 de large. Ce pavillon était couronné d'un fronton orné de statues en terre cuite provenant de la fabrique du Prédauge, qui jouissait au XVIP siècle d'une grande célébrité. Il était surmonté d'un comble en charpente « en impériale», audessus duquel apparaissait le grand dôme qui surmontait l'escalier.
Ce rez-de-chaussée offrait plusieurs belles pièces, enlr'autres une grande salle à manger, placée au milieu de la façade et dont l'entrée principale était sur le palier du grand escalier. Cette salle, pavée en grands carreaux de pierre de Caen et en petits carreaux de marbre rouge, contenait 29 pieds de long sur 24 de large. Elle était éclairée par deux grandes fenêtres cintrées et deux petites fenêtres carrées. Une porte vitrée donnait sur le jardin.
A droite de la salle à manger se développait une grande pièce, éclairée par six croisées, du côté de la terrasse.
Un grand salon de réception, appelé le cabinet d'assemblée, était placé à l'extrémité occidentale de la façade. Il était éclairé par s quatre grandes croisées à glace, » dont deux s'ouvraient sur la grande cour et les deux autres sur la terrasse. Cette pièce, meublée avec un certain luxe, était parquetée et entourée d'un lambris en chêne à hauteur d'appui, orné de pilastres dans les angles. La corniche était dorée. Le plafond était orné d'un cul-de-lampe ou pendentif auquel était suspendu un lustre. Contre les murs étaient appliqués de nombreux tableaux, offrant pour la plupart des sujets religieux, parmi lesquels on remarquait un saint Sébastien, estimé dans un inventaire 5,000 livres, somme énorme pour le temps. Ce tableau, qui fait l'admiration des connaisseurs, est aujourd'hui placé dans l'église St-Pierre.
A l'extrémité opposée était un grand cabinet, appelé le cabinet des colonnes. Deux colonnes isolées, placées dans le fond, décoraient celte pièce, k côté était la chambre à coucher de l'évêque.
L'étage au-dessus de l'entre-sol était composé de cinq grandes chambres, séparées par un large vestibule qui était placé sur la salle à manger. Ce vestibule était éclairé par trois grandes croisées donnant sur le jardin et par quatre oculus, ou œils-de-bœuf, percés dans la voûte en forme de dôme. Il était pavé en grands carreaux de terre cuite.
Cet étage était surmonté de mansardes.
Une grande pièce placée au-dessus du cabinet d'assemblée servait de garde -meubles. Celte pièce, qui était éclairée par deux lucarnes sur le jardin et deux autres sur la cour, contenait 27 pieds de long sur 20 de large.
La galerie qui surmontait le vestibule communiquait avec un autre garde- meubles, de 18 pieds de large sur 20 pieds de long, lequel était éclairé du côté du jardin par deux lucarnes semblables aux précédentes.
CANTON T)E L1SIEUX , 2e SECTION. 253
Quatre chambres, dont la plus grande mesurait 20 pieds de long sur 9 pieds 6 pouces de large, occupaient l'espace compris entre ces deux pièces.
Ce bâtiment était couvert en ardoise du côté du jardin. Le dôme qui surmontait le pavillon central, faisant saillie sur la terrasse, était aussi revêtu d'ardoises simulant des écailles de poisson. Les mansardes et « le brè.zit •> au-dessus, du côté opposé au jardin, étaient couverts en tuiles (1).
L'édifice actuel, bâti sur l'emplacement de cette somptueuse demeure, renferme le musée (2) et la bibliothèque. Le rez-de-chaussée, élevé en 1808, est affecté aux différents services du Tribunal de commerce.
Jardins. — Les jardins de l'évêché, dessinés, dit-on, par Le Nôtre, étaient magnifiques.
Ces jardins, ornés de bassins, de fontaines et de statues, se divisaient en trois parties distinctes: le Parterre; le jardin supérieur ou Jardin des cascades, et le jardin inférieur appelé la Couronne.
Le Parterre, ou jardin principal, se développait devant la façade du palais. Il était précédé d'une double terrasse, avec glacis en gazon, coupée au milieu par deux grands escaliers en pierre, composés chacun de huit marches. Ces deux escaliers, qui reliaient la terrasse principale au parterre, étaient
(1) Il existe un ancien dessin, à l'aquarelle ou a la gouache, de la façade du principal corps-de-logi* et d'une partie des jardins, par M. Fontaine, architecte.
(2) Ce musée, créé en 1837, possède plusieurs bonnes toiles, entr'autres un magnifique tableau d'Hippolyte Flandrin, représentant Jésus-Christ bénissant, les petits enfants; Tubie ensevelissant les morts, par Dubufe; Jean Le Hinnuyer , évoque de Lisieux, sauvant les protestants du massacre de la St- Barthélémy, par Gosse; deux anciennes toiles, par Bon Boullongne , etc.; le modèle en plâtre du lion de Barye , etc.
décorés de statues eu plomb ei de lions. Les statues, posées sur un piédestal en pierre, représentaient des sirènes.
Vers l'extrémité du parterre s'étendait un bassin, de forme quadrangulaire, d'où jaillissaient trois jets d'eau qui entretenaient la fraîcheur au sein de cette délicieuse promenade. Cette pièce contenait 16 toises de largeur (96 pieds) sur 23 toises 2 pieds de long (\k0 pieds). « Elle était revêtue, dans « son pourtour, de murs avec tablette en pierre par dessus ». ( Inventaire déjà cité. )
Sur les côtés du jardin se développaient deux belles pelouses, décorées de quatre statues en pierre placées sur un piédestal.
Deux grandes allées de tilleuls s'alignaient sur les côtés dn parterre, fermé au nord par un grand mur en terrasse qui faisait partie des fortifications de la ville. La partie centrale de ce mur faisait saillie sur le chemin de ronde , au-delà duquel s'étendait la riche et plantureuse vallée de Touques.
Le jardin supérieur ou des cascades, formé de nombreuses terrasses et de parterres bordés de charmilles, s'étendait au nord et à l'est jusqu'aux anciens murs de la ville. Il était fermé au midi, du côté de la cathédrale, par un mur en terrasse qui s'étendait jusqu'au mur de clôture du doyenné.
A l'extrémité d'une des terrasses s'élevait un pavillon octogone, appelé le Belvédère. Ce pavillon, construit en pierre, était surmonté d'un dôme en impériale, revêtu d'ardoises. Il était éclairé par six croisées « ouvrantes à coulisses et voûté en calotte». Le mur qui soutenait la terrasse était bâti sur remplacement d'une ancienne tour, qui faisait partie des fortifications de la ville.
L'escalier en pierre par lequel on accédait au belvédère était séparé en deux parties par un palier de repos On comptait seize marches pour la première hauleur et six marches pour la seconde hauteur , avant d'atteindre la terrasse supérieure.
La cascade principale était garnie « de quatre jets d'eau,
CANTON DE L1S1EUX, 2e SECTION. 255
« une gerbe et cinq masques avec deux chutes supérieures, « supportées par deux massifs de maçonnerie avec pierre de « taille formant bastion, colonnes et avant-corps, garnies de « nappes de plomb ».
La première contenait 18 pieds et demi de long sur 10 pieds de large, y compris l'emplacement de la seconde chute qui offrait 9 pieds de long sur 4 pieds de large.
a Au bas était un bassin formant miroir, de 2U pieds de « long sur 15 pieds et demi de saillie dans le milieu, auk devant de la cascade ». Ce bassin était revêtu de pierres de taille.
La première cascade avait 5 pieds k pouces de haut; la seconde, h pieds 9 pouces. Une coquille en plomb, placée dans la grande cour d'entrée du palais, recevait les eaux de décharge de cette cascade.
Le mur de clôture, formant terrasse, qui s'élevait à l'extrémité du bâtiment servant de communs , du côté de l'ancien impasse « Cardin- Martin, » était construit en caillou et moellon.
L'escalier placé près de ce mur permettait de descendre dans le jardin inférieur, nommé la Couronne. Cet escalier était composé de 30 marches en pierre avec un palier de repos au milieu, sur lequel était établie une charpente qui soutenait une porte à claire-voie garnie de barreaux de bois tournés. Cette porte, qui fermait le jardin, était surmontée d'un toit couvert en tuiles
La grande pièce d'eau qui ornait le jardin de la Couronne contenait 31 toises (186 pieds) de long sur 26 toises (156 pieds ) de large à une extrémité, et 6 toises (36 pieds) à l'autre bout. De cette pièce jaillissaient neuf jets d'eau.
Les murs qui entouraient ce jardin étaient garnis d'espaliers. L'un de ces murs, construit en moellon et silex avec parement en brique, faisait partie de l'enceinte de la ville.
256 STATISTIQUE iMONUMENTALE DU CALVADOS.
Le mur de clôture', du côté de l'ancienne place de la porte de la Chaussée, était construit en brique. Dans ce mur était pratiquée une porte à deux vantaux.
Le jardin actuel, qui occupe l'emplacement de l'ancien parterre, a été livré au public en 1837.
Ce magnifique jardin, dessiné à la française, présente deux vastes pelouses entourées de plates-bandes symétriques et séparées par un bassin circulaire muni d'un jet d'eau. Sur les côtés s'alignent plusieurs allées de marronniers.
Au midi se développe une belle terrasse au centre de laquelle s'élève le nouveau musée, que domine la mas»e sévère et imposante de la cathédrale.
Officialité. — Le bâtiment de l'Officialité s'élevait sur la grande place, en face la cathédrale.
Ce bâtiment, construit partie en maçonnerie, recevant un colombage, était couronné d'un comble en charpente couvert en tuile. H contenait 7 toises 4 pieds de long (46 pieds) sur 18 pieds de large dans œuvre.
Le petit bâtiment qui était placé en retour servait de chapelle.
Le Doyenné. — Le beau bâtiment, dans le style fleuri de la seconde moitié du XVIIIe siècle, qui était habité par le haut-doyen de la cathédrale, dominait, ainsi que nous l'avons dit plus haut , l'ancien jardin supérieur ou des Cascades.
Cet édifice, qui est encore debout, était entouré d'un beau jardin dessiné à la française. Il sera décrit dans la partie de la Statistique consacrée à l'architecture civile et domestique.
Chapelle de l'ancien palais cpiscopal (1). — Cette chapelle, (i) La description de cette chapelle est de M. le docteur Billon.
CANTON DE LISIEUX , 2e. SECTION. 257
dédiée à saint Paul, s'élevait au nord de la cathédrale et vers l'extrémité orientale du grand édifice construit par Matignon II en 1080, sur la terrasse qui dominait les magnifiques jardins. Klle avait l'orientation liturgique, si favorable à la perspective des édifices gothiques. Des divers points du vaste jardin et de la riche vallée de Touques , on apercevait la blanche silhouette de son abside se dessiner sur la façade rembrunie du transept de la cathédrale.
Elle eut pour fondateur Guillaume d'Asnières, qui gouverna l'églisede Lisieux depuis 1285 jusqu'à 1298 (1). C'était l'époque la plus brillante de l'incomparable architecture du XIIIe. siècle. L'élégance et la grâce produite par la pureté des lignes se mariaient à une riche ornementation architecturale. Nous en avons eu la preuve dans un chapiteau dont nous avons fait un dessin et que nous avons sauvé de la destruction.
Nous avons eu le bonheur de contempler bien des fois ce charmant sanctuaire, à une époque où les reflets de son glorieux passé resplendissaient encore d'un vif éclat. L'aveugle cl stupide vandalisme, qui l'a si inutilement renversé, s'exerçait à l'aurore de cette grande réaction réparatrice qui a conservé à la France tant de monuments précieux. Notre pays doit être fier d'avoir été le berceau de cette croisade intelligente contre l'ignorance et la barbarie des derniers siècles, dont MM. de Caumont et A. Piel ont été les plus ardents promoteurs.
Cet édifice présentait en plan un long parallélogramme, terminé à l'orient par trois pans. Sa longueur dans œuvre était de H toises (06 pieds) ; sa largeur, de 20 pieds 0 pouces. Cette largeur était à peu près le tiers de la longueur totale, et
(1) Struxit capellam S. Pauli in aedibua episcopalibus, quorum in principali \iiro effigies pjus et slemma deninguntnr [Gàtlia c/im-
trois fois cette largeur devaient donner la hauteur de l'édifice sous clef de voûte.
Comme la plupart des palais épiscopaux élevés dans les villes romaines, celle chapelle était bâtie sur d'anciennes fortifications. Elle se composait de deux étages. L'étage inférieur, haut d'environ 5 mètres, servait à la fin du dernier siècle de magasin. Cet étage était séparé de la chapelle supérieure par un plancher en charpente formé de neuf travées et soutenu par des sommiers reposant, vers le milieu, sur des poteaux en
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bois surmontés de potences destinés à augmenter leur solidité. Le plancher était, à l'intérieur de la chapelle, recouvert d'un grand parquet d'assemblage. Cette espèce de rez-de-chaussée s'ouvrait sur une cour sombre et humide.
On accédait à la chapelle par un vestibule qui s'ouvrait sur le grand palier de l'escalier d'honneur. Ce vestibule était pratiqué dans un bâtiment long d'environ 50 pieds, lequel était situé entre la cage de l'escalier et la chapelle. Il était éclairé par quatre fenêtres qui regardaient la cathédrale. De là , on montait dans la chapelle par neuf marches en pierre.
Les murs latéraux étaient chacun percés primitivement de sept fenêtres. Le chevet offrait trois ouvertures. Du côté septentrional, quatre fenêtres avaient été bouchées par la grande construction dont nous avons parlé, trois seulement recevaientla lumière Ces fenêtres, très-élancées, étaient partagées par un meneau. Le tympan était décoré de trèfles et de qualrefeuilles. Les archivoltes, à l'intérieur et à l'extérieur, étaient entourées de nombreux tores reposant sur des colonnettes dont les chapiteaux étaient habilement fouilles. Ces chapiteaux étaient composés de deux rangs de feuillages dont la tige devenait cordiforme. La largeur de ces fenêtres était de U pieds. Nous en avons trouvé la preuve dans un ancien devis. Des vitraux de couleur décoraient les fenêtres, sur lesquelles était représentée l'effigie du donateur, ainsi que son blason. Les murs, très-épais, étaient construits en blocage avec parement de pierre de taille. Ils étaient privés de contreforts, ce qui s'explique par l'absence de voûte en pierre ; quelques contreforts réparés avec de la brique épaulaient seulement le rez-de-chaussée. Cette chapelle, primitivement couverte en tuiles, fut revêtue d'ardoises en 1(381 par Matignon 11. La charpente était formée de chevrons portant ferme. Trois entraitsavec poinçons soutenaient le so;is-faîte et des arceaux
de bardeau et couvre-joints formaient une voûte ogivale. Cette voûte était peinte en bleu et semée d'étoiles. Le sous-faîte était garni de culs-de-lampe. Le poinçon placé à la croupe de l'édifice devait être surmonté d'un épi ou d'une statue.
A l'intérieur, le mur méridional était décoré , au-dessous des fenêtres, d'arcatures de 2 pieds et demi de hauteur sur une longueur de 9 pieds.
L'ameublement primitif avait été remplacé sous le règne de Louis XIV.
u Le sanctuaire était élevé de six marches en parquet. Le «■ marche-pied de même.
« L'autel et le conire-rétable en menuiserie étaient isolés, a de la longueur d'un cul-de-lampe , pour former sacristie « derrière avec deux portes.
« Au-dessus du tabernacle est un grand tableau représen- « tant la Nativité. Aux deux côtés, sur les portes, sont deux « autres tableaux représentant deux évangélistes.
u L'autel est orné de quatre colonnes avec corniche, le « tout peint et doré (1). »
Des blasons étaient peints sur les fenêtres de cet édifice, qui a été détruit en 1835 (2).
Sur remplacement de cette chapelle on a bâti, contrairement à toutes les lois de l'hygiène, une caserne de gendarmerie, qu'il est question d'abandonner.
Su -Germain (3). — Lisieux possédait trois églises paroissiales. La principale n'existe plus : elle a été démolie en 1798 pour faire une place. Elle était située au centre de la ville, devant
(1) Manuscrit cité.
(2) Le 30 juin, le clergé de l'église cathédrale se rendait processionnellement à cette chapelle où Ton chantait la messe du jour en musique (Vies des saints Patrons du diocèse de Lisieux, p. 72).
{3) Notes de M. Charles Vasseur.
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le parvis de la cathédrale et était consacrée à saint Germain. Sa fondation devait remonter à une époque reculée ; mais , reconstruite en majeure partie au XVe. siècle , sa dédicace fut célébrée le 2 juin 1540. Les souvenirs auxquels j'ai fait appel sont trop vagues pour permettre de reconstituer son ordonnance et de décrire son ornementation. Il en résulte seulement qu'elle avait une grande richesse de décoration , des vitraux , des galeries sculptées et un portail superbe , à l'extrémité de son transept sud, sur la grande rue.
Quatre des stalles de St. -Germain sont maintenant dans l'église de St.-Mards-de-Fresne. Elles datent du règne de Louis XIV.
La clôture du chœur se composait de légères colonneltes corinthiennes, à cannelures, reliées, sans doute, par un entablement classique. Le rétable du maître-autel consistait en six colonnes corinthiennes de 10 pieds de hauteur, doublées de pilastres , qui portaient un entablement semi-circulaire avec baldaquin.
La croix du cimetière datait de l'époque gothique. On y faisait une station à la procession générale du dimanche des Rameaux.
Les fonts baptismaux en pierre, de forme octogone et d'un diamètre considérable, gisent au milieu d'une cour de la banlieue, où ils servent pour abreuver le bétail. Quatre chapiteaux sculptés, adhérents à la vasque, font reconnaître qu'elle était soutenue par quatre colonneltes, indépendamment du pied central, nécessaire pour l'écoulement de l'eau.
Quatre belles tapisseries de haute-lice , représentant la parabole de l' Enfant-Prodigue , ornaient le chœur aux fêtes solennelles.
St. -Jacques possède deux petits reliquaires en bois doré , du XVIIIe. siècle , que l'on dit provenir de St. -Germain. Ils auraient été faits en 1717 pour contenir les reliques de saint
2 2 STATISTIQUE MOMJMKM'ALli DU CALVADOS.
Victor et saint Constant, sainte Fructuose et sainte Jocoude, rapportées de Rome , dans cette année-là , par un habitant de Lisieux , nommé Trouplin.
La tour de St. -Germain, située à l'angle nord-ouest de la construction , contenait une sonnerie remarquable , dont M. le docteur Billon a retrouvé deux ou trois cloches égarées dans des clochers de campagne, et dont il a esquissé l'histoire dans ses intéressantes Notices sur l'art campanaire.
Le patronage de cette église appartenait au chanoine prébende du titre. Le clergé était nombreux.
St. -Jacques. - Plus heureuse que la précédente , l'église St. -Jacques a échappé à la démolition ; elle a même conservé une partie de son ancienne splendeur. D'abord simple chapelle, agrandie en 1132, elle fut reconstruite de fond en comble à la fin du XVe. siècle. La première pierre en fut posée, en 1496, par le curé et les trésoriers en charge; cinq ans suffirent pour son achèvement, car tous les vitraux du chœur sont datés de 1501. Cependant elle ne fut dédiée solennellement que le 1er. juin 1540. Elle eut pour architecte Guillemot de Samaison , bourgeois de Lisieux. Bien qu'il n'ait jamais pris d'autre qualification que celle de maître maçon, c'était néanmoins un homme de talent: St.-Jacques et les autres monuments qu'il a élevés à Lisieux sont là pour l'attester.
Il ne faut point chercher dans cette église la profusion , souvent fatigante , de sculptures qui envahit, à l'extérieur comme à l'intérieur , la plupart des monuments de la dernière époque ogivale : des pinacles collés sur les faces triangulaires des contreforts, des clochetons carrés dont la pyramide est garnie de feuilles frisées, voilà le luxe d'ornementation qui se voit à l'extérieur. Les portes latérales n'ont que des moulures. Le portail principal est trop mutilé pour qu'on
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puisse soupçonner son ordonnance. Les amorces qui subsistent encore semblent indiquer qu'il y avait des statues dans les ébrasures , et une série de statuettes dans les archivoltes. La tour est restée inachevée. Il a été question dernièrement de lui donner un couronnement. M. Bouet avait fait un joli projet, que n'aurait pas désavoué Guillemot de Sa maison ; jusqu'à présent M. le Curé n'a pas jugé à propos d'y donner suite.
Le plan de St. -Jacques est simple et les proportions harmonieuses. C'est un parallélogramme, divisé en trois nefs accompagnées de chapelles. Un chevet à pans coupés, à deux étages de fenêtres, termine le chœur. Les bas-côtés sont fermés, au uiveau du sanctuaire , par un mur droit. Toutes les fenêtres sont flamboyantes , à nombreux meneaux. Des ares-boutants soutiennent la poussée des grandes voûtes et servent en même temps d'ornement à l'extérieur. Une galerie de pierre à compartiments flamboyants évidés à jour règne entre les contreforts, au-dessus des bas-côtés et au chevet du chœur. Des gargouilles sculptées déversent l'eau des chenaux loin du pied de l'édifice.
A l'intérieur, les piliers des arcades de communication sont cylindriques, avec bases octogones. Les ogives sont garnies de moulures en pénétration. Sous le clérestory existe une série d'arcalures trilobées, encadrées dans des moulures prismatiques qui forment le triforium. Une galerie règne au chevet; une balustrade flamboyante en pierre sert d'appui.
Les claveaux extérieurs des fenêtres du clérestory servent de formeret à la voûte : de sorte qu'il n'y a aucun plein dans les parties supérieures, si ce n'est les piles des arcs-doubleaux. Cette disposition donne une grande légèreté à l'ensemble. Les clefs de voûte sont, la plupart, chargées de blasons des notables bourgeois de Lisieux qui avaient contribue par leurs largesses a la construction de l'édifice. M. Ka\-
moud Bordeaux en a signalé un dans ses Etudes héraldiques sur les monuments de Caen; nous le reproduisons ici.
Cette église, aussi bien que la cathédrale , mériterait une monographie. Dans le cadre restreint qu'impose le plan de cet ouvrage , il est impossible d'entrer dans les détails.
St. -Jacques a conservé de précieux restes de son riche mobilier. Presque toutes ses fenêtres sont encore garnies de fragments de verrières dont beaucoup pourraient être complétées à coup sûr. Deux sont encore entières : celle de la chapelle de la Charité, au bas du collatéral méridional, et celle de la première fenêtre de la nef au nord. Cette dernière est une des pages les plus splendides qu'aient composé les artistes de la Renaissance : elle représente une scène de l'Apocalypse, la grande prostituée de Babylone. Elle aurait besoin d'être consolidée , et il est surprenant que M. Jardin , curé actuel , qui a déjà fait tant de travaux utiles dans son église , n'y ait pas songé. L'autre a été remise en plomb avec beaucoup de soin il y a peu de temps. Elle représente un miracle de saint Jacques d'après la Légende dorée. Les six fenêtres du chevet sont garnies de verrières modernes exécutées par MM. Marette et Duhamel , d'Évreux, à l'exception du Crucifiement, qui est en grande partie ancien.
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Les stalles pourraient faire l'objet d'un travail spécial ; elles sont au nombre de soixante-dix. Les stalles basses viennent de l'abbaye du Val-Richer ; elles sont d'une trèsbonne exécution et datent du règne de Louis XIV. Les stalles hautes, au nombre de quarante, remontent à la Renaissance, et leurs miséricordes sont sculptées suivant le goût de l'époque avec l'imagination la plus capricieuse.
De beaux lambris, des règnes de François Ier. ou de Henri II, les garnissent à l'extérieur.
On a trouvé sous le badigeon, à divers endroits, des peintures qui font supposer qu'une décoration polychrome avait été donnée à toute l'église. Le Bulletin monumental en a parlé en 1853. Cependant il est bon de répéter ici deux inscriptions obituaires qui ont été trouvées à peu près complètes :
CY • DLL AT • SONT . INHUMES . ET . GISENT • LES • CORPS • DE • VEN1''. PERSONNE . Me. GU1LLE • TIREL • EN . SON . VIUANT