FONTAINES
La ville de Lisieux possède de nombreuses fonlaines ; une seule a un aspect monumental, celle de la rue du Bouteiller. Sa construction ne remonte qu'à 178-'i ; mais, comme elle a une valeur historique, il est bon d'en dire quelques mots.
Mgr Ferron de La Ferronnays , dernier évoque de Lisieux, venait d'être nommé à ce siège épiscopal. La renommée de
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ses vertus avait précédé son arrivée, et les habitants de son nouveau diocèse voulurent lui préparer une réception brillante. Une somme importante fut votée par la municipalité. Mais sa bonté lui fit dédaigner des honneurs qui se seraient évaporés en fumée et en artifices, et il demanda que la somme destinée aux fêtes fût plutôt employée à quelque travail d'utilité publique. On éleva la fontaine dont nous parlons ; on y grava ses armoiries et diverses inscriptions. Une seule subsiste encore : la Révolution a arraché les autres. Elle mentionne les noms des magistrats en charge lors de sa construction.
Celte fontaine a été menacée de destruction, il y a quelques années, pour faciliter un alignement des bâtiments de la Providence. Ce malheur a été conjuré pour le moment
FAUBOURG Sl-DÉSIR.
Le faubourg St-Désir , dont il nous reste à parler , est situé à l'ouest de la ville et en est séparé par la Touque. Il tire son origine et son importance de l'abbaye des Bénédictines qui y fut fondée en 1050. Cette fondation est due à Guillaume d'Eu et à Lesceline, sa femme. Ils avaient d'abord fait cet établissement dans leur domaine de St-Pierre-sur-Dives; mais , à la prière de leur fils , Hugues d'Eu , évèque de Lisieux, ils le transférèrent où nous le voyons encore aujourd'hui.
Guillaume était de la famille des ducs de Normandie: il obtint facilement du Conquérant une charte de confirmation, conservée encore précieusement, dit-on, par les Religieuses. De nombreuses possessions leur furent assurées et par leurs illustres patrons, et par beaucoup de seigneurs que leur piété ou leur métier de courtisans portèrent a imiter leurs maîtres La pieuse solitude se trouva bientôt peuplée par les filles des plus nobles familles normandes.
II ne reste rien des édifices primitifs; les plus anciens des bâtiments claustraux remontent seulement au XVIe siècle ou à la fin du XVe. Ils sont construits en bois. Les lieux réguliers et le cloître furent rebâtis par Mme Charlotte de Matignon, vingt-neuvième abbesse, qui fit aussi démolir la vieille église romane pour faire une chapelle d'un goût plus moderne. Ces constructions ne se distinguent par aucun caractère architeelonique , bien qu'elles appartiennent au règne de Louis XIV. Il faut excepter toutefois le logis abbatial , charmant pavillon d'un plan fort original, dont un dessin peut seul bien faire comprendre la disposition et l'effet
Le parloir de l'abbesse, placé dans une partie du rez-dechaussée , était orné , au plafond , de peintures avec blason , rappelant celles de la chambre dorée de l'évêché. Comme elles avaient besoin de quelques restaurations, on vient de les faire disparaître sous un grossier badigeon.
Il faut encore signaler le grand bâtiment du Pensionnat , dont la façade se développe sur la rue. Bien que de la fin du XVIIIe siècle , c'est une construction remarquable. Le plan en a été donné, dit-on, par frère Guillaume de La Tremblaye, moine du Bec , auteur de diverses constructions monastiques qui ont établi sa réputation comme architecte. Il eût été à souhaiter que les travaux entrepris depuis par les Dames bénédictines ne se fussent point trouvés trop en désaccord avec ce bâtiment. Leur chapelle, surtout, est ce que Ton peut voir de plus laid.
Leur ancienne église sert maintenant d'église paroissiale , celle-ci ayant été démolie à la Révolution (1). Ce n'est point celle dont les fondations furent jetées en 1680 , par Mme de
(1) Il n'en subsiste qu'une fenêtre, acco!ée au pavillon de l'abbesse. Les moulures qui l'entourent indiquent la dernière période ogivale. A en juger par l'orientation, cette baie devait s'ouvrir au chevet de l'église paroissiale.
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PILASTRE D ANGLE m j.oc.ls ABBATIAL.
Matignon. Bien qu'elle ait coûté plus de 50,000 écus , elle n'eut pas cinquante ans d'existence : elle s'écroula , et il fallut recommencer. L'édifice qui nous occupe date seulement de 1758. L'extérieur ne peut attirer l'attention , si ce n'est le portail , fort original dans sa simplicité , et d'un grand effet.
L'intérieur est assez harmonieux. L'ordonnance consiste en trois nefs communiquant par des arcades cintrées, portées sur des pilastres d'ordre ionique.
Le chœur se termine par un rond-point du fond duquel se détache un ange, sculpture de plein-relief, d'une grande expression et d'un vrai mérite. Cet ange, suspendu et comme planant au-dessus de l'autel, tient dans ses mains une banderole sur laquelle sont gravés les mots : Gloria in excelsjs Deo. L'autel, dans le style Louis XV, a également du mérite. Le bas-relief du centre du tombeau est finement travaillé; malheureusement, il est empâté par de nombreuses couches de peinture et de dorure. La croix du tabernacle est en bois, et la sculpture ne paraît pas non plus sans valeur; elle est signée Pavlet. Il est à présumer que l'ensemble de cette décoration est dû au même artiste.
Il existe à St-Désir une confrérie de charité, fondée en 1436, qui possède un petit trésor d'une véritable valeur archéologique. Ce sont d'abord des jetons ou méreaux d'assistance, dont M. R. Bordeaux a donné des dessins et une description en 1852. Ensuite une croix de procession en argent massif qui date du règne de Louis XV, et une paix en argent où sont figurés , avec la Vierge, deux évêques , saint Désir et saint Eutrope, patrons de la Confrérie. Au fronton se voient la hache et le glaive en sautoir, instruments du martyre des deux Saints et principales pièces du blason de la Charité. Sur la base on lit:
A la Charité f de f St. f Désir f de f Lizieux P. f Cailbry f I. Masse lin f 1758.
Mais la pièce vraiment précieuse est la Majesté, « coutenant les Épitres et Évangilles des festes solennelles de Tannée sur vélin relié d'aisserie couvers d'une lame dargent gravée et ornée de vermeil doré où sont relevées en bosse d'un costé les images du Crucifix, de Notre-Dame et de St. Jean, et de l'autre celles de la Saincte Vierge, de St. Désir et de St.
Eutrope , jcelle Majesté fermante à crochets d'argent »
Ainsi s'exprime un Inventaire dressé en 1730. Nous n'aurions pu donner une description plus complète (1).
Outre l'abbaye , deux établissements religieux se trouvaient dans le faubourg St.- Désir: le couvent des Dominicains, maintenant la souspréfecture , où il ne reste rien à mentionner , et la léproserie de St-Clair, dont on voit encore un pan de mur et un contrefort roman , indice de l'antiquité de sa fondation. Le Bulletin monumental contient une notice historique sur ce dernier établissement (t. XXVIII, p. 13^). Voici la statue du saint, que l'on voit dansunenichesur remplacement de la chapelle.
(1) Il paraît que celîe antique confrérie vient dYlrc supprimée.
Deux chanoines du chapitre de Lisieux y avaient aussi leur prébende, Assemont et Bourguignolles.