IV. — Brfihires
on \ 32 hommes, 30 guéris, 1 non guéri, 1 mort. / 7 femmes, 7 guéries, U mort.
Gomme les brûlures du pied, les brûlures de la jambe n'ont pas été sensiblement plus fréquentes pendant les mois les plus froids d'octobre à avril, que pendant les mois plus chauds d'avril à octobre. C'est que beaucoup de ces brûlures ont été produites par du sirop de sucre, par des produits cliimiques, par des essences, chez des ouvriers qui, travaillant toute l'année dans des raffineries ou des usines, sont exposés à l'action de ces agents aussi bien l'été que l'hiver. Les brûlures produites par le feu ou par les vêtements enflammés au contact d'un foyer, n'ont pas été les plus nombreuses.
La jambe droite a été le siège de la i)rûlure dans 16 cas. La jambe gauche — 11 —
Les deux jambes — 8 —
Côté non mentionné — 4 —
5 fois la brûlure de la jambe s'étendait au pied. J'ai compté 21 brûlures superficielles, du 1" et du 2* degré, et 18 brûlures profondes atteignant le 3" et le 4^ degré. La durée moyenne du traitement des brûlures superficielles a été de dix-neuf jours, tandis qu'elle a été de cinquante-cinq jours pour les brûlures profondes. Ladurée du traitement pour chaque cas en particulier varie beaucoup, non seulement avec la profondeur de la brûlure, mais aussi avec son étendue en surface.
Parmi les brûlures profondes, 3 fois le tibia a été mis à nu. L'un des blessés a guéri par des pansements. Chez les deux autres, l'amputation de la jambe était indiquée, mais ils la refusèrent. Ces deux malades furent néanmoins gardés dans le service. Liin y resta six mois et
sortit non guéri (obs. 85); l'autre y mourut de congestion pulmonaire (obs, 86).
Obs. 85. — J... (Anna-Victorine), âgée de 59 ans, journalière, entra à la Pitié le 20 octobre 1884, pour une brûlure de la jambe droite. Pendant une attaque d'épilepsie, elle avait renversé une lampe de pétrole qui mit le feu dans la pièce où elle se trouvait. La jambe droite, qui avait été seule atteinte, présentait une brûlure au 2'' et au 3' degré, s'étendant depuis le métatarse jusqu'à la tubérosité du tibia et occupant presque toute la circonférence du membre.
Pansements avec des compresses phéniquées.
Après l'élimination des eschares, qui comprenaient tout le jambier antérieur et son tendon, le tibia fut mis à nu dans l'étendue de dix centimètres.
La plaie suppura abondamment, et malgré les pansements antiseptiques on arrivait difficilement à combattre la septicémie. La température montait à 39°, 8.
En présence de ces accidents, en présence aussi de l'impossibilité d'obtenir la cicatrisation de cette vaste plaie, je proposai l'amputation de la jambe. La malade s'j' refusa.
Les pansements antiseptiques furent continués. La fièvre tomba peu à peu. Mais la cicatrisation par bourgeonnement marcha avec une extrême lenteur.
Le 18 avril 1885, après six mois de pansement, J... (Anna- Victorine) quitta le service. Elle conservait une plaie étendue à toute la face antérieure de la jambe, et gagnant le mollet de chaque côté. Cette plaie n'avait plus son étendue primitive, mais la cicatrisation ne semblait plus pouvoir faire de nouveaux progrès. La perte de substance ne se comblera jamais et deviendra fatalement un ulcère incurable.
Obs. 86. — F... (Antoine), âgé de 70 ans, entre dans le service, le 29 février 1888, pour une brûlure aux 3^ et 4^ degrés des faces antérieure et interne de la jambe gauche dans toute sa hauteur.
Le tibia est mis à nu dans une grande étendue, après la chute des eschares.
Les pansements sont faits avec des compresses imbibées d'une solution de crésole. Le bourgeonnement de la plaie se fait très bien. Mais l'étendue de la plaie et la dénudation du tibia empêcheront que la cicatrisation puisse se faire complètement. Je propose l'amputation delà jambe, opération que le malade ne se résout pas à accepter.
F... (Antoine), qui était emphysémateux et asthmatique, mourut le 13 avril d'une congestion pulmonaire.
\. — Ruptures de tendons, de muscles ou de vaisseaux par effort musculaire.
, i ?> hommes, 2 opérés,! non opéré, 3 guéris,
î 1 femme, 1 opérée 1 guérie.
J'ai observé 4 lésions de cette espèce : 1 rupture du tendon d'Achille (obs, 87) et 3 ruptures de vaisseaux ou de muscles formant des épanchements sanguins plus ou moins volumineux (obs. 38). J'ai suturé la rupture tendineuse. Quant aux épanchements sanguins, je les ai incisés, lorsqu'il m'a été démontré qu'ils ne pouvaient se résorber. .
Obs. 87. — Rupture du tendon d'Achille ; suture ; (juérison. (Obs. mentionnée in Bulletin Médical, 22 juillet 1888, p. 059.) — Le nommé S... (Joseph), âgé de 21 ans, artiste gymnasiarque à l'Hippodrome, entre dans mon service de la Pitié, le 22 mai
Il y a huit mois, en faisant le saut périlleux en avant, douleur subite et intense, que le blessé compare à un coup de pierre, au niveau du tendon d'Achille gauche. Le saut est exécuté régulièrement, et Joseph S... se fait retomber seulement sur la jambe droite. Pas de chute. Impossibilité de poursuivre ses exercices. Immédiatement après l'accident la marche est difficile et s'exécute en boitant.
Point de rougeur au niveau du point douloureux. Seulement une légère tuméfaction.
Le blessé reste trois jours au lit, la jambe immobilisée. Le quatrième jour l'appareil est enlevé. Le blessé essaie de mar-
cher et constate qu'il boite toujours. La jambe est alors placée dans un appareil plâtré pendant quinze jours. Dans l'appareil JosepliS... éprouvaitdes contractions inA'Olontaires des muscles de la jambe et sentait comme quelque chose qui lui remontait dans le mollet.
Ce laps de temps écoulé, la marche est aussi difficile qu'auparavant.
On lui prescrit de marcher beaucoup, et on le soumet à des massages trois fois par jour durant trois à quatre minutes chaque fois.
Au bout d'un mois, ce traitement n'a amené aucune modification favorable.
Joseph S... a toujours marché sans le secours d'une canne.
Six mois après l'accident, reprise des exercices, pendant une répétition. Joseph S... saute mal. Tout à coup, au milieu d'un nouveau saut périlleux en avant, il éprouve exactement la même douleur qu'au moment du premier accident ; mais cette fois la douleur est suivie d'une chute.
Il ne peut plus marcher qu'en sautant sur la jambe saine et en s'appuj^ant sur deux de ses camarades.
A l'entrée à l'hôpital, il marche en boitant, mais sans le secours d'une canne.
Je remarque que tous les muscles ont un développement considérable.
Au-dessus du calcanéum, je constate aisément, à la palpation, une dépression oblique de haut en bas et de dedans en dehors. Sur le bord externe du tendon d'Achille, à environ deux centimètres au-dessus de la face supérieure du calcanéum, il y a une échancrure très prononcée, où l'on peut loger la pulpe du doigt. Le long du bord interne du tendon je ne peux arriver à constater nettement cette disposition. Aucune douleur à la pression ni à l'occasion des mouvements spontanés ou provoqués.
L'extension du pied sur la jambe s'effectue dans toute son étendue, mais lentement et avec bien moins d'énergie que du côté sain. Cette conservation des mouvements est attribuée à des adhérences entre le bout supérieur du tendon et les parties ligamenteuses voisines.
Au niveau de la rupture, les téguments sont absolument indemnes.
Je propose au blessé de rétablir la continuité du tendon d'Achille, en pratiquant une suture. Cette opération est acceptée avec joie.
Le 2 juin. Opération. Ghloroformisatiou. Incision de près de dix centimètres sur la ligne médiane de la face postérieure du tendon d'Achille. Je constate que ce tendon est complètement rompu, obliquement en bas et eu dehors. Le trait de la rupture fait avec l'horizon un angle d'environ quarante degrés. Il n'y a pas arrachement de l'insertion osseu^se du tendon.
Le plantaire grêle est intact et offre un volume considérable. Son diamètre égale celui d'un des tendons fléchisseurs de l'avant-bras d'un adulte vigoureux. L'intégrité et le développement de ce tendon expliquent dés lors la conservation des mouvements du pied.
Les bouts du tendon d'Achille sont bien avivés et suturés par cinq points de fil de catgut fin, mais très résistant. Par dessus, les téguments sont réunis par une suture au crin de Florence. Pansement de Lister ouaté. Puis je maintiens le pied dans l'extension forcée à l'aide d'un appareil plâtré.
Le 4. Légère douleur sur la face dorsale du pied. L'appareil est un peu desserré à ce niveau.
Le 15. L'appareil plâtré est enlevé. Réunion par première intention. Les fils de la suture cutanée sont retirés. Pansement à la gaze iodoformée.
Le 16. Le blessé se lève pour la première fois et marche avec des béquilles.
Le 20. Il marche sans béquilles et sans canne.
Le 27. Le pansement iodoformo est supprimé et remplacé par un simple pansement ouaté.
Le 30. Joseph S... quitte l'hôpital, marchant sans boiter. Il conserve une atrophie notable des muscles du membre inférieur gauche. Le tendon d'Achille n'offre plus de solution de continuité et paraît très solide.
J'ai appris qu'il était resté plusieurs mois sans exercer sa profession de gymnasiarque.
Obs. 88. — Trois faits d' épanchement sanguin par rupture vasculaire ou musculaire :
1° B... (François), cordonnier, âgé de 56 ans, entré le 9 mars 1881, vit se former, pendant la marche et spontanément, une tumeur sanguine, à la partie externe du genou gauche, en avant de la tête du péroné.
Je constate de la fluctuation, de l'empâtement, de la rougeur. Incision et évacuation d'une grande quantité de caillot et de sang noir. Lavage de la poche. Pansement antiseptique. Guérison presque sans suppura tion. Sortie de l'hôpital le 4 avril.
2" Ch... (Aristide), âgé de45 ans, admis le 20 novembre 1885, a vu un épanchement sanguin se former dans son mollet gauche à la suite d'un effort. 11 y a une ecchymose à la jambe s'étendant à la cuisse. Ce malade a une cirrhose du foie qui le prédispose aux hémorrhagies. Je le mets au repos, et je m'abstiens de faire une incision. Il sort de la Pitié le 10 décembre.
3° G... (Anna), âgée de 46 ans, concierge, entrée le 11 avril 1888, eut à subir de grandes fatigues, il y a cinq mois. A la suite d'un effort, il se forma tout à coup une tumeur dans le mollet gauche. Cette tumeur est actuellement un kyste hématique. 11 est trésprobable que c'est la rupture d'une veine variqueuse qui lui a donné naissance, ati moment de l'effort signalé.
L'incision de la poche donne issue à des caillots uoirs et à un liquide citrin. Lavages pjhéniqués. Pansement de Lister. Le 16 avril elle rentre chez elle en voie de gtiérison.