SCENE IV
STELLA, EBNEST.
Ernest est resté sourd et insensible à tout ce que lui • Hi d’Osborn, il n‘a pas quitté la position qu’il avait prise les derniers mots seulement l'ont frappé.
ernest. Aujourd’hui àdeuxhcnres!(.V/e//o, qui s'était assis’’ sur les marches placées devant la croisée, écoute au fond pour s'assurer que d'Osborn et Burl s'éloignent, puis elle
* D’Osborn, Stella, Burl. Ernest.
•' Stella, d'Osbern, Burl, Ernest.
MAGASIN THEATRAL
revient et re gante Ernest , elle semble comprendre en un instant tout ce qu'il a dit souffrir. Il se lier.) Oui, ce moment sera celui du supplice de Firbach... I)e Firbach que je tuerai, moi, par la main du bourreau..
( Traversant la scène.) Non, barbares, je ne vous donnerai pas le spectacle de mon désespoir... Au lieu d’un cadavre vous en aurez deux !i mettre aux pieds de Frédéric. La mort, c’est aussi la liberté, et je puis mourir...
Mourir par un suicide... par un sacrilège...
O mon Dieu ! l’épreuve que vous m'envoyez est au-dessus de mes forces... Mon Dieu, préservez-moi du blasphème et du dé- •espoirl
Il tombe accablé sur 1a chatte! placée prés du bahut; Stella s'approche de lui, s’agenouille et dit d'une voix
douce.
Stella. Oui , mon Dieu , donnez-lui le courage de la résignationl
ernest, la regardant avec surprise. Qui es-tu donc, toi, qui pries pour moi?
Stella, plus bas. Votre nouveau gardien.
eunest. Toi, dont le cœur devait être sourd à la pitié, dont la bouche était muette, me disait-on? Ce gouverneur me Irumpait donc encore?
Stella. N’on... il me croit muet... C’est moi qui l’ai trompé.
ERNEST. Pourquoi?
Stella. Pour vous sauver.
ERNEST. Mc sauver! Mais qui a pu t’inspirer un semblable dessein ?
STELLA. Mon cœur.
ernest. Tu ne me connaissais pas? Qui t’envoie ?
Stella. Personne.
ernest. D’où viens-tu ?
STELLA. De bien loin.
ernest. lit qui t'a fait pénétrer dans celte forteresse ?
STELLA. Un miracle.
ernest, se levant. Cher enfant , qni que tu sois, je te bénis... et je t’airne; mais je ne te laisserai pas pousser plus loin ta périlleuse eu l reprise , je ne laisserai pas se dresser de U* u vi’.ii. iiour toi l'échafaud de Firbach, tu miot.urts à ton généreux dessein.
STEle». Jamais.
ERNisr. N'as-tu pas entendu cet homme tout à l'heure ? il te condamnerait comme il a condamné Firbach, il te tuerait comme il va le tuer.
Stella. Je vous dis que je suis venue ici pour vous sauver ou mourir.
ernest. Si ce n’est pas Dieu qui t’a choisi parmi scs anges, c'est une femme qui t’envoie... Et celte femme, c’est Marie de Rit— ersdurf.
Stella. J’entends prononcer ce nom pour la première fois, j’ignorais même le vôtre il y adeux mois... Je vivais heureuse cl calme au fond de la Poméranie, quand tout à coup lasainie mission que je devais accomplir me fut révélée. Pour toute famille je n’avais qu'une digne femme qui m’appelait sa fille.
Cette femme m’apprit un jour qu’elle n'était pas ma mère, qu’elle avait adopté la pauvre Stella.
ernest. Stella!.. Stella!..
Stella. Ce nom.. .
ernest. Tu ne sais pas quel souvenir il réveille. Ce nom est celui qui revient sans cesse à ma pensée, sur mes lèvres; tu le trouveras gravé mille fois sur ecs triste»
murailles. Stella.. . c’est mon enfant, ma fille, entends-tu bien ? C’est le secret de ma résignation, de mon courage. C’est l’espoir de ma captivité. Dieu, qui m'a fait père, ne peut me laisser mourir sans que j’aie vu mon enfant, ne fût-ce qu'une fois, pour tout ce que j’ai souffert ; Dieu me donnera l’ineffable bonheur d’embrasser, de bénir ma fille. Oh!
je crois il ce bonheur, j’espère cette joie, car Dieu est juste et bon.
STELLA, tombant à genoux. Oui, Dieu est juste et bon, rcmcrciez-lc, mon père, et bénissez votre enfant.
ernest. Oh ! regardc-nmi, parle-moi, rar ma raison s’en va. Tu te nommes Stella, c’est un jeu du hasard , de la Providence...
Mais tu n'as pas dit... je u’ai pas entendu... j'étais fou... et pourtant tu pleures, tu m’embrasses.
stella. Mon père 1
ernest. Ma fille! ma fille! [il l'embrasse.) Quelle autre aurait pu sedévouer ainsi?... Ma fille I oh! laisse-moite regarder, laisse-nmi baiserton front, tesmains... Oh! oui, le voilà bien telle que je te voyais dans mes rêves. Oh! non, tu es plus belle encore i Qu’as-tu, grand Dieu! tu pâlis... tu chancelles,
Stella. Rassurez - vous... je ne souffre pas... Mais tant d'émotions... je suis si heureuse !
ERNEST, la faisant asseoir près du bahut.
Place-toi là , mon enfant , tes mains sont glacées, et je n’ai que mes baisers et mes larmes... En agitant cette cloche on viendrait.
stella, te retenant. Qu’allez-vous faire ?
ernest. Appeler du secours.
stella. Oli ! vous nous perdriez tous deux.
Pour tout le monde ici, je suis llcrinann le muet, flermann l'idiot. Oit! rassurez-vous, [se levant) je suis courageuse et forte. Si vous m'avez vue faible devant le bonheur, le danger 1 me rendra toute mon énergie.
STELLA
ERNEST. Dévouement sublime !
Stella. Qu’iii-je donc fait que toute autre n’eût tenté à ma place? En m’apprenant le secret de ma naissance, on médit : Ton père existe, il languit depuis seize ans dans une prison d’état : il était innocent, et on l'a jeté dans un cachot sans l'entendre. Je me suis souvenue alors d’une pauvre jeune fille qui, sans appui, sans argent, sans ressources, avait fait à pied deux cents lieues pour venir au secours de son père. Comme elle, j’ai mis ma confiance en Dieu, et je suis arrivée. Elle a arraché son père à la mort; moi, je briserai vos chaînes.
ernest. Oui, Dieu achèvera son œuvre, nous sortirons tous deux de cet enfer, et pour récompenser ton admirable courage , je te donnerai plus que mon amour, plus que ma bénédiction. . . Enfant, mon cœur me le dit, je te rendrai ta mère !
Stella. Ma mère !
ernest. Oui, ta mère, à laquelle on t’a enlevée sans doute, ta mère qui nous pleure et nous aime. Demain, Stella, demain nous serons libres. Depuis trois mois je travaillais jour et nuit à me frayer une route. J’avais appris par Firbach qu’au fond tic cette alcôve, derrière un mur épais, devait se trouver une porte en fer; celte porte ouvrait autrefois sur un escalier dérobe conduisant à une partie du château habitée seulement par des femmes. De ce côté, la surveillance est presque nulle, car tout le monde ignore que celte communication existe entre les cachots elles étages supérieurs. A l’aide d'instruments que m'avait fournis Firbach, je suis parvenu à détruire la muraille qui défendait la porte.
Chaque soir Firbach emportait avec lui quelque pierre réduite en |ioudre, enfin la porte de fer fut découverte ; tiens, la voilà. ( Tout en parlant il a retiré le lit , lu tapisserie, et montre la porte.) Cette tapisserie, qu'on n'a pas songé à soulever, recouvre et cache l’ouverture que j'ai pratiquée. (Il tire du matelas quelques outils.) Avec ces outils, tout faibles qu'ils étaient, j’ai renversé celte épaisse muraille. Avec cette lime j’ai coupé les gonds de cette porte. Encore quelques heures de travail et cette porte tombera à son tour.
Firbach devait me guider au sortir de cette chambre. [Il remet les outils sous les matelas.) Arrivés sur le parapet, une corde faite avec la toile de mes draps et la laine de mes matelas devait nous aider à descendre dans les fossés ; une fois là, disait-il, nous étions sauvés.
Stella. Et celte corde ?
ERNEST, avançant le bahut et tirant la corde cachée derrière. La voilà I
STELLA. Ecoutez.
On entend un roulement de Umbour.
ernest. Pourquoi ce bruit ?
Stella. Il rst deux heures peut-être.
ernest. Deux heures... et Firbach...
Stella. Silence! on vient! Du courage, mon père ; cette épreuve sera la dernière.
ernest. Si on venait nous séparer, oh !
que je t'embrasse encore une fois.
Stella se jette dans les bras de son père, pois s’en éloigne brusquement et reprend aussitôt sa physionomie et l’attitude qu'elle avait en arrivant. Elle se place près de ta cheminée.
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