VI. — Abcès chauds
i° Abcès chauds dans la continuité du bras.
,o (13 hommes : 12 incisés, 1 non incisé, i ^ ...^.,h
18 cas \ ^ n - A [ ^ mort.
/ o femmes : o — 0 — )
Je n'ai pu préciser la cause de ces abcès que chez 7 malades : 3 fois le bras avait été contusionné; 1 fois ii avait été blessé par un coup de i;outeau; chez un forgeron, des mouvements exagérés avaient engendré un phlegmon sous-deltoïdien.Une septicémie puerpérale s'était terminée par la production d'abcès chez 2 femmes accouchées depuis quelque temps.
Tous ces abcès étaient volumineux. Dans 1 cas, le pus avait fusé dans la gaine du biceps et sous le grand pectoral.
Sauf 1 abcès dont le pus s'est résorbé, tous les autres ont été incisés, lavés avec la solution phéniquée forte et recouverts de compresses aseptiques humides. Avec ces précautions, qui m"ont donné le plus souvent une réunion immédiate, le drainage a été rarement nécessaire.
La durée moyenne du traitement a été de huit jours dans le cas de réunion immédiate, et de quarante-trois jours dans les cas où l'abcès s'est guéri par granulation et rétraction progressive.
2* Abcès tubèreux de faisselles
oo \ 25 hommes : 21 incisés, 4 non incisés / ^ .
38 cas ,„ „ -^ ' . 0 mort.
f 13 femmes : 12 — 1 — \
Ces abcès, qui reconnaissent pour origine l'inflammation d'une glande sudoripare ou d'un follicule pileux, se sont rencontrés plus fréquemment pendant les sixmois delà saison chaude, d'avril à octobre (22 cas), que pendant les sixmois de la saison froide, d'octobre à avril (16 cas).
Les abcès tubéreux étaient multiples chez 4 malades et, chez 1 malade, occupaient les deux aisselles.
Ils se sont souvent compliqués d'une éruption érythémateuse ou eczémateuse.
4 fois ils ont provoqué l'extension de la suppuration au tissu cellulaire de l'aisselle et, dans 1 cas, le pus fusa sous le grand pectoral.
J'ai incisé 33 abcès, qui ont été pansés selon les règles habituelles. 3 fois l'ouverture de l'abcès fut spontanée. 1 fois la résolution eut lieu sans incision. 1 fois l'incision avait été faite en ville.
Chez 1 malade j'ai vu l'abcès récidiver.
La durée moyenne du traitement a été de neuf jours.
3° Abcès aigus de C aisselle.
-r, \ 38 hommes : 37 incisés : 1 non incisé ; r, .,,^„.
59 cas ,^, „ ,- , 0 mort.
f 21 femmes : 17 — 4 — '
J'ai réimi dans ce chapitre toutes les suppurations aiguës de l'aisselle, qui naissent d'emblée, soit dans le tissu cellulaire, soit dans les ganglions, et je renvoie au chapitre des lymphangites du membre supérieur (voy. Affections générales) la mention des adénites et des suppurations axillaires, qui sont consécutives à une inllammation des lymphatiques.
Ces abcès idiopathiques sont presque toujours desadénophlegmons, dont la cause est inconnue. Dans 5 cas seulement, j'ai pu les rattacher à une contusion de Tépaule, et, dans 1 cas, à des mouvements continuels et excessifs du bras. Chez 2 malades, ils m'ont semblé être un phénomène critique dans le déclin d'une fièvre typhoïde et d'un érysipèle.
J'ai remarqué que les abcès chauds de faisselle, ainsi que les abcès tubéreux, se sont rencontrés surtout dans la jeunesse et f âge mûr, et qu'ils sont rares dans la vieillesse. Cette remarque résulte du tableau suivant :
r,92 MEMBRE SUPÉRIEUR
Abcès Abcès Abcès
du bras. tubéreux. de l'aisselle. Total.
De 15 à 30 ans 8 22 33 63
De 31 à45ans 5 13 17 35
De 46 à 60 ans 4 2 7 13
Au-dessus de 61 ans. 1 1 2 4
L'âge moyen des sujets affectés :
D'abcès chauds du bras a été de 36 ans.
— — de l'aisselle de 32 ans.
— tubéreux. . . . de 30 ans.
Toute la cavité de l'aisselle est ordinairement remplie par le pus. 2 fois, j'ai vu le pus fuser sous le grand pectoral et 1 fois, la fusée purulente soulever l'omoplate.
Il importe d'inciser l'abcès le plus tôt possible, de rendre son foyer aseptique par un lavage exact de tout le pus qu'il contient, de le drainer et de le panser aseptiquement. Il faut, en outre, immobiliser le bras contre la paroi thoracique. Sans celte précaution, la cavité de l'aisselle s'ouvre pendant les mouvemenls du bras, l'air y pénètre par l'incision comme dans un soufflet, et retarde l'accolcment de ses parois. Les abcès de l'aisselle étaient signalés autrefois pour leur durée interminable, parce que les pansements n'étaient pas aseptiques et parce qu'on négligeait d'effacer la cavité axillaire en maintenant le bras accolé contre la poitrine. Aujourd'hui, ils se guérissent souvent par réunion immédiate, et, si la suppuration n'est pas tarie d'emblée, elle cesse après trois ou quatre pansements.
J'ai incisé 54 abcès axillaires (3 abcès se sont ouverts spontanément, 1 abcès a paru se résoudre, 1 n'a pas été incisé par indocilité du malade) :
10 se sontguéris par réunion immédiate en moins de Sjours. 29 — après deux ou trois pansements en 8 à 15jours.
7 — après plusieurs pansements en 16 à 20jours.
8 — par suppuration prolongée au-delà de21 jours.
La durée moyenne du séjour des malades à l'hôpital a été de quatorze jours.
VU. Abcès froids et adénites tuberculeuses de C aisselle.
o, \ 24 hommes: 16 opérés, 8 traités, 1 mort. ^"^ ^^^ / 10 femmes : 9 - 1 — 0 -
Les abcès froids et les adénites tuberculeuses se rapprochent par leur origine commune, qui est la production tuberculeuse dans le tissu cellulaire ou dans le tissu ganglionnaire.
Je les ai observés 6 fois au bras et 28 fois à l'aisselle.
Au bras, la maladie affectait la forme de la gomme tuberculeuse ou de Tabcès froid. Dans 1 cas, la poche purulente était assez volumineuse pour décoller la peau depuis le coude jusqu'à l'épaule.
A l'aisselle, les ganglions étaient surtout atteints et, selon le degré de l'évolution tuberculeuse, j'ai eu affaire tantôt à l'adénite caséeuse non suppurée (13 cas), tantôt à l'adénite suppurée (10 cas), ou à l'abcès froid véritable (5 cas).
Chez 12 malades, l'abcès froid ou l'adénite chronique n'était pas la première manifestation de la tuberculose : 5 avaient eu des gommes tuberculeuses ou des cicatrices dégommes tuberculeuses dans d'autres régions; 1 avait été amputé de la cuisse pour une tumeur blanche du genou ; 6 étaient atteints de phtisie pulmonaire.
Presque tous les malades présentaient les caractères de la constitution scrofuleuse.
Les deux tiers des malades étaient jeunes et n'avaient pas dépassé trente-cinq ans.
Je me suis borné à faire un traitement médical chez 9 malades : préparations iodurées à l'intérieur et à l'extérieur, soins hygiéniques.
25 malades ont été opérés :
1 par la ponction et l'injection d'une solution phéniquée forte (I guéri son).
13 par l'incision et le curettage du foyer (8 guérisons, 4 améliorations, 1 mort, obs. 355).
1 par la cautérisation avec des flèches de chlorure de zinc (1 guérison).
10 par la dissection et Tablation de la masse ganglionnaire (10 guérisons).
L'ablation desganglionsaxillairesestropération qui amène la guérison la plus rapide. Chez 1 malade, qui portait des masses ganglionnaires strumeuses dans les deux aisselles, j'ai pratiqué suiîcessivement l'ablation des deux côtés. Sur 11 ablations, j'ai obtenu 7 fois la réunion immédiate. L'ablation est une opération assez délicate dans les cas où la masse ganglionnaire a contracté des adhérences avec les gros vaisseaux de Taisseile.
La durée moyenne du traitement par l'ablation des masses ganglionnaires a été de dix-huit jours, tandis que la durée moyenne du trailement par l'incision et le curettage a été de quarante jours. Comme accident consécutif, j'ai eu à noter 2 cas d'érysipèle, dont i fut mortel (obs. 355).
Obs. 355. — Le nommé Félix B..., âgé de 55 ans, tapissier, entre à la Pitié, le 9 octobre 18S4, pour une adénite tuberculeuse suppurée de l'aisselle droite.
En auscultant la poitrine, on constate un commencement de tuberculose pulmouaire dans les sommets.
Le 10 octobre. Incision de Tabcés. Lavages phéniqués et pansements phéniqués.
Les jours suivants, comme l'abcès estanfractueux et se vide mal, on est obligé de faire trois autres petites incisions.
Le 9 novembre. Un érysipèle naît au bras droit et s'étend au thorax. Cet érysipèle prend un caractère grave. Grande élévation de la température. Langue sécbe et fuligineuse. Grande agitation ; délire violent.
Le 6 décembre. Mort.
A l'autopsie, on trouve, indépendamment de la tuberculose pulmonaire, de la congestion des poumons, et une pleurésie avec épaucheraent purulent enkysté à la partie antérieure de la plèvre droite.
Vin. — Affections syphilitiques.
9 cas ^ ^ hommes : 1 guéri, 2 améliorés. ] 6 femmes : 5 — 1 —
Les affections syphilitiques du membre supérieur n'ont été admises dans le service qu'exceptionnellement ou par erreur. Ainsi s'explique leur rareté.
2 malades avaient des éruptions papulo-squameuses sur les avant-bras.
1 malade avait un œdème chronique de l'avant-bras que j'ai cru devoir rattacher à la syphilis, après exclusion de toute autre cause.
2 malades présentaient, l'un sur le cubitus, l'autre à la partie inférieure et postérieure du bras, des tumeurs, d'un diagnostic difficile, qui disparurent sous l'influence du traitement spécifique, et qui n'étaient autre chose que des gommes.
4 malades, avec des syphilides ou des gommes ulcérées, m'ont été adressés comme atïectés de cancroïdes. L'un d'eux, jeune fille de dix-sept ans, portait sur le moignon de l'épaule un ulcère arrondi, de six centimètres de diamètre, qui ressemblait tout à fait à un épithélioma ulcéré. Les bords déchiquetés et indurés de l'ulcère, son fond rouge grisâtre avec des bourgeons granuleux, complétaient la ressemblance. Mais l'examen histologique d'un de ces bourgeons prouva que je n'avais pas atïaire à une tumeur maligne. Il n'y avait aucun antécédent syphilitique appréciable; il n'y avait non plus aucune autre trace de la syphilis. Cependant, les frictions mercurielles et l'iodure de potassium, donné jusqu'à la dose de quatre grammes, amenèrent la guérison en trois mois.
La durée moyeiuie du traitement a été de trente-quatre jours.