XXII. — Désarticulation du genou
l cas, 1 homme, 1 giiérison.
La désarticulation du genou est généralement considérée comme une opération défectueuse. L'observation suivante montre qu'il ne faut pas porter sur elle un jugement aussi exclusif.
Obs. 150. — T. . . (Emile), âgé de 21 ans^ d'une bonne constitution, portait, depuis son enfance, une affection du genou droit.
Il avait eu une arthrite, pour laquelle il avait été traité sans succès à diverses époques et par divers praticiens.
Lorsqu'il vint réclamer mes soins, sa jambe était fléchie à angle droit, luxée eu arriére et en dedans, de manière à venir croiser la direction du membre opposé, et fixée dans cette position vicieuse par des adhérences fibreuses. Le genou était douloureux et présentait cette tuméfaction particulière, de consistance élastique, qui dénote les fougosités articulaires. La rotule était fixée au-devant des condyles par une ankylose osseuse. La peau était saine et sans fistules. Tout le membre inférieur droit était notablement atrophié.
Le malade marchait avec des béquilles, mais, à chaque instant, sa jambe venait heurter celle du côté sain ; de là de vives douleurs dans le genou.
Aussi réclamait-il avec beaucoup d'instance l'amputation de cette jambe, qui ne lui servait à rien, et dont il avait souffert toute sa vie.
Une résection du genou avec redressement de la jambe ne lui aurait pas donné un bon résultat en raison de l'atrophie du membre. Comme la peau était saine et que Je pouvais tailler des lambeaux aussi étendus qu'il était nécessaire, je me décidai pour la désarticulation du genou.
Le 14 décembre 1880, le malade étant chloroformé et les précautions de la méthode antiseptique étant prises, je dé-
sarticule le genou par le procédé de Baudens. Les ligaments semi-lunaires sont enlevés. La rotule fixée au fémur est laissée en place. Ligature de l'artère poplitée avec un fil de catgut. Excision aussi exacte que possible de toutes les ton-, gosités avec une curette. Drain. Suture métallique. Pansement de Lister.
Deux iours aj)rés l'opération, le pansement est renouvelé.
Le sixième jour le drain est enlevé. Il y a une réunion immédiate de la plaie. Les fils métalliques sont successivement enlevés les jours suivants.
En huit jours le malade était guéri de son opération.
Environ un mois aprè?, la peau du moignon fut soulevée, au niveau de la cicatrice, par une petite tuméfaction indolente. Je perforai la cicatrice en ce point, et il s'écoula une petite quantité d'un liquide filant contenant un peu de pus. Quelques injections phéniquées suffirent pour obtenir l'occlusion de ce petit foyer.
Plus tard, au commencement de mars, le malade, après un séjour de convalescence à Vincennes. revint à l'hôpital de la Pitié avec un pertuis rîstuleux sur la peau, un peu en arrière de la partie la plus saillante du moignon. Cette fistule conduisait entre les deux condyles du fémur dans un petit foyer tapissé par des fongosités. Elle n'était pas douloureuse et donnait seulement quelques gouttes de pus. Des injections phéniquées, des attouchements avec une solution au chlorure de zinc échouèrent. Ce fut là un desideratum de mon opération, et peut-être cette suppuration légère, qui venait de l'espace intercondylien, a-t-elle été difficile à tarir.
Néanmoins, le moignon avait une très bonne conformation, La rotule, ankylosée en avant des condyles, ne gênait pas lorsque le malade appuyait sur l'extrémité de son moignon. La cicatrice était fortement reportée en haut et en arriére. Le malade marchait commodément avec un pilon.
Résumé.
Les 852 affections du genou, analysées dans les chapitres précédents, se partagent en 267 affections traumatiques
n'ayant occasionné aucun décès, et en 585 affections organiques avec 12 morts.
Parmi ces 12 décès, j'en compte 6 sans intervention cliirurgicale et 0 après opération.
Les G malades qui sont inorts sans avoir été opérés ont succombé: 1 au ramollissement cérébral (obs. 135); 1 à la pneumonie des vieillards (obs. 138, n" 3); -4 à la tulîerculose pulmonaire (obs. 137, \\°' 1 et 2 et obs. 138, n"* 1 et 2).
Les 6 malades rnorls après avoir été opérés ont succombé : 1 à une broncho-pneumonie intercurrente (obs. 127) ; 1 à une tuberculose pulmonaire (obs. 130); 1 au coma uréraique (obs. 134) ; 3 à la septicémie existant antérieurement à l'opération (obs. 133).
Il en résulte que c'est toujoiu's la tul)erculose pulmonaire qui est la principale cause des décès, et qu'aucun des décès précédents ne peut être mis sur le compte de l'intervention opératoire.
Les opérations, au nombre de 170, comprennent 123 opérations sur les parties molles, et 17 sur les os.
Les premières, ponctions articulaires, arthrotomies, grattages de fongosités, incisions d'hygnunas, ablations d'hygrômas ou de kystes, redressements du genou pendant l'anestliésie, ont donné 4 cas de mort (obs. 127 et 133), dans lesquels le décès n'est certainement pas imputable à l'opération.
Les secondes, c'est-à-dire les 47 opérations sur les os (sutures de la rotule, ostéotomie sus-condylienne, ostéoclasies, résections du genou, amputations de la cuisse) ont aussi donné 2 décès accidentels (obs. 134 et 130). Ces 2 malades étaient guéris de leur opération, lorsqu'ils ont été emportés par une aflection intercurrente.
Voulant donner une statistique intégrale, j'ai dû citer ces cas de mort. Mais, en réalité, la mortalité opératoire des aft'ections du genou peut être considérée comme nulle.
D. — Cuisse (1).
Affections traumatiques.