‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 4)Chapitre 37 sur 203 · REQUIESCIT IN PACE · texte numérisé non relu

REQUIESCIT IN PACE

Derrière e maître-autel étaient placées, dans de riches châsses gothiques , les reliques de la cathédrale qui furent profanées , en 1562 , par les Calvinistes.

Le 5 juillet 1731, JMgr. Henri-Ignace de Brancas fit placer ces reliques dans deux nouvelles châsses, de chaque côté du

CANTON DE LlSti-LX , 2e. SECTION. 2*29

grand et magnifique autel élevé aux frais de son prédécesseur, Léonor II de Matignon. Ces reliquaires , exposés à la vénération des fidèles, étaient portés par deux anges (1).

La chaire en bois de chêne sculpté, qu'on voyait encore il y a quelques années dans la nef, a également disparu.

Cette chaire avait une certaine valeur artistique et offrait un véritable intérêt historique. La tribune, qui seule avait été conservée, avait plus d'une fois retenti des accents mâles et de la parole éloquente de plusieurs évêques et d'un grand nombre de prédicateurs distingués. Le souvenir de Bossuet, le plus grand orateur chrétien des temps modernes, qui s'attache à celte chaire , aurait dû la sauver de la destruction.

Trois parties tout-à-fait distinctes composaient la tribune que nous allons décrire en quelques mots: 1°. un soubassement, orné de moulures ; 42°. un étage intermédiaire à clairevoie, garni de balustres d'une forme curieuse, dont les angles étaient décorés d'anges caryatides enveloppés de draperies , d'une exécution remarquable; 3°. la tribune.

Les panneaux qui composaient les quatre faces de la tribune étaient ornés d'encadrements à angles rent: nts, garnis de jolies moulures tarabiscotées. Aux extrémitéb t. • chaque panneau, dont la surface unie était probablement des,; née à recevoir des peintures en camaïeu, se détachait une colonne corinthienne de fantaisie, dont le tiers inférieur était couvert de feuilles de vigne. Il eût été facile de compléter celte belle chaire et de l'orner d'une manière convenable. La chaire de Prêtreville, près de Lisieux, et celle de Préaux, près d'Orbec, datent de la même époque. La première a conservé son couronnement.

De tout ce riche mobilier il ne reste plus aujourd'hui que

(*) Manuscrit

TM) STATISTIQUE MOMMILMAU: DU CALVADOS.

les stalles du chœur, qui datent des premières années du XIVe. siècle.

Ces stalles, les plus curieuses et les plus riches que nous ait léguées cette période de l'architecture gothique, étaient au nombre de soixante-douze ( trente-six de chaque côté), et disposées sur deux rangs. Elles ont été dessinées par MM. Darcel et Sauvageot.

Les personnages qui décorent les poupées sont placés, deux par deux, sous des arcatures géminées, trilobées, dont le tympan est décoré d'un quatre-feuilles. Parmi ces personnages , dont les figures sont affreusement mutilées, on distingue plusieurs apôtres ( saint Pierre , saint Paul , saint André); deux diacres (saint Etienne et saint Laurent), revêtus de leur dalmatique à larges manches ; un évêque bénissant (probablement saint Ursin) ; deux anges terrassant un dragon, image de la lutte du bien contre le mal ( l'archange saint Michel et l'ange Gabriel (1) ) ; une femme voilée, tenant un livre à fermoir ; enfin , deux personnages tenant à leur main une escarcelle et paraissant faire l'aumône à un mendiant dont la jambe en écharpe est soutenue par une béquille. Les draperies qui les enveloppent sont admirablement traitées et d'une grande finesse d'exécution. Les angles supérieurs de chaque poupée sont décorés de têtes de lion, d'aigle, etc., artistement sculptées.

Une seule de ces poupées a conservé son couronnement primitif, formé de larges volutes garnies de feuilles de vigne parfaitement découpées. Le couronnement des autres stalles a été refait au XVIe. siècle. Les feuilles de vigne qui décorent

(1) On lit, dans la Charité de Tlnberville, que l'archange saint Michel vint au secours de l'ange sainl Gabriel qui avait reçu la mission de combattre le démon, lequel s'opposait au retour des Israélites à Jérusalem.

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les volutes et l'intervalle qui les sépare sont d'une exécution plus molle et moins soignée.

La plupart des miséricordes sont décorées de têtes d'animaux.

Les accoudoirs des parcloses sont formés de crossettes et garnis de colonnettes à pans coupés, qui supportent les museaux (sellarum brachia ). Les moulures, formées de tores garnis d'un listel, caractérisent la transition du XIIIe. siècle au XIVe. Ces stalles , d'une haute valeur archéologique , mériteraient une description complète.

Façade occidentale. — La façade principale, précédée d'un large perron, s'élève à l'angle nord-ouest d'une vaste place entourée d'arbres.

Cette façade , d'un style sévère qui n'exclut pas une certaine élégance et une certaine richesse dans les détails, date, dans son ensemble, du XIIIe. siècle. Elle est en grande partie l'œuvre de Jourdain du Hommet, évêque de Lisieux, auquel on doit, ainsi que nous venons de le voir, la construction des deux dernières travées du chœur et celle de l'abside. Une partie des ravalements de cette façade a été faite sous les successeurs de cet évêque.

Quatre contreforts , terminés par un fronton ©rué d'une rosace et décorés dans leur partie inférieure de trois arcalures ogivales , formant niches , placées , l'une sur la face principale , les deux autres en retour d equerre , dessinent les grandes divisions du portail. Ces niches sont couronnées de dais qui probablement abritaient les statues des douze apôtres.

Trois portes correspondant, celle du milieu à la nef principale, les deux autres aux bas-côtés, s'ouvrent dans la partie inférieure de la façade , laquelle est surmontée de deux tours d'inégale hauteur.

Le porlail proprement dit, complètement défiguré, datait, comme la nef, du XIIe. siècle (deuxième moitié). L'ancienne porte, dont il ne reste plus que de faibles vestiges , était à claire-voie , comme les portes latérales auxquelles elle a dû servir de modèie. Il n'y a jamais eu de statues dans les ébrasures du grand portail, ainsi que l'atteste un ancien devis des travaux, portant la date du 26 février 178^ : « Nous « avons remarqué qu'il manque au grand portail huit co- « lonnes de pierre avec leurs bases, dont quatre de 7 pouces & de diamètre sur 8 pieds de haut , non compris les cha- « piteaux. Les qualre autres de lx pouces de diamètre. » La porte était partagée en deux baies par un trumeau symbolique contre lequel était appuyée une statue , de grandeur naturelle , représentant le Sauveur du monde. Les voussures étaient garnies de feuillages, empruntés probablement à la flore locale. Un bas-relief décorait le tympan, qui était trilobé et placé plus bas que le tympan actuel.

La base des colonnes et le piédestal ont seuls été conservés et peuvent donner une idée de la riche décoration de celte partie de la façade, qui constituait le portail proprement dit. La base est composée de deux tores séparés par une scotie. Une agrafe , appliquée sur le tore inférieur qui est aplati, rattache cette base au piédestal.

Les piédestaux des colonnes, formant ressaut, sont décorés, sur la face principale et sur le côté qui est libre, d'une arcature trilobée. L'ornement placé sous cette arcature , composé de trois feuilles dont les extrémités sont recourbées en volutes, affecte la forme de la fleur de lis. La partie inférieure du piédestal, faisant saillie , est ornée de cannelures. De gracieux rinceaux ou enroulements formés de feuilles de vigne et de raisins, offrant une grande ressemblance avec ceux qui recouvrent le tailloir des colonnes du porche intérieur, décorent la partie supérieure du piédestal. Nous ferons re-

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marquer que l'ornementation de cette porte présente une grande analogie avec celle du portail occidental de la cathédrale de Sens.

On aperçoit distinctement , dans les ébrasures de la porte, les soudures qui rattachent l'ancien portail du XIIe. siècle à la façade actuelle que nous allons décrire.

L'étage supérieur , d'une grande richesse d'ornementation , est percé d'une grande fenêtre ogivale dont les archivoltes , au nombre de trois , reposent de chaque côté sur de légères colonneltes. L'intervalle qui sépare ces colonnettes est orné de feuilles de vigne. La voussure du milieu est sculptée à jour. Une série de quatre- feuilles , gravés en creux , entoure l'extrados de cette fenêtre. Deux meneaux , qui se bifurquent dans la partie supérieure, la partagent en trois baies d'une forme peu gracieuse. Ces meneaux , entièrement sculptés à jour , sont décorés de larges feuilles , artistement découpées, qui ressemblent aux feuilles de berce. Des rosaces, sculptées en creux dans les tympans, complètent l'ornementation de celte riche fenêtre qui a été complètement restaurée il y a quelques années.

La galerie (Gloria, laus) (1) placée à la base du gable ou fronton contraste par sa simplicité avec la fenêtre précédente. Lne série d'arcatures ogivales, dont les archivoltes reposent sur des colonneltes , décore le fond de cette galerie qui relie les deux tours. La balustrade à jour qui protège celte galerie est formée d'arcatures trilobées.

Deux gargouilles, représentant des animaux chimériques, placées vers les extrémités, semblent se détacher de cette galerie et déverser l'eau sur le parvis. Sous le ventre de ces animaux , on aperçoit deux têtes humaines qui produisent un effet bizarre.

(1) La cérémonie du Gloria, laus a été rétablie dans noire cathédrale en 1856.

T6k STATISTIQUE MOlNUMUXTALE DU CALVADOS.

Un ange dans le style du portail, jouant de l'oliphant et annonçant le Jugement dernier , forme l'amortissement du fronton.

Toute cette partie de la façade a été restaurée et presque entièrement refaite à neuf. Elle offre , par conséquent , à l'exception des piédestaux des colonnes du portail , un médiocre intérêt.

La porte méridionale , d'une architecture élégante , a été dessinée par M. Bouet et publiée.

Cette porte, également à claire-voie, est entourée de trois archivoltes qui s'appuient , de chaque côté , sur des colonnettes sveltes et élancées , détachées du mur. La voussure du milieu , parfaitement évidée , offre deux rangs de larges feuilles opposées dont les extrémités, légèrement recourbées en volutes, viennent se joindre. Le cordon qui entoure l'extrados et retombe sur le pied-droit du mur , offre une série de quatre-feuilles gravés en creux.

Trois colonnettes, placées en retraite contre le mur, alternent avec les colonnes. Les archivoltes , formées d'un gros tore et d'un tore plus petit , séparés par une gorge profonde, s'entrecroisent en dessinant des ogives et retombent sur des chapiteaux garnis de crosseltes végétales. La partie du mur comprise enlre ces arcatures et les chapiteaux qui terminent les colonnes principales est semée de nombreux quatre-feuilles. Celte espèce de tapisserie, d'un effet agréable à l'œil, se continue au-dessus de la baie qui donne accès sous le porche intérieur, placé en avant du collatéral.

Un bas-relief, dont il ne reste plus qu'un faible vestige , décorait le tympan , qui est trilobé.

Deux grandes rosaces , accompagnées de rosaces plus petites , de quatre-feuilles et de trèfles , garnissent la partie supérieure du mur formant le couronnement de cette porte ,

CAiMON DR LISIEUX . 2*. SFCTION. 235

l'un des plus gracieux spécimens de l'architecture du XIIIe. siècle (1).

La porte septentrionale , qui présente le même système de décoration , a été restaurée ou plutôt reconstruite il y a quelques aimées. L'ornementation de cette porte , qui est amsi à claire-voie, diffère peu de la précédente. La large voussure qui occupe la partie centrale de l'ogive est sculptée à jour et dicorée de feuilles de vigne et de grappes de raisin. Les arcatures qui tapissent le mur , plus élancées que les précédentes, s'appuient sur des colonnettes , dont les chapiteaux sont ornés de crossettes végétales et de feuillages.

Les bases des colonnes principales, détachées du mur, sont ornées de larges feuilles aplaties et disposées en diagonale, de manière à ménager des espaces triangulaires, concaves , pour l'écoulement des eaux. Cette disposition ingénieuse se remarque aussi au portail de l'ancienne abbaye d'Ardennes, près Caen.

Le rez-de-chaussée des deux tours , formant porche à l'intérieur , en avant des collatéraux , présentait une jolie voûte d'arête dont les arceaux, presque entièrement détruits, sont formés de tores , garnis d'un listel , lesquels retombent sur des faisceaux de colonnelles extrêmement légères, placés dans les angles. Les chapiteaux garnis de feuillages qui terminent ces colonneltes ont leur abaque circulaire. Les deux colonnes placées dans un d'-s angles, à gauche de l'arcade qui précède le collatéral sud , sont plus anciennes et datent du même temps que la nef. Ces colonnes , dont les chapiteaux sont ornés de feuilles galbées , servent d'appui à deux colonnettes a chapiteaux feuillages qui reçoivent la

(1) Une galerie voûtée en arêle, pratiquée dans le mur méridional de la tour, donnait accès aux ofliciers subalternes que leur service matinal appelait à la cathédrale. La porte extérieure de cette galerie présente une certaine élégance.

retombée de la voûte et datent , comme celle-ci , du XIIIe. siècle.

Les deux arcades, très-élancées , qui communiquent avec les bas-côtés de la nef datent du XIII". siècle. Les piedsdroits sur lesquels elles s'appuient sont décorés, dans la partie supérieure, de feuillages délicatement fouillés.

L'étage intermédiaire de chaque tour offre , sur toutes ses faces , de longues arcatures ogivales géminées , dont les archivoltes, formées d'un simple tore, portent sur de minces colonnettes. Une rosace sculptée en relief décore le tympan.

Le clocher septentrional, dont la base carrée forme un plan incliné couvert d'imbrications, offre sur chaque face deux fenêtres ogivales géminées, très-élancées, dont les archivoltes reposent sur des colonnettes. Chacune de ces fenêtres est divisée en deux longues baies par un meneau.

Un toit en charpente à quatre pans, couvert en tuiles, surmonte le clocher qui probablement était destiné à recevoir une pyramide en pierre.

Le clocher du midi, composé de trois étages, a été élevé vers la fin du XVIe. siècle , ainsi que l'atteste la date gravée sur la face principale de la tour. Ce clocher, qui porte tous les caractères du style de la Renaissance à son déclin, présente de loin une masse sévère et imposante, qui rappelle l'ampleur des tours romanes. Il est percé à chaque étage de deux fenêtres à plein-cintre , géminées , d'une exécution grossière , dont l'archivolte unique repose , de chaque côté, sur une colonnette. Ces fenêtres sont subdivisées en deux baies ogivales , formées par l'intersection des cercles. Des arcatures aveugles , mal dessinées décorent les angles de chaque mur.

Une galerie, à laquelle on a donné le nom d'Armoiries, est placée à la base de la pyramide. Cette galerie est protégée par une balustrade crénelée, en pierre, en partie pleine

CANTON DE LISIEUX , 2e. SECTION. 237

et en partie à jour , à laquelle on suspendait, dans les fêtes civiles et religieuses, des drapeaux et des oriflammes couverts d'écussons.

La flèche en pierre, de forme octogone, qui couronne le clocher date seulement du XVIIe. siècle. Chacune des quatre faces, qui correspondent aux angles de la tour, est garnie d'un clocheton d'une forme peu gracieuse et d'un style un peu lourd. Les pans de la pyramide, couverts d'imbrications, sont séparés par des arêtes garnies de crochets.

Ce clocher renfermait, avant la Révolution, une belle sonnerie composée de huit cloches. La plus grosse de ces cloches, qui avait échappé à la tourmente révolutionnaire, fut refondue en 1818, aux frais de la Fabrique et fit partie d'une nouvelle combinaison campanaire. Cette ancienne cloche, qui portait les deux dates de 1205 et 1690, offrait l'inscription suivante , en caractères gothiques , relevée avec soin par M. d'Ingremont , ancien secrétaire de la Mairie , qui a fait de nombreuses et utiles recherches sur l'histoire locale, consignées en grande partie dans des notices pleines d'intérêt pour notre ville :

-j- 3tnno • Xîm • mn,° • bucftM0 • quitu • (&v\bo • (&marbù\\ • bat .

cuîus • ôonus • ara ■ vtbvmbat .

etus • sytrnmeit •

puce • qutescat .

3tmm.

Jtucta • tut • bt • bonis • ytc • recor&acars • <0>u'tllt • Irx .

quonî» • çsults • bigmssum • anno • Bnt • mo° • quûï>rtngrnmo •

nonagfsimo • ttit10 • junti.

Deux bourdons, qui s'harmonisaient avec les huit cloches, étaient placés dans la tour septentrionale.

M. Billon, dans une savante notice sur les cloches et sur

238 STATISTIQUE MOMJMENTALb M CALVADOS.

l'épigraphie campanaire insérée dans le Bulletin monumental, donne quelques détails intéressants sur celte importante sonnerie qui faisait l'admiration de tous les connaisseurs.

La sonnerie actuelle, composée de cinq cloches formant une quinte puissante et harmonieuse, a été fondue au Mans dans les ateliers de M. Ernest Bollée.

Nous terminerons celte notice par rémunération des objets les plus précieux qui composaient le trésor de la cathédrale.

Nous signalerons : 1° la vaste châsse en argent massif qui contenait les reliques de saint Ursin , de saint Bertivin, de saint Cande et de saint Patrice. « C'est , » dit Guillaume d'Estouteville, évêque de Lisieux, qui en a fait la description (14 avril 1399) , « une châsse d'environ six pieds de long, a de deux pieds de large et de deux pieds de haut, sans y « comprendre la couverture en forme de toit, qui est aussi « à peu près de deux pieds; elle est couverte d'argent de « tous cotez, dorée sur la couverture ei enrichie d'ailleurs « de pierres précieuses et de différentes figures ou images, « sçavoir est à un bout du côté droit, de l'image de N. S. , « représenté assis donnant d'une main la bénédiction et tenant <( un livre de la main gauche; à l'autre bout, de l'image de o notre B. Patron S. Pierre, aussi représenté assis et tenant a des clefs et un livre; au milieu du côté de l'autel, de l'image « de la S. Vierge portant son Fils sur son sein , et au milieu « de l'autre côté, de l'image de notre Pasteur S. TJrsin en a habits pontifaux. etc. (1). »

2°. Un riche dais, donné par Mgr. de Cheylus, évêque de Baveux , ancien haut-doyen de la cathédrale de Lisieux , nommé vicaire-général du diocèse après la mort de Mgr. Ignace de Brancas (1760). Ce dais avait coulé 20,000 livres.

3°. Un magnifique ornement en or, brodé en bosse sur

(I Vies des saints Patrons du diocèse de. Lisieux.

EàtfrôN Dii [ÎSIHïX, 2e. SECTIOÏS. 239

fond de velours rouge, donné par les Matignon et appelé le Gros-Matignon à cause de sa richesse et de son poids, qui était énorme.

Parmi les objets précieux qui composaient le trésor de la cathédrale , pillé par les huguenots en 1 562 , nous signalerons :

1°. Une statue de la Sainte- Vierge en argent doré ;

2°. Un tabernacle ou custode , également en argent doré et en forme de pyramide, qui surmontait le maître- autel et où l'on exposait la sainte Hostie ;

3°. Deux croix en argent doré, dont l'une, fort pesante , était enrichie de pierres précieuses ;

4°. La mitre « du chef du grand sainct Ursin, d'argent « doré , fort enrichye de rubis , diamans , et aultres pierres « précieuses, estimé à 200 écus » ;

5°. Un grand calice en argent doré ;

6°. Une crosse <■ de grande estoffe , d'argent doré , en- « richye de pierres précieuses , estimée à 1,500 livres , non « compris la mître de drap d'or, enrichye de rubis, diamans, « perles et aultres pierres de bonne valeur servant à l'évesque « lorsqu'il disait la grand'messe ' ;

7°. Deux livres contenant « les épistres et évangiles , « reliez d'ais , couverts de lames d'argent doré , enrichys de « pierres, appelez Majestez (1). »

Palais épiscopal. — L'ancien palais épiscopal , aujourd'hui affecté à divers services, s'élève au nord -ouest de la cathédrale. Il occupe remplacement de l'ancien château féodal des évêques de Lisieux dont il ne reste plus que de faibles vestiges.

(1) Extrait du Procez verbal des vols et pilleries commis dans l'esglise cathédrale Sainct Pierre de Lisieux par les huguenots en

Le palais épiscopal a partagé les mêmes vicissitudes que la cathédrale.

Jean I", qui occupa le siège épiscopal de Lisieux entre les années 1107 et 1141, est le premier de nos évêques qui, d'après le Gallia chrisliana, agrandit et embellit l'antique demeure habitée par ses prédécesseurs (1).

En 1136, notre ville fut entièrement détruite par un incendie. Les principaux édifices, construits avec plus de soin et avec des matériaux plus solides que les maisons occupées par les bourgeois, ne purent résister à la violence de l'élément destructeur. La cathédrale et le palais épiscopal devinrent la proie des flammes.

L'évêque Arnoult, qui succéda à Jean Hardouin en 1141, s'occupa avec un zèle digne des plus grands éloges à relever de ses ruines la cathédrale et le palais épiscopal, ainsi que l'atteste une lettre qu'il écrivit en 1143 au pape Célestin II pour le complimenter sur son élection. Dans celte lettre, il exprime au prélat le vif regret qu'il éprouve de ne pouvoir se rendre en personne à Rome, parce qu'il cherchait à s'affermir dans les bonnes grâces du nouveau prince (Henri II, roi d'Angleterre), et qu'il était très-occupé à rétablir les ruines de son église et de sa maison (2).

Le palais que fît élever Arnoult était d'une grande magnificence, ainsi qu'on peut le voir par les lignes suivantes, extraites de l'ouvrage d'un auteur contemporain, Robert de Thorigny, abbé du Mont-St-Michel : « Arnulphus, lexoviensis

(1) Hic (ut habenl Chronica Normanniae, p. 979) multum episcopalem sedem aediticiis et ornameutis accrevit.

(2) Quod in asserendà sibi recenti novi principis gratia, resarciendis

ecclesiae et domus sua? ruinis occupatus perse non poluit, perepis-

tolam Celestinura II post Innocentera electum summum Pontificera convenit. ( Gallia christiana, t. XI, p. 775.)

CANTON DE LISIEUX , 2e SECTION. 2M

episcopus, cum per annos eamdem ecclesiam rexisset, in aedificando ecclesiam et pulcherrimas domos laborasset, renuntiavil episcopatui » (1).

En 1226, sous l'épiscopat de Guillaume du Pont-de-l' Arche, un incendie considérable faillit réduire en cendres la cathédrale. Le palais épiscopal fut heureusement épargné.

Dans les siècles suivants, le palais de nos évêques subit quelques modifications. De nouvelles constructions vinrent se joindre aux bâtiments primitifs.

Au XIVe siècle, le palais épiscopal formait une vaste enceinte. « Ses murs épais, ses tours garnies de mâchicoulis, « ses fossés profonds donnaient à cette demeure l'aspect d'un « château féodal. » Les habitants de Lisieux étant restés redevables d'une certaine somme pour la rançon du roi Jean, fait prisonnier par les Anglais après la bu taille de Poitiers (18 septembre 1356), le Dauphin, qui devint roi sous le nom de Charles V, leur fit une remise annuelle de deux deniers sur douze. Cette remise avait pour but, dit iVl. Guilmeth, d'aider l'évêque et les habitants de Lisieux à réparer les fortifications du château féodal et d'accélérer la construction des murailles (2).

Enfin , au XVIIe siècle , le vieux palais construit par Arnoult fut démoli. Sur son emplacement s'éleva un nouveau palais, dont la façade principale, construite en brique et pierre, dans le style Louis XIII , fait l'ornement de la plus belle de nos places publiques.

En 1680, Mgr Léonor de Matignon fit « démolir le vieil a bâtiment qui prenait directement au bout du grand qui « fait face sur la cour du palais et allait rendre sur la muraille. « Il ne consistait qu'en écuries, bûchers et greniers à foin,

(d) G'allia christiana, t. XI, p. 778. /2) Histoire de Lisieux, p. 131 , en note.

« et c'esl en ce lieu que mon dit soigneur a fait faire le beau « bâtiment que l'on voit à présent, et qui fait face sur la « prairie ; le côté devers la chapelle était bâti à l'antique , a mais il l'a fait mettre à la mode comme on le voit aujour- « d'hui » (1).

Le bâtiment qui s'élevait sur la terrasse et faisait face au jardin a été démoli au commencement de ce siècle, vers 1808. L'autre partie, qui subsiste encore, a èiè mise à la mode, ainsi que nous l'apprend le manuscrit ci-dessus, La façade actuelle semble, en effet, greffée sur l'ancien édifice construit par Arnoult. Le mur oriental qui fait face à la cour, sur l'un des côtés de laquelle s'élevait l'antique chapelle St-Paul, démolie en 1835, offre les vestiges de deux fenêtres ogivales dont la forme accuse la fin du XIIe siècle.

En 1681, Mgr l'évêque de Lisieux « a fait acquest de tous « les jardins appartenant à divers particuliers et à M. le « doyen, pour augmenter le jardin de son palais » (2).

Ce fut à cette époque que fut détruit le rempart, qui arrêtait les rayons du soleil et empêchait l'air de pénétrer dans les cours du vieux palais, qui était très-sombre. Le rempart fut transformé en une magnifique terrasse destinée à relier les nouvelles constructions avec les jardins dont le dessin fut, dit-on, confié au célèbre Le Nôtre.

A Lisieux, comme dans les plus anciennes villes de France, le palais épiscopal était assis sur des ruines gallo romaines et placé près des fortifications, auxquelles il empruntait sa principale force. Vers la fin du VIe siècle , les évêques étaient « les chefs naturels des villes qu'ils administraient ; ils repré- « sentaient le peuple auprès des barbares; ils étaient ses « magistrats au dedans, ses protecteurs au dehors» (3).

(1) Manuscrit déjà cité.

(2) Même manuscrit.

'v3) Guizot. Histoire de la civilisation en France, VIII* leçon.

CANTON DE LISIEUX , 2e SECTION. 2^3

Nous avons vu que les évêques de Lisieux portaient le titre de comtes , et que ce titre remontait à une époque trèsancienne.

Le long bâtiment qui encadre au couchant la cour principale du palais a été élevé seulement dans la première moitié du XVIIIe siècle, sous le règne de Louis XV. Nous lisons, dans un mémoire imprimé en 1763, que les écuries de l'évêché furent incendiées par le feu du ciel le 1k août 1723 et reconstruites en 1726.

Description du palaù. — Les divers bâtiments que nous allons décrire occupent les trois côtés d'une vaste cour carrée, aujourd'hui divisée en deux parties à peu près égales par un mur en brique qui ne permet pas d'en saisir toute l'étendue.

L'édifice le plus ancien, bâti, comme nous l'avons dit, sous le règne de Louis XIII, par les soins de Philippe Cospéan, ou Cospeau, évoque de Lisieux (1), offre tous les caractères archilectoniques des constructions civiles élevées dans la première moitié du XVIIe siècle. Il est construit en briques et pierres formant bossages et couronné de belles lucarnes en pierre, les unes véritables, les autres simulées, terminées alternativement par un fronton circulaire et triangulaire se détachant sur le toit.

La façade principale, d'une architecture élégante et sévère, mesure 120 pieds de longueur; sa largeur est de 21 pieds 9 pouces. La hauteur, jusqu'à la corniche, est de 29 pieds. Elle estdhisée en deux parties égales et symétriques par un pavillon élégant, percé au rez-de-chaussée d'une porte à deux vantaux

(1) Une notice biographique sur cet évoque, qui est né à Mons (Belgique), a été publiée, il ) a quelques années, duns V Iconographie montohe. Elle est accompagnée d'un portrait aullienlique de l'illustre prélat .

2kk STATISTIQUE MONUMENTALE DU CALVADOS,

qui donne accès dans la cour principale du palais. Cette porte, qui mesure 7 pieds et demi de haut sur 5 pieds de large, a conservé sa décoration primitive: « les vantaux sont composés « de deux panneaux d'assemblage avec bossage en croix par « derrière et guichet ouvrant dans un des vantaux. » Le tympan à jour est garni de barreaux de bois faits au tour, d'une forme curieuse. Deux pilastres doriques accompagnent celte porte. L'étage supérieur, décoré de deux pilastres d'ordre ionique, offre une haute fenêtre à arc surbaissé, accompagnée de deux niches cintrées que surmonte un vase à fleurs autour duquel s'enroule une draperie. Une grande lucarne cintrée, en pierre, coupe la frise, décorée de gracieux rinceaux, et fait saillie sur le toit qui est très-incliné.

Le bâtiment dont nous faisons la description présente, de chaque côté du pavillon, un rez-de-chaussée très-élevé qui était éclairé à gauche seulement, dans la partie supérieure, par des fenêtres carrées laissant pénétrer le jour dans une galerie qui occupait primitivement toute la largeur de l'édifice et servait de promenoir à l'évêque. Les fenêtres que l'on voit du côté du parvis sont simulées.

L'étage supérieur était éclairé par douze fenêtres, y compris celle du pavillon central. Ces fenêtres, dont les vantaux en bois étaient cruciformes, sont plus hautes que larges et d'une forme gracieuse.

La corniche, supportée par de belles consoles , est interrompue, ainsi que nous l'avons dit, par des lucarnes en pierre. Un comble en charpente à double égout, dont le faîte était garni de plomb, couronne l'édifice.

La façade opposée, d'un aspect plus sévère, se développe sur la cour principale du palais.

De chaque côté de la porte règne une galerie qui occupait dans l'origine, ainsi que nous l'avons dit, toute la largeur du bâtiment. Cette galerie est décorée d'arcades cintrées, d'ordre

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toscan, reposant sur des piliers de forme circulaire, ornés de pilastres garnis de bossages.

La galerie placée à droite de la porte d'entrée était surmontée d'une grande pièce qui contenait la bibliothèque de l'évêque. Celte bibliothèque formait une longue galerie, éclairée par treize fenêtres ou croisées « ouvrantes à deux vantaux avec imposte vitré », six du côté de la place et sept sur la cour d'honneur. Des armoires grillées, contenant les livres, étaient appliquées contre les trumeaux. Le plancher supérieur était apparent ; il était soutenu par neuf poutres saillantes, ou sommiers, et garni de nombreuses poutrelles ou solives. Le plancher inférieur était recouvert de petits carreaux ou pavés en terre cuite émaillée.

Le long bâtiment (aujourd'hui à usage de prison) qui s'élève à l'ouest, en retour d'équerre, se termine à Tune de ses extrémités, du côté de la place, par un pavillon en pierre, couronné d'un fronton, lequel est bâti sur l'emplacement d'un pavillon plus ancien qui complétait de ce côté la façade que nous venons de décrire. Au-dessous du cadran solaire appliqué contre le mur on lit l'inscription suivante :

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