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Stèles funéraires marocaines

Une chose surprend lorsqu'on parcourt les beaux cimetières musulmans de Salé et de Rabat: c’est la multitude des dalles ornées et la variété des combinaisons ornementales que les tailleurs de pierre y ont prodiguées, sur des thèmes décoratifs, à la vérité peu nombreux, mais dont ils ont souvent tiré un heureux parti.

| Ces cimetières sont d’origine ancienne. Ils sont établis sur des

dunes de sable, plus ou moins consolidées (fig. 1-2) ; et la tradition, du moins à Salé, rapporte que ces dunes se sont accrues au cours des siècles, accumulant sur les vieilles tombes primitives de nouvelles couches de sable, dans lesquelles les générations suivantes auraient ménagé de nouvelles tombes. On prétend qu’il y aurait ainsi, en certains endroits, plusieurs couches de tombes superposées. De fait, notamment sur la crête de la dune de Salé, aux environs de Sidi Hicham, des dalles de grandes dimensions sont enterrées presqu'au sommet dans le sable. Des. fouilles profondes présenteraient des stèles funéraires de types anciens et, même peut-être, anté-islamiques, qui éclairciraient bien des problèmes, celui de l’évolution des rites (peut-être, par exemple, l’origine de la sépulture sous coquillages marins) (1), celui aussi de l’évolution des motifs décoratifs, entre autre du thème de la palmette, dont on trouve de beaux exemples à Salé, Inutile de dire que notre vœu est, en l’état actuel, tout platonique.

- (4) Ge rite fort curieux est pratiqué à Salé d’une façon constante. Le champ ovale ou rectangulaire de la tombe, circonserit par des pierres, est garni tout entier d’une couche de moules (unio) que l’on trouve sur place, dans les amoncellements impressionnants des déchets que laissent les pêcheurs de moules sur la dune de la Msalla. LAOUST, Pécheurs berbères du Sous (Hespéris, 2° trimestre 1923). — Cf. P. Parzary, Nole sur quelques coulumes carthaginoises, dans Revue Tunisienne, 1914.

ND

Cependant, telles qu'elles se présentent à nous, les stêles de nos cimetières offrent déjà un intérêt considérable, que l’on n’a pas encore suffisamment souligné (1).

Elles valent la peine d’en faire une étude spéciale dont le présent mémoire n’est que le début.

Les remparts, en grande partie du xiri® siècle, qui coupent en deux l’ancien cimetière de Salé, sont bien postérieurs à la consécration du cimetière. Ils datent d’une époque où la défense de la ville passait en premier plan et où le respect religieux des morts était très sensiblement oblitéré. Les dalles des sépultures violées ont été utilisées dans la construction des murailles, ce qui laisse supposer que les sépultures y étaient déjà anciennes (fig. 3).

Indépendamment des cimetières maritimes de Rabat (El ‘Alou) et de Salé (Sidi Hicham et Sidi ben ‘Achir), d’autres cimetières de ces deux villes contiennent des stèles intéressantes pour notre sujet. À Rabat, la vaste nécropole du Chella en contient de fort curieuses, bien que beaucoup dénotent une contamination des types dont il serait intéressant de rechercher l’origine. À Salé, le cimetière situé sur le plateau, autour de Sidi Bel ‘Abbès, des deux côtés de la route de Tiflet, contient des stêles archaïques, traitées dans un style tout à fait particulier. À Salé également, le petit cimetière de Sidi ‘Abdallah ne doit pas remonter au delà de l’érection du marabout lui-même, c’est-à-dire deux cents ans environ.

Les sépultures sont quelquefois groupées et ceintes de murettes formant une sorte de haouita où il n’est pas rare de rencontrer une niche en arceau (2) ou en triangle pour les offrandes d’encens, de ben-

(4) MairroT (A). La suroie des symboles dans P Afrique du Nord (Recueil des Nolices el Mémoires de la Sociélé archéologique de Constantine), 10° vol. de la 5° série, pp. 105-124. C'est le seul auteur qui ait signalé jusqu'ici l'importance archéologique des cimetières nord-africains. 11 s’est surtout occupé de l'étude des décors qui recouvrent certaines stèles, mais on ne peut loujours le suivre dans lPinterprétalion qu'il en donne. Il à toutefois bien vu le caractère anthropomorphe de Pare inscrit des stèles tabulaires des cimetières marocains.

(2) Ces niches, parfois (comme à Rabat, El Alou, où elles sont fréquentes), prennent un développement plus considérable. La sépulture est circonscrile par une murette bâtie, et du côté de la tête est construit un arceau de maçonnerie, assez profond, joignant les deux parois latérales de la

tombe et abritant l’autel à benjoin.

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