XXI. — Résections du genou
16 résections. \ ^0 Hommes :7guéris, 3non guéris, J ^3 ^^^^^ / 6 femmes : 6 guéries. \
Toutes ces résections, sauf une, ont été pratiquées pour des tumeurs blanches très avancées, avec ostéite suppurée des extrémités articulaires. Dans 2 cas, les lésions étaient si graves que l'amputation de la cuisse s'imposait, mais j'ai voulu tenter la résection pour satisfaire les malades, qui ne pourraient se résoudre au sacrifice de leur membre. Ce fut en vain, la résection ne réussit pas, et il fallut tout de même amputer la cuisse. Dans un troisième cas, l'aflection tuberculeuse continua dans le foyer de la résection, et l'amputation de la cuisse devint indispensable.
Le seul malade, qui n'était pas affecté d'une tumeur blanche suppurée, avait une ankylose du genou à angle aigu à la suite d'une arthrite contractée pendant l'enfance. Sa résection donna un très beau résultat.
Ainsi donc sur 16 opérés, ily eutlSguérisonset 3 échecs opératoires nécessitant une amputation consécutive de la cuisse.
Les résections du genou auraient été beaucoup plus nombreuses, si j'avais voulu opérer les malades atteints de tumeurs blanches simplement fongueuses ou peu avancées. J'ai réservé cette opération pour les cas où tout espoir de
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guérison par ankylose était perdu, car j'estime que l'ankylose naturelle est un meilleur mode de guérison que la soudure osseuse consécutive à une résection.
Le procédé que j'ai suivi pour mes résections est à peu près le procédé ordinaire. Ischémie préalable du membre. Incisions concaves au-dessus et au-dessous de la rotule, de manière à enlever cet os avec le segment intermédiaire des téguments. L'articulation étant largement ouverte, flexion de la jambe pour détacher les ligaments latéraux de leurs insertions au fémur et au tibia. Luxation des condyles fémoraux en avant et section de ces condyles ou de Textrémité du fémur dans l'étendue convenable. Ensuite isolement et section de l'extrémité articulaire du tibia. Ces sections osseuses sont faites avec la scie, après avoir décollé le mieux possible le périoste.
Arrivé à ce moment de l'opération, je nettoie la cavité articulaire, avec la curette tranchante et les ciseaux, de toutes les fausses membranes, fongosités, dépôts purulents, qui l'ont envahie. Et pour que ce nettoyage soitplus complet, je fais irriguer continuellement le champ opératoire asxc un jet d'eau phéniquée.
Je me suis bien trouvé de réunir le tibia au fémur par une suture osseuse avec un gros til d'argent. Plusieurs points de suture à la soie ou au catgut réunissent ensuite les tissus fibreux et le périoste du fémur aux tissus semblables du tibia. Les téguments sont suturés avec des crins. Deux drains très courts sont placés de chaque côté entre les lèvres de l'incision.
Un pansement de Lister ou un pansement iodoformé est appliqué. Enlln une gouttière plâtrée est moulée sur le membre depuis le pied jusqu'à la partie supérieure de la cuisse. Le tube de caoutchouc produisant l'ischémie est alors enlevé. Il n'est pas besoin de lier les vaisseaux. La compression du pansement, la position élevée du membre, l'application de glace sur le genou suffisent à l'hémostase.
Dès 1885, j'ai reconnu les avantages de faire des pansements très rares (obs. 148). Le premier pansement n'est renouvelé qu'au bout de trois semaines ou un mois et même
plus tard. A ce moment, la plaie est cicatrisée, quelquefois dans toute son étendue.
H m'est arrivé 3 fois de trouver, au premier pansement, un spliacèle des lèvres de l'incision. J'attribue cet accident à l'action d'une solution trop concentrée d'acide phénique (à 5 p. 100; sur des tissus privés de circulation pendant la durée de l'ischémie opératoire. 11 vaut mieux, pour éviter cet accident, se servir d'une solution phéniquée plus étendue.
La durée moyenne de la guérison, depuis l'opération jusqu'à la sortie de l'hôpital, a été de sept mois.
Chez plusieurs opérés la soudure osseuse n'a eu lieu que tardivement, et chez 2 d'entre eux, elle n'avait pas eu lieu au bout d'un an et sept mois, et au bout de deux ans et demi ; ils marchaient avec un appareil en cuir maintenant la rigidité du genou.
Les résections du genou n'ont occasionné aucun décès.
Obs. 148. — Tumeur blanche du genou ; résection ; 'pansements très rares ; guérison. — D... (Amélie), couturière, ùgée de 20 ans, entre à la Pitié le 17 septembre 1884. Elle est affectée, depuis son enfance, d'une tumeur blanche du genou gauche avec luxation du tibia en arriére et flexion de la jambe à angle obtus.
Pendant plusieurs mois, je soumets la malade à l'extension continue et à l'immobilisation, afin de redresser le genou et d'obtenir une guérison par ankylose. Mais, ayant complètement échoué, je propose à la malade de lui faire la résection du genou.
Le 3 février 1885, la malade est endormie par le chloroforme. Deux incisions, passant au-dessus et au-dessous de la rotule, viennent se rejoindre sur les faces latérales du genou. L'articulation étant largement ouverte, j'enlève avec la scie les condyles du fémur et un plateau sur l'extrémité supérieure du tibia. Avec un perforateur, je passe à travers l'extrémité inférieure du fémur et à travers l'extrémilé supérieure du tibia un gros fil d'argent, qui est serré et tordu à la partie antérieure du membre et qui maintient le contact des surfaces osseuses
sectionnées. Suture des lèvres de la plaie. Pansement de Lister et application d'une gouttière plâtrée, largement échaucrée au niveau du genou, pour permettre les pansements.
Le premier pansement fut fait le 25 février, plus de trois semaines après ropération. La plaie était réunie par première intention.
Le 27 avril, la gouttière plâtrée fut enlevée. La soudure osseuse était complète. Le membre était droit.
Le 18 juillet, sortie de l'hôpital. Amélie D... commençait à marcher sans béquilles et sans canne.
Obs. 149. — Ankylose angulaire du genou \ réseciion ; guérison. — Eramelina T. . ., âgée de 33 ans, fleuriste, entrée à la Pitié le 12 juin 1891, porte une ankjiose du genou gauche.
A l'âge de 17 ou 18 ans, elle a été soignée par Gosselin pour une tumeur blanche grave du genou. La tumeur blanche s'est guérie par ankylose avec flexion de la jambe. La malade boitait beaucoup en marchant.
Emmelina T... supporta cette infirmité jusque dans ces derniers temps, parce qu'elle ne souffrait pas. Mais, depuis quelques semaines, le genou était devenu douloureux, et le membre ne pouvait plus supporter le poids du corps.
La -jambe est immobilisée sur la cuisse en quart de flexion. La rotule est fixée sur la trochlée fémorale. Tout le membre est atrophié. Par une sorte de rotation du tibia selon son axe, le pied est tourné en dedans.
Le 22 juin, résection du genou par le procédé que j'ai indiqué. Seulement je ne fais pas la suture osseuse. Je me borne à suturer le périoste avec le catgut.
Le 10 juillet, 1" pansement avec la gaze iodoformée. La réunion est immédiate.
Le 31 juillet, 2'= pansement. Les lèvres de la plaie présentent une petite tramée bourgeonnante.
Le 24 août, 3« pansement.
Le 31 septembre, Emmelina T... va en convalescence à l'asile du Vésinet. Le membre est encore maintenu dans un appareil silicate.
Revue le 28 octobre, son genou était très solide, sa jambe
était dans la rectitude. Elle marchait sans boiter avec un soulier à haut talon.