EDMOND CARDON
Avant d’étre adjoint aux commissaires des guerres, Cardon devait étre, comme I’avait été Pierre Daru, éléve commissaire, et ce fut cet emploi que sa mére sollicita pour lui. Elle mit en jeu l’influence de Berthier et celle de Joséphine Bonaparte. Déja le 17 mai 1799 elle écrivait 4 Barras qu’elle avait donné tous ses soins a |’éducation de son fils, qu’il avait passé deux ans 4 l’Ecole centrale de Seineet-Oise, que la moralité de ses principes et son attachement au souvernement promettaient en lui un sujet distingué. Par deux fois, le 29 novembre et le 16 décembre, elle écrivit 4 Berthier que son fils était avancé dans les mathématiques et savait la langue anglaise; Joséphine apostilla la premiére lettre : « Recommandé particuli¢rement au ministre de la guerre», et Jolgnit a la seconde
le billet suivant:
Paris, 25 frimaire an 8.
Vous m’obligerez infiniment, citoyen, de procurer au citoyen Edmond Cardon la place qu’il demande. Je suis liée avec sa mére. Vous me mettriez A méme de lui donner une marque d’amitié en étant utile A son fils. Je suis avec des sentiments distingués
Joséphine Bonaparte.
Le 22 décembre, sur le rapport de Petiet, Gardon fut nommé a une place d’éléve commissaire des guerres et admis 4 exercer sans appointements les fonctions attribuées 4 cet emploi prés du commis-
saire-ordonnateur Lefeuvre. Quelques mois plus tard, le 3 avril 1800, il devint adjoint provisoire aux commissaires des guerres et aide de camp de Carnot, ministre de la guerre. II accompagna Carnot dans son voyage 4 l’armée du Rhin et 4 l’armée de réserve. Le 23 septembre suivant, il était promu adjoint aux commissaires des guerres et employé prés de Dubreton, ordonnateur de la 17° division militaire. Mais il avait esprit inquiet et changeant. Le métier de riz-pain-sel le rebuta, et il déclara soudain qu'il « préférait ’état militaire a la partie administrative ». Le 2 novembre 1800, il était nommé sous-lieutenant au 12¢ dragons et employé comme aide de camp prés du général de brigade et inspecteur des fortifications Carnot-Feulint; il a, disait ce dernier, « toutes les qualités propres a faire un excellent officier soit d’état-major, soit de troupes a cheval ». Mais Carnot-Feulint cessa d’appartenir a l’étatmajor général de l’armée le 28 mars 1802, et Cardon fut, sur sa demande, admis au traitement de réforme. Un riche mariage’avec une cousine des demoiselles Auguié le fit sortir pour toujours de Varmée. Il pria le ministre daccepter sa démission, et Ney, devenu son cousin par alliance, appuya sa demande : « Veuillez, écrivait Ney le 30 janvier 1804, m’obliger dans la personne d'un de mes cousins qui présente sa démission de sous-lieutenant. Un mariage considérable quwil doit contracter sous huit jours loblige d’étre libéré du service militaire. Cette considération sera pour moi le service le plus essentiel et dont je me rappellerai toujours avec le plus grand plaisir. » La démission de Cardon fut acceptée le 2 février suivant. Quatre ans plus tard il entrait dans l’administration. Il fut, le 24 mars 1808, nommé membre du conseil de préfecture du département du Pas-de-Calais avec cette mention : « Propriétaire considérable, capitaine de la garde nationale, jeune homme capable et instruit, ayant ’honneur @appartenir a M. le maréchal Ney qui le recommande. » Le 1 aoat 1810 il devenait, comme Beyle, auditeur au conseil d’Etat. Sous-préfet de Varrondissement d’Arras (14 janvier 1811), il fut remplacé 4 la premiére Restauration. Durant les Cent-Jours (23 mars 1815) il demande a ne pas retourner a Arras, «vu le peu d’importance de la place et l’extréme travail auquel elle assujettit ». Selon Beyle, il se brila la cervelle lorsqw il sut l’arrestation de Ney. « Il n’était compromis en rien; ce fut exactement folie éphémére causée par lextréme vanité de courtisan de s’étre vu un maréchal et un prince pour cousin. » II avait été fait baron de Montigny et, aprés avoir prouvé qu’il avait 34,800 frances de revenus, autorisé a fonder un majorat auquel il promettait d’affecter six fermes et leurs terres situées dans les arrondissements de Watten, Furnes et Hazebrouck.