SCULPTURE PROVENANT DU PRIEURE DE SAINTE-BARBE
en son honneur. Odon Stigand , convaincu de la vérité de l'apparition et frappé de la guérison de son fils , s'empressa de se rendre à ses prières et fit transporter les reliques de sainte Barbe dans la chapelle de St-Martin-d'Écajeul, située sur la rive droite de la Dive , puis il institua six chanoines réguliers. La première fondation de Ste-Barbe eut lieu vers l'an 1055 , et la charte par laquelle Odon Stigand constitua rétablissement est de 1058 ; elle fut approuvée par Guillaume-le-Conquérant en 1060.
Odon Stigand mourut à Rouen en 1066; l'archevêque
Maurille assista à ses funérailles avec divers seigneurs; il fut enterré dans le cloître de l'abbaye de St-Ouen.
Ses deux fils , Robert et Maurice , ne laissèrent pas de postérité ; ils avaient deux sœurs, dont l'une se fit religieuse à l'abbaye de S,e-Trinité de Caen, en 1066 (1); l'autre, Agnès, épousa Rabel de Tancarville, fils de Guillaume de Tancarville : elle porta à son mari tous les biens de sa famille. Les destinées deSte-Barbe furent par cela mises entre les mains de la famille de Tancarville , et Rabel en fut en quelque sorte le second fondateur. En effet, en 1128, il ratifia toutes les donations faites à Ste-Barbe par Odon Stigand, son beau-père (2) , puis il en ajouta beaucoup d'autres;
(1) A cette occasion, Odon Stigand donna au prieuré l'église de Guibray avec les dîmes et les droits de sépulture, le patronage, et les dîmes des églises de Falaise, etc., etc.
(2) Voici quelques passages de la charte de Rabel de Tancarville :
Videlicet et prata quae Odo Sligandus, qui primus ibi sex prebendas constituit, dederat eidem ecclesie apud Mansum Odonis. Decimam quoque ipsius ville et totius sui dominici quod est apud Mansum Odonis in omnibus suis nummis, terris, vineis, molendinis, virgultis, vitulis, agnis, caseis, velleribus, porcis et piscibus. Et inter Mansum Odonis et Escajolet piscine locum. Et Willelmus de Mirbel et Osmundus Boenet de Salcantia (Soquence) dederunt eidem ecclesie ex parte Odonis prefati décimas suas de Mirbel et Salcantia quarum duas partes prius in suo dominico retinebant. Dédit quoque idem Odo terram quam habebant apud villamqua; vocatur Sancla Maria Calida (Lécaude) cnm partejmedia ecclesie et décime ipsius ville sicut libère in suo dominico habebat. — Serlo quoque de Manso Malgerii (Mesnil-Mauger) dédit eidem ecclesie soceri Odonis terram quam habebat in dominico suo apud Brolium de alodio suo. Et idem Odo ad luminare ejusdem ecclesie assignavit décimas thelonei de Manso Odonis et terram Safredi Wambeloni de quo très solidos annuatim habuerat et terram Anschetilli Baconis pro qua débet ecclesiam in feslivilalibus parare et duas libras incensi reddere, unam ad Natale et altcram ud Pascha, etc.
(Voir cette charte aux Archives du Calvados et , à la Bibliothèque impériale, la copie de M. Lèchaudc-dWuisy.J
il donna, notamment, tout ce qu'il possédait sur la rive droite de la Dive.
Ce fut alors que Ste-Barbe devint prieuré. Guillaume d'Évreux fut mis à la tête de la communauté.
Je n'ai pas l'intention d'écrire l'histoire du prieuré de Ste-Barbe : disons seulement que Guillaume d'Évreux était un des hommes les plus instruits de son temps (1). Il mourut en 1153.
En 1135, Rabel , seigneur de Mézidon , donna une nouvelle charte au prieuré de Ste-Barbe.
En 1137 , le roi Etienne logea à Stc-Barbe pendant le siège de Mézidon ; ensuite il confirma à ce prieuré toutes les donations qui lui avaient été faites anciennement par une charte datée de Pont-Audemer.
En 1186, par une charte donnée à Bures, près Bayeux , Henry II , roi d'Angleterre, ratifia toutes les donations faites au prieuré de Ste-Barbe.
Richard-Cœur-de-Lion (1196) accorde aussi sa protection au prieuré de Ste-Barbe. Le prieuré fut visité par Jean-Sans- Terre en 1201 et en 1203.
La même année (1203 ) , le prieuré de Graville , près du Havre, fut donné à Ste-Barbe par Mallet de Graville qui l'avait fondé.
Sle-Barbe possédait un prieuré , des terres et des moulins en Angleterre (2).
Quand Odon Rigaud visita Ste-Barbe en 1254 , il y trouva trente-quatre chanoines.
En 1292, Robert de Tancarville , seigneur de Mézidon, approuva et ratifia les donations , échanges , etc. , opérés
(1) V. Orderic Vital , Histoire de Normandie.
(2) Voir le travail de M. Léchaudé-d'Anisy sur les archives du Calvados, dans le t. VII des Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie.
CANTON DE MEZ1DON. Zl75
dans l'étendue de la baronnie de Mézidon et des fiefs qui en dépendent.
Les guerres anglaises du XIVe siècle vinrent désoler le pays. Le prieur de Ste-Barbe songea alors à se fortifier, et en 1356, le roi de France « autorisa les religieux de Sle- « Barbe à lever un impôt sur tous les hommes et autres « qui, pour éviter les ennemis, voudraient se réfugier eux et « leurs biens dans la forteresse du prieuré, afin de la rétablir « et de la mettre en état de résister à leur invasion. » Les mêmes lettres autorisent également le prieur à « nommer « un capitaine du dit chasteau et à le destituer quand il le v verra bon être t ; elles ordonnent aux gens du roi de recevoir et reconnaître celui que le dit prieur leur présenterait pour occuper ladite place de capitaine.
Le 1er avril 1Zi07, le prieur de Ste-Barbe , capitaine et garde de par le Roi, de la forteresse dudit lieu de Stc- Barbe « établit Robert Bonenfant, escuyer seigneur de Quet- « tiéville , son lieutenant ou conettable au dit office de capi- « taine et lui donne la garde et gouvernement de la dite " forteresse , ordonne de lui obéir , de lui prêter main forte <r donner conseil , confort et aide si mettier en a .... »
Cinq ans après, en 1412, le lieutenant-général du bailli de Caen adjugea la charge de capitaine de la forteresse du prieuré de Ste-Barbe au prieur Michel de Bradefer , contre Guyot de Bonenfant , qui prétendait en être titulaire et voulait conserver son commandement.
Le Gallia chrisiiana indique les noms des prieurs de Sle- Barbe depuis Guillaume d'Évrcux (1128) jusqu'à Robert de La Ménardière , chantre de la Sainte-Chapelle de Paris , qui ayant obtenu de son oncle le prieuré de S,e-Barbe , le céda aux Jésuites de Caen en 1607, et qui obtint en 1609 l'assentiment des chanoines. Louis de La Renardière , son prédécesseur , était en même temps abbé de Barbery. Il avait été le premier prieur comrnendataire de Stc-Barbe.
Anneaux en pierre ollaire. — On a trouvé à Écajeul des sépultures anciennes, dont les morts avaient les extrémités portées sur des cercles ou anneaux en pierre dure ; quelques-uns de ces anneaux ont été offerts par feu M. le docteur Le Grand à la Société des Antiquaires de Normandie.
PLAINVILLE.
Plainville, Ptevilla, Ptainvilla.
La paroisse de Plainville, située au sud d'Écajeul, sur le bord d'un marais, est réunie à cette dernière commune. L'église a été démolie , il n'en reste plus de traces ; elle était sous l'invocation de saint Saturnin , et , au XVIe siècle , l'abbaye du Lire nommait à la cure , d'après le Pouillé du diocèse de Lisieux publié par MM. A. Le Prévost et de Formeville.
Guillaume de Pléville donna au prieuré de Ste-Barbe la moitié du pré Gros-Marais, situé entre Ouville et Écajeul. Son fils , Roger de Pléville , ajouta à ce pré , après la mort de son père , deux acres de prairies (Voir le catalogue des chartes du prieuré de Ste-Barbe par M. Léchaudé-d'Anisy , t. VII des Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie ).
L'inscription de la pierre tumulaire que j'ai publiée dans le t. III de la Statistique monumentale , p. 605, et que la Société française d'archéologie a fait transporter de l'abbaye de Longues au musée de Bayeux , prouve qu'à la fin du XVe siècle la seigneurie de Plainville appartenait à la famille de Labbey : Jeanne de Labbey , qui la possédait', avait épousé Jean d'Argouges.
Le château actuel de Plainville se compose d'un bâtiment long et peu élevé. On y accède , du côté du sud , par une cour carrée ; du côté du nord, la vue s'étend sur les prairies.
Cette habitation appartient aujourd'hui à Mm0 veuve B. de Plainville , née de Cussy, qui l'habite.
Les marais de Plainville renferment quelques plantes rares qui ont été signalées par MM. de Brébisson et Morière.