‹ StellaChapitre 1 sur 3 · LIBRAIRIE DE L HACHETTE ET C · texte numérisé non relu

LIBRAIRIE DE L HACHETTE ET C

BOULEVABD SAINT-OEBMAIN, N<> 77

Droit de traduction réterré

m: ^ s CES TJ R.

Quand tu étais jeune fille, tu me disais souvent :

(L Si tu fais jamais des livres^ tâche que je puisse les lire, »

Dans ce temps-là, tu apprenais THistoire de France de M. Le Bagois, qui ne f amusait guère, et moi le Gode dvil de M. Duranton, qui ne m'amusait pas.

Depuis, jl'ai fait des livres, quand il m'était, hélas ! si facile de n^en pas faire, et j'ai essayé de raconter, en des pages qui eurent du moins le mérite d^être sincères, quelques-uns des mystères du cœur. Cest ce que les gens sérieux appellent de la littérature légère.

Mais je n'ai point oublié tes paroles : elles me sont

restées toujours présentes, et elles auraient suffi à m^em-

pêcher d'écrire une ligne qu'il m^eût fallu effacer plus

tard. — Pour que tu pusses me juger, je n'ai peint que les

honnêtes femmes, sans me demander s'il y en avait d'au^

très; elles m'ont porté bonheur en me lisant quelquefois :

je n'ambitionnais pas fie plus chère récompense^ et si je Vai obtenue, c'est toi que j'en remercie.

Ne crois point cependant que je t'aie rien sacrifié.

Un poète célèbre a dit :

« Celles-là aiment bien, qui aiment dans la crainte et le péché. ]!>

Mais grâce à Dieu, ces amours maudites ne sont pas les seules amours. Le drame des passions, que racontent nos romans, se joue aussi dans les cœurs purs ; car la passion n'est pas moins grande parce qu'on lui résiste : au contraire! Qui se contient s^ accroît, c^est la règle étemelle, U énergie qui lutte nous offre un plus noble spectacle que la faiblesse qui s'abandonne; il fait bon regarder le combat du Devoir et du Désir dans une âme. Il émeut parfois; il ne corrompt jamais.

Prends donc avec confiance le livre que je t'offre comme un souvenir et comme un gage de cette mutuelle affection née avec nous, et qui n^a fait que grandir ; et pendant que tes beaux enfants jouent à tes pieds parmi les fleurs, tourne ses pages, en songeant à celui qui^ loin de toi depuis longtemps déjà, porte le poids du jour.

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