INTRODUCTION
join ou de luminaire (fig. 4-5). L'une de ces haouïila familiales, à Salé, en dehors des remparts et près de Bab Djedid, porte le nom de Lalla ould ‘Achra, la « Mère aux dix enfants ». |
Les stèles de toute une aire du même cimetière de Salé, situées en dehors des remparts, à l'extrémité de l'embouchure du Bou Regreg et près de la Skala (bastion) de Moulay Abd-er-Rahman, sont brisées jusqu’à ras du sol, comme fauchées (fig. 7). Ce sont les témoins non douteux d’un bombardement de la côte, très probablement celui du 26 octobre 1851 (1). Ce quartier était peuplé de sépultures anciennes avec des stèles rectangulaires de grandes dimensions, du beau type dont nous reparlerons plus loin.
En étudiant de près nos cimetières, on parvient — ce qui du reste s'explique très bien — à distinguer des quartiers correspondant à des différenciations de types et certainement d’époques diverses. Extrèmement rares cependant sont les sépultures portant une inscription et datées. Mais par une comparaison méthodique avec l’évolution du décor d’après les monuments connus, il sera possible de serrer d'assez près la question.
H faut tenir compte de ce fait que les ma‘alem qui sculptent ces dalles sont très généralement des artisans du peuple qui imitent de loin, et avec du retard, les types consacrés. Le métier de lapicide s’est, comme tous les petits métiers, développé localement. Les poncifs inventés par un ouvrier habile se sont transmis, de père en fils, pendant des générations, sans être modifiés, sauf altération par maladresse. Il faudrait étudier les types et leur développement sur place : chose impossible, car nous ne savons à peu près rien de ces petits métiers dans le passé.
Il y a eu toutefois, c’est visible, des générations de tailleurs de pierre-en possession d’une technique sûre, d’un goût développé et d’une tradition de beau style. Il suffit de citer les belles dalles de Sidi Hicham et quelques dalles de Sidi ben ‘Achir.
+ Nous allons, dans ce premier mémoire, passer en revue les diverses
. (4) L. Brunor, La Mer dans les lraditions el les industries indigènes de Rabat el Salé, p. AT.
formes de stèles que l’on rencontre à Salé et à Rabat et les thèmes décoratifs les plus usités.
.Nous examinerons ensuite, avec plus de détails, un type très particulier, la stèle discoïdale à épaulement et son dérivé, la stèle à arc inscrit. 4
= DIFFÉRENTES FORMES DE STÈLES
Une observation très générale et importante, c’est que ces stèles, dressées verticalement et orientées sensiblement vers la gibla, vont toujours par paires, rappelant le rite funéraire orthodoxe qui exige deux mchahada, deux témoins, limitant le champ de la sépulture du croyant : l’une plantée à la tête, l’autre aux pieds (pl: V). Mais nos stèles ne sont pas les vrais témoins rituels ; elles ne font que doubler ceux-ci puisqu’elles sont placées en arrière de chaque mchahed en bois découpé (1) que l’on retrouve sans exception dans toutes les sépultures (fig. 9-11) : les deux dalles apariées sont de même forme, mais non toujours de décor identique (2). Elles sont presque toujours anépigraphes.
Toutes sont prises dans un calcaire mollassique à gros grains, qui se scie et se taille très bien, mais qui s’altère facilement. On en trouve de nombreuses carrières à Salé, dans les environs même des cimetières ; et, à en juger par plusieurs caisses d'emprunt, situées sous les remparts
ou au bord de la mer, on a dû en extraire et en tailler sur place selon le.
(1) Les témoins en bois sont généralement placés le jour mème des funérailles, et les stèles beaucoup plus tard. Ce sont des planchettes grossières de 0,30 sur 0,10. Le témoin planté du côté de la tête a son extrémité arrondie, ou ovalisée, ou sciée en forme de losange, et figure la tête du cadavre. L'autre, divisé en son milieu par une entaille en V, représente les pieds. L'un et l’autre n’ont pour tout ornement que des entailles en dents de scie faites sur les côtés. Exceptionnellement, on a relevé au cimetière de Chella un seul spécimen de planchettes différemment ornementées et de dimensions plus grandes, 0,70 X°0®,15 (pl. VI).
(2) L'usage des dalles verticales, comme celui des plates-tombes, est limité à certaines régions: A Fès, à Tlemcen, à Blida, on trouve les deux usages associés (v. plus loin).
procédé bien connu encore employé pour l'extraction des meules de moulin (1).
L'impossibilité de dater d’une façon certaine ces monuments constitue une difficulté sérieuse pour l’étude de l’évolution des formes et des décors. Nous nous contenterons, faute de mieux, d’en établir une classification d’une valeur purement descriptive, Sous ce point de vue, on . peut les ramener à quatre grands types :
À. Stèles tabulaires.
B. Stèles à gradins.