‹ Stella et VanessaChapitre 49 sur 50 · Gonttroit loug Henri II · texte numérisé non relu

Gonttroit loug Henri II

TÂNGRÊDE DE ROHAN. SOo

quelques flambeaux jettent un reflet triste et blafard sur la jeune fille évanouie , sur le lit funèbre , sur le cadavre , et les vents pleurent au dehofs comme les âmes de ceux qui sont morts la veille !

A la voir ainsi, muette, Toeil sec, le visage pétrifié, pour ainsi dire, dans son expression effrayante et fixe, il n'existerait pas un cœur qui ne se brisât de commisération et de terreur !

Il est des angoisses infinies qui font concevoir celles de l'Homme- Dieu, quand toutes les douleurs humaines, depuis la création, s'amoncelèrent sur lui.

Cette femme aussi portait un monde de misères : tout ce fardeau de souffrances sans nom, d'espérances détruites, de race tuée en un seul coup, de longues infortunes couronnées par une affreuse et dernière catastrophe, qui pesait à la fois sur sa tête de veuve, qui se résumait dans sa douleur de mèret

Qui pourrait dire jusqu'à quelles profondeurs mystérieuses le malheur enfonça dans cette âme ses griffes aiguës, quels secrets trésors de désespoir il arracha ded entrailles de cette femme, durant les longues heures de cette nuit de désolation? Une idée atroce, infernale, tortura l'infortunée : elle alla jusqu'à s'imputer la mort de son fils, jusqu'à se reprocher d'avoir nourri dans son âme les passions héroïques dont il lui eût été impossible de tromper Vïn-^ stinct impérieux.

Tout à coup ses regards, incessamment fixés sur les restes de son fils, crurent voir, aux vacillements incertains des flambeaux^ remuer la tête de Tancrède.

Elle s'élança au chevet de son lit, éperdue, folle :

c Mon enfant, mon cher enfant t il n'est pas mort! Non, Dieu ne pouvait être si cruel I Je sentais bien que je ne pouvais l'avoir perdu ainsi ! Tancrède, éveille-toi ! réponds-moi donc! Ah I... *

L'illusion était déjà détruite : elle vit bien que l'enfant était à jamais immobile I >

c Non, malheureuse ! il est mort j mort, entends-tu ? Il ne se réveillera pas \ >

Son oeil égaré s'arrêta sur Glaire :

c La voilà, celle qui partageait sa tendresse avec moi t Oh ! elle dort, elle t Mais non , je suis injuste , elle est morte I La voilà bien heureuse 1 Glaire , va aussi prier Dieu de m'àppeler auprès de vous tous! >

Un long gémissement lui apprit que la jeune fille n'avait pas encore quitté cette vallée de larmes, et Claire sortît de son évanouissement pour reprendre le sentiment de son malheur.

Quand on vint chercher le corps pour l'embaumer, Glaire déposa

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un dernier baiser sur le front glacé de Tancrède ; puis elle défaillit ^ en balbutiant : a Au revoir l >

Elle ne se réveilla que dans le délire d'une fièvre ardente.

La duchesse avait rassemblé toutes les forces de son àme pour ce dernier adieu : elle s'avança en chancelant vers le cadavre, le serra longtemps sur son sein :

c Adieu!... mon enfant!... mon brave. enfant!... Tu es mort comme ton père.... frappé en face, ainsi qu'il convenait au dernier duc de Rohanl... Tu ne reposeras pas dans cette terre de malheur, loin des ossements de ton père!... Tu iras dormir près de lui à Genève, en altendant que je vous rejoigne tous deux! >

Et il disparut pour jamais à ses yeux.

Glaire ne se releva pas de ce coup : elle languit quelques mois, et ne tarda pas à rejoindre son ami dans un monde meilleur.

Mme de Rohan fut moins heureuse : l'énergie de sa constitution prolongea ses souffrances ; et puis, le chagrin est comme le poison : quand on s'est familiarisé avec lui par l'habitude de longues années, il devient difficile d'en mourir.

Elle alla conduire elle-même le corps à Genève, et fit ériger à Tancrède un tombeau près de celui du grand duc Henri, avec cette triste et touchante épitaphe :

Tàncrbdus, rohani dugis filios,

HiG SITUS EST, Qui PATERNiE VIRTUTIS

Et tanti nominis

VeRUS HiERBS,

Pro Parisiensibus obsessis,

Anno 4649, iSSTATis sujE 49,

Fortiter dimicans,

Globo plumbeo tbansvbrberatus

CsCIOITp

GbNTIS SUiE FATO POTIUS QUAM SUO,

OSTBNSUS TBRRIS TANTUM.

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