‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 4)Chapitre 68 sur 203 · ME SOL REGIT · texte numérisé non relu

ME SOL REGIT

VOS UMB1U.

Manoir. — Le manoir du Prédauge , qui a été démoli il y a quelques années, datait du XVIe siècle.

Ce manoir , dont la base ou soubassement était en pierre , offrait un étage en bois construit en encorbellement. Bâti sur l'escarpement d'un coteau , il présentait une masse irrégulière d'un effet assez pittoresque.

On remarquait , à l'intérieur , plusieurs variétés de pavés émaillés.

Nous allons faire connaître les principaux seigneurs qui ont possédé la terre du Prédauge , à partir de la seconde moitié du XVe siècle.

Robert de La Rivière était seigneur du Prédauge en 1463 (1).

En 1540, lors de la Recherche des Élus de Lisieux, le seigneur était Charles de La Rivière.

En 1615, nous trouvons... « de Bonenfant, damoiselle du Prédauge et de Fenèbre. »

Il existait dans celle paroisse une aînesse , nommée le fief Tropey ou Trouppé, ainsi que l'attestent : 1° une transaction passée le 7 août 1622 entre « Guillaume Maurrey et messire François de La Rivière » ; 2° deux aveux, le premier, en date du 20 juillet 1656, à noble dame Marie Descorchcs, veuve de « messire Charles de La Rivière, chevalier, seigneur des terre et sieurie du Prêdaulge, d'Ouillie et autres terres » ; le second rendu, le 30 mars 1685, à « noble seigneur messire

(1) Montfaut, p. 25.

Robert de La Rivière, chevalier, seigneur de L'Honneur, terre et seigneurie du Prédauge, Tmhermais et autres lieux (1) ». par Nicolas Lemarchand, bourgeois de Lisicux.

Une autre aînesse , nommée la grande et la petite Escantonnerie ou fief ès-cantons, existait aussi dans la même paroisse. Cette aînesse dépendait de « la sieurie de Lespée. »

Le 13 mars 1731 , un aveu est rendu à « noble homme « messire Charles Jacques de La Rivière, chevalier, seigneur « du Frédauge, Lespez et autres lieux, par damoiselle Marie- « Madeleine Collet, \c de feu Gaspard Bordeaux, représen- « tant Anne Lemarchand, épouse de feu Guy de Lespez, « écuyer, sieur de Cantepie, et Louis Le Belhomme pour le « fief de la Bieurez, contenant quinze acres, situé au Pré- <( dauge. »

Les redevances étaient : « 15 sols à la S'-Michel et 15 sols à Noël , avec foy, hommage , etc. , baon du moulin Croisel » et obligation de « charrier les meules d'iceluy entre les quatre « portz de Normandie à leur propre coût et dépens. »

Dans un acte.de vente portant la date du 6novembre 1777, la paroisse dont nous faisons l'historique est désignée sous le double nom de la Rîvière-Prédauge.

La Boqueterie. — Ce hameau, que traverse la route impériale de Paris à Cherbourg , offrait, il y a quelques années, aux regards du voyageur une maison de modeste apparenre, composée d'un simple rez-de-chaussée et d'un grenier. La façade de cette habitation , qui était désignée sous le nom de Maison de faïence , était revêtue de carreaux en terre cuite émaillée provenant de l'ancienne fabrique du Prédauge. Ces carreaux, qui occupaient l'intervalle compris entre les co-

(1) D'Hozier a inscrit dans son Armoriai Robert de La Rivière, seigneur du Prédauge, dont le b!ason est : de gueules à deux poùsons d'argent.

CANTON DE LISILUX , 2e bECTlON. 375

lombages , appartenaient à six ou sept variétés : les uns étaient à palmes (quatre composaient une rosace); d'autres offraient des fleurs avec une large bordure chinée ( bleu et blanc); sur l'un de ces carreaux se dessinait une croix en sautoir, etc., etc.

Tous ces carreaux dataient de la fin du XVIIe siècle. Ils provenaient , d'après les renseignements fournis par un vieillard de la contrée, d'un four qui ne s'est éteint que vers la fin du règne de Louis XV.

Le hameau de la Boqueterie, appelé dans les anciens titres la Boquetière , fait partie de la commune du Prédauge, qui était renommée pour ses poteries.

Le vieillard dont nous avons parlé possédait un plat émaillé, qui était une imitation grossière des anciennes faïences de Bernai d Palissy.

Nous avons vu, dans une ferme située à la Pommeraye (aujourd'hui réunie à la commune St-Désir de Lisieux), un autre plat provenant de la même fabrique , mais d'une exécution tellement soignée qu'on aurait pu très-bien le prendre pour un vrai Palissy. Ce plat, dont l'émail est parfaitement conservé , représente Vénus sortant du bain. La déesse, étendue dans une espèce de baignoire nattée , garnie de feuilles de \igne , est entourée d'Amours. L'un de ces Amours lui tient les pieds ; un autre lui présente une coupe contenant une liqueur bienfaisante. Plusieurs offrent à la déesse des raisins. Une ceinture de marguerites ( Bcllis perennis ) entoure le plat, dont les bords sont festonnés.

Aux XVIe et XVIIe siècles , le Prédauge était le centre d'une fabrique importante de poteries, dont les produits remarquables étaient recherchés dans toute la Normandie. Tout le monde connaît ces brillants épis, en terre cuite émaillée, qui couronnaient le faîte de nos manoirs et les lucarnes de nos maisons bourgeoises. Ces épis rivalisaient, par l'originalité

de la composition et l'éclat du coloris, avec les magnifiques faïences de Bernard Palissy. Gabriel Dumoulin , curé de Menneval , les comparait , dans son enthousiasme , aux produits du même genre de l'industrieuse Venise, cette ancienne reine de l'Adriatique : « On fait à Manerbe , près « Lysieux (commune voisine du Prédauge) , des vaisselles « de terre qui ne cèdent en beauté et en artifice à celles « qu'on nous apporte de Venise. » L'opinion de l'auteur de Y Histoire de Normandie se trouve corroborée par les lignes suivantes, de M. Pottier , conservateur de la bibliothèque et du musée d'antiquités de Rouen , membre de l'Institut des provinces :

« Tout plat décoré dans le genre de Palissy , fût-il digne « par sa finesse et sa réussite de passer pour une des œuvres « excellentes de ce maître , s'il a été rencontré dans notre « contrée avant tout déplacement , doit être suspect au a premier chef d'être un produit de la fabrique lexovienne. « Les artistes , ajoute ce savant , qui créèrent et exécu- « tèrent ces épis avaient'certes assez de talent et d'habileté « pour imiter, même à s'y méprendre, les œuvres du maître « Saintongeois , et pour en inventer au besoin de nou- « velles (1). »

L'un des plus beaux épis sortis de la fabrique du Prédauge couronnait l'ancien manoir de la Vigannerie, à Pontfol (Calvados) , et il a été figuré dans l'article consacré à cette paroisse (tome IV de la Statistique).

Un amortissement dans le même genre surmonte le colombier d'un manoir situé près de Livarot.

Tous ces épis , dont la décoration était très-variée , se composaient de trois parties :

1° D'une base offrant trois faces. Les deux faces anté-

(1) Bulletin monumental, t. IX , p. 729.

CANTON DE LISIEUX , 2r SECTION. 377

Heures étaient décorées d'une jolie tête d'ange en hautrelief, dont le cou était muni d'une large collerette. La partie postérieure , qui s'adaptait à la croupe d'un toit ou à celle d'une lucarne , était fendue ;

2° D'un vase , de forme ovoïde , dont la panse était ornée de têtes d'anges, reliées entr'elles par des draperies alternant souvent avec des têtes de bélier. Du goulot du vase sortait , en s'épanouissant , un gracieux bouquet , composé de fleurs et de fruits du pays , parmi lesquels on distinguait le lis de nos jardins (Lilium candîdum) , des poires et des pommes, couvertes d'un brillant incarnat ;

3° D'un pigeon ou d'un pélican , posé sur une boule que supporte un léger pédicule.

Un grand nombre de vases formant , comme nous venons de le dire, la partie intermédiaire de l'épi, présentaient une double courbe; la partie inférieure étant convexe et la partie supérieure concave.

Quelques-uns affectaient la forme d'une poire renversée. Les couleurs dominantes de la couverte métallique étaient le blanc, le jaune, le vert, le bleu foncé, le violet et le brun.

Les épis émaillés furent remplacés, au XVIIIe siècle, par des amortissements simplement vernis au plomb. Par leur composition moins riche et moins élégante et leur exécution grossière, ces nouveaux épis annonçaient une époque de décadence; ils n'étaient pas cependant dépourvus d'art. Leur forme se rapprochait de celle des épis émaillés que nous avons décrits. La base , décorée de mascarons ou d'animaux fantastiques, servait de support à un vase à plusieurs anses, surmonté d'un pigeon.

Quelques-uns de ces amortissements représentaient de petits personnages tirant de l'arc.

Cest à cette époque de décadence que remontent ces

nombreuses fontaines-lavabo , émaillées au plomb , qui constituaient une branche importante de commerce. Ces fontaines, dont la panse est ordinairement couverte de fleurs de lis en relief, sont garnies sur les côtés d'anses contournées. Un pigeon , posé sur une boule, forme l'amortissement.

L'une de ces pièces est signée : Vincent du Prédauge. Nous avons retrouvé ce nom sur un encrier en terre cuite , de la même époque.

La terre employée par les potiers du Prédauge , pour la fabrication de leurs vases, est une argile plastique supérieure à la craie, qui a été signalée dans la Topographie ycognostique du Calvados.

La fabrique du Prédauge, aujourd'hui bien dégénérée, comptait encore , au commencement de ce siècle , une vingtaine de fours. Le nombre actuel des potiers qui façonnent ces vases grossiers que nous voyons exposés sur nos marchés est réduit à huit.

M. IMorière , professeur à la Faculté des sciences de Caen, membre de l'Institut des provinces, a publié, en 1850 , dans Y Annuaire normand , une notice intéressante sur l'industrie potière dans le département du Calvados.

Cette industrie, toute locale , remonte à une haute antiquité. Les quatre beaux vases funéraires en terre cuite émaillée, d'un blanc-jaunâtre, découverts à Lisieux en 1861, et dont l'origine gallo-romaine ne saurait être contestée , sont évidemment des produits de la fabrique lexovienne , ainsi que les nombreux fragments d'amphores, et autres vases à usage domestique , retirés de la rivière qui traverse la ville.

Parmi les nombreux fragments de cette belle poterie rouge en terre samienne, dite sigillée, que les Romains faisaient venir de très- loin et que nous avons également recueillis , se trouvent plusieurs marques ou estampilles de

CANTON DE L1S1EUX , 2e SECTION. 379

potiers gallo-romains. Sur l'un de ces fragments que nous avons 'déjà signalé, on lit le Lisovtl (enSIS; le nom du potier manque ) indiquant le nom de la cité ou de la contrée où ce beau vase a été fabriqué.

Au moyen-âge, la fabrique lexovienne jouissait encore d'une certaine célébrité. Nous possédons un fragment bien conservé d'une petite patère en terre cuite , d'un blancgrisâtre , qui a gardé sa couverte métallique (oxyde de plomb). Cette petite patère, que nous faisons remonter au XIIIe siècle, est décorée d'étoiles et entourée d'une légende religieuse en caractères gothiques du temps qui commence

par ces mots : mater dei indiquant sa provenance ;

elle était placée dans une église et servait au culte. Nous pourrions signaler encore quelques curieux fragments de poteries, offrant une pâte identique , mais d'une époque postérieure (XVe siècle). L'un de ces fragments, dont le vernis est presque entièrement disparu , est couvert de lettres gothiques de grande dimension.

Mais l'époque la plus brillante de celte industrie dans notre contrée était, comme nous l'avons dit, le XVIe et le XVIIe siècle. C'est à celte dernière époque qu'il faut reporter l'exécution des statues en terre cuite émailléc qui décoraient le fronton du pavillon central du principal corps-de-logis de l'ancien palais épiscopal, donnant sur la terrasse, ainsi que les nombreuses statues qui ornaient les magnifiques jardins au milieu desquels s'élevait le château des Loges, résidence d'été des derniers évoques de Lisieux , située à peu de distance de Lisieux , au midi.

M. Raymond Bordeaux , dans une séance tenue a Bernay au mois de juillet 1868, est le premier qui ait appelé l'attention des savants sur l'ancienne fabrique de poterie de Manerbe et du Prédauge, à laquelle la Géographie Blavienne a consacré quelques lignes d'éloges. Les brocanteurs,

dont le nombre s'est considérablement augmenté de nos jours, faisaient déjà passer les figurines et les vases du Prédauge pour des faïences.

LA BOISSIÈRE (l).

La -Boissière , Buxeria.

Le village de la Boissière , situé à 8 kilomètres de Lisieux, est traverse par la route impériale de Paris à Cherbourg.

L'église , dont la construction remonte à la période romane , s'élève à peu de distance , sur la gauche de la route.

Les murs latéraux , construits en grossier blocage et recrépis , sont soutenus par des contreforts plats.

Toutes les fenêtres sont modernes et sans caractère.

Le portail occidental est surmonté d'un petit clocher en charpente , recouvert en essente , supportant une pyramide hexagone. La cloche , dont le diamètre est de 61 centimètres , offre l'inscription suivante :

1713 Mc EDMOND DAQVIN TBRe CVRÉ DE CE LIEV MA BENITE. IAY ESTÉ NOMMÉE MARIE CATHERINttE PAR NOBLE DAME CATHERINHE DE MERDRAC ET NOBLE HOMME LOV1S VALENTIN COSTART ESCr. SGr. HONORERE DE CETTE PAROISSE DE LA BOISSIÈRE II ET F.

1EAN AVBERT DE LISIEVX MA FAITE

Derrière le chevet , qui est droit , s'élève une sacristie éclairée par deux petites fenêtres carrées avec vitrage en plomb protégé, à l'extérieur, par de curieux étançons. Cette sacristie paraît dater du XVIe siècle.

On remarque , à l'intérieur de l'église , le tabernacle du

(1) Notes par M. Pannier.

CANTON DE LISIEUX , 2e SECTION. 381

maître-autel. Ce tabernacle, qui date du règne de Louis XIV, est enveloppé d'un riche manteau dont les draperies, retenues par une torsade , retombent avec grâce en larges plis ondoyants.

Les voûtes sont en m erra in.

On conserve avec soin une ancienne chasuble à personnages, malheureusement incomplète, qui date du XVe siècle ou du XVIe, ainsi qu'une jolie chasuble, style Louis XV, dont les orfrois sont semés de fleurs (roses, pensées, etc.) brochées sur soie blanche.

L'église de la Boissière est placée sous l'invocation de Notre-Dame. Le patronage avait été donné en 1218 aux religieux de Ste-Barbe par Baudouin Rastel, qui vraisemblablement était seigneur du lieu.

Sous le rapport administratif, la Boissière faisait partie de l'élection de Pont-1'Evêquc. Celte paroisse comptait, avant la Révolution, U feux privilégiés et 15 feux laillables.

En 1713, suivant l'inscription de la cloche que nous avons donnée , <• noble homme Louis-Valentin Costart , escuier », était seigneur de la Boissière.

On trouve ensuite en possession de la même seigneurie , ou seulement du même titre: 1° Jean-Baptiste-Pierre Labbey, seigneur de la Boissière et de la Rocquc-Baignard, conseiller au Parlement de Normandie, qui épousa, le 18 avril 1752, Louise-Gabrielle-Jeanne Filleul, fille du seigneur des Chesnels ; 2° messire Nicolas-Paul de Grieu d'Estimanville , chevalier, seigneur de la Boissière, plaidant, en 1782 et 1783, au bailliage de Pont-1'Évêque.

Ferme de Rome. — Le nom significatif de cette ferme rappelle l'invasion des Romains dans notre contrée : « ce « nom , dit M. Guilmelh , est un souvenir de la ville éter- « nellc , appliqué par quelque riche colon romain à la villa

« qui était, dans celte partie des Gaules, le centre de son ex- « pioitalion agricole ou forestière. »

LA BGUBLONXIÈRË (t).

La Houblonnière, Uombionneria, Houbtonneria.

Cette paroisse dépendait de l'élection de Pont-1'Évêque , sergenterie de St-Julien-le-Faucon ; on y comptait k feux privilégiés, 56 feux tailiables ou 300 habitants; aujourd'hui on en compte 279 seulement.

L'église et le château de la Houblonnière forment un groupe pittoresque que ne manquent pas de remarquer , à la sortie du tunnel de la Molle, les voyageurs qui fuient de Lisieux vers Caen.

L'ensemble de l'église date du XIIIe siècle, cependant le mur septentrional de la nef, avec ses trois contreforts plats, sa corniche à modillons grimaçants et son blocage disposé en arêtes de poisson , remonte évidemment jusqu'à l'époque romane. Le mur du midi indique le XIIIe siècle par ses caractères généraux ; il est, comme celui du nord, flanqué par trois contreforts. On n'y voit qu'une seule des fenêtres primitives , étroite lancette dont les compagnes ont été remplacées, au XVe siècle, par deux grandes ogives flamboyantes. Une seule lancette se voit aussi du côté du nord. Les deux autres ouvertures sont modernes. Le pignon occidental date du XIIIe siècle. Trois contreforts le buttaient : un au centre, deux aux extrémités ; uue croix antéfixe termine le pignon. Au XVe siècle, on a supprimé le contrefort central pour pratiquer une porte en remplacement de la porte primitive, dont on voit l'archivolte garnie de moulures toriques au bas du mur méridional.

(1) Notes de M. Charles Vasseur.

CA.INTOx\ DE LtSIEUX, 2e SECTION. 383

Cette nouvelle porte est précédée d'un porche en bois , probablement du XVe siècle ; les vantaux sont à panneaux plissés. Le chœur est tout entier du XIIIe siècle, partagé en deux travées par de larges contreforts. On y retrouve la corniche à modillons qui orne les deux murs latéraux de la nef. On n'y voit aucune fenêtre primitive. Toutes les ouvertures sont modernes, sauf, au midi, une petite baie subtrilobée qui paraît être du XVe siècle.

Le chevet est droit, avec deux contreforts; il est caché par une sacristie penlagonale du XVIIIe siècle.

La tour est placée entre chœur et nef, en avant-corps, du côté du midi. Sa base est construite en pierre de moyen appareil avec joints fort larges ; elle pourrait, par conséquent, remonter jusqu'au XIe siècle. Elle n'a aucune ouverture caractéristique. Sa hauteur n'est pas considérable. Au-dessus de la corniche, pour l'exhausser, on avait fait un corps carié eu charpente revêtu de bardeau , qui portail une pyramide assez élancée à pans coupés. La croix était richement travaillée. Tout récemment, on a changé cette disposition. On a surélevé la tour en maçonnerie d'une manière peu proportionnée au volume de sa base , de sorte qu'elle ne manque pas de ressemblance avec une cheminée d'usine.

Au nord, au point de jonction du chœur avec la nef, se trouvait une construction en maçonnerie qui remontait au XVe siècle. C'était la cage d'un escalier descendant, (Fune galerie couverte jetée au-dessus du cimetière, au banc seigneurial placé au côté de l'évangile, à l'intérieur. Au moyen de cette galerie , dont l'établissement était peu conforme aux lois ecclésiastiques, le seigneur pouvait se rendre, à couvert, de ses appartements à 1 église; car l'un des corps-de-logis du château longeait le cimetière. On a supprimé cet état de choses, il y a quelques années.

L'intérieur a conservé de l'intérêt. Les fonts baptismaux,

38k STATISTIQUE MONUMENTALE DU CALVADOS.

qui se présentent d'abord aux regards , datent du XVe siècle. C'est une cuve octogone en pierre , sculptée sur chaque face d'une accolade.

La nef est recouverte par une belle voûte en carène avec charpente apparente. Le sous-faîte est orné de rosaces découpées à jour, et les douvettes de merrain sont chargées de dessins. Sur les sablières sont des écussons, malheureusement mutilés. Sur l'un, cependant, j'ai cru reconnaître unfascé; l'autre , vis-à-vis , était parii : le premier fascé , le second chargé d'un lion. Dans une fenêtre, au sud, restent quelques fragments de vitraux de la dernière époque gothique, une résurrection des morts en grisaille.

Les deux petits autels sont sans intérêt. Les piscines qui les accompagnent méritent l'attention. Celle du nord est ogivale, avec moulures toriques ; sa base fait saillie sur le mur. Celle du sud est en accolade. Sa cuvette a la forme d'un pentagone sur lequel court une guirlande de feuilles frisées, au milieu desquelles est jeté un écusson où j'ai cru distinguer le contour d'un lion.

L'arc triomphal date du XIIIe siècle. Son archivolte extérieure est garnie de tores qui reposent sur des colonnettes. La voussure intérieure retombe sur un pied-droit dans lequel, du côté du nord, est incrustée l'inscription suivante:

Cj> îieuant gisent vénérables et

ctrcumsyectes personnes maître 3eijan

Jpoulain lequel trépassa lan mil o,c

xxim le xxoe ïiauril et mistre Seljan

ifatscene ittetia lan mil »cc et xx le xxve

' he tutllet en ler muant pbrs curres et recte

urs fce eeans. ftequiescant tn yace , amen.

Les deux travées du chœur sont voûtées en pierre avec

arcs-doubleaux cl arceaux croisés, dont les retombées portent sur des faisceaux de colonnettes que l'on a stupidement coupées au-dessous des chapiteaux. Os chapiteaux sont sculptés de feuillages et de crossettes , comme on en trouve à la première époque ogivale. Un cordon torique se profile sur le nu des murs, au niveau des tailloirs des chapiteaux. Il servait sans doute d'appui aux fenêtres primitives. L'autel, en marbre, date de la fin du dernier siècle. La lampe peut remonter au règne de Louis XIII. Une statue de saint Firmin appartient au moyen-âge, comme un bas-relief en pierre, de 18 pouces de haut, qui représente saint Christophe. L'exécution en est naïve et les détails curieux : l'enfant , assis sur l'épaule du Saint , a saisi d'une main une touffe de cheveux de son porteur.

Les deux cloches portent des inscriptions qui méritent être transcrites. On remarquera la date de la plus grosse : bien peu, certainement, furent fondues cette année-là :

LAN 1790 M. GUY DUVAL DE BONNF.VAL , PRÉSIDENT A MORTIER AL PARLEMENT DE ROUEN ASSISTÉ DE DAME CECILE FRANÇOISE MARGUERITE HENRIETTE DUMONCFL SA MÈRE VEUVE DE GUI CLAUDE NICOLLAS DUVAL DE

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