‹ Stendhal-Beyle;Chapitre 56 sur 74 · LETTRES DE · texte numérisé non relu

LETTRES DE

Toutes les lettres qui suivent, signées par Saint-Vallier, sont écrites par Beyle, et sans doute il en est l’auteur, car elles ont I’allure plus aisée, plus rapide que les lettres écrites par Saint-Vallier.

Au duc de Feltre.

Grenoble, 12 janvier 1814.

Outre les embarras que nous donne le voisinage de l’ennemi, qui tous les jours fait le coup de fusil a nos avant-postes d’Annecy, j’en éprouve encore un fort grand par la difficulté de savoir ce qu’il est a propos de faire des 1,780 hommes formant les garnisons de Barraux et de Grenoble. Ces troupes sont réunies a Chambéry pour couvrir entrée de la vallée de l’Izére (sic) et la route d’Italie par le Mont-Cenis. Cette route me semble d’autant plus importante que les pas du Simplon et du Saint-Bernard sont occupés.

Votre Excellence, par sa lettre du 8 janvier, prescrit au général de La Roche de mettre a Vabri d’un coup de main les places des Hautes-Alpes et surtout de ne pas laisser prendre Barraux et Grenoble. Ges deux places exigent une garnison de 1,800 hommes. C’est tout ce que nous avons.

M. le général Musnier, par sa lettre du 11 janvier, demande que nous envoyions nos 1,780 hommes au Pont-d’Ain. Ge général agit,

dit-il, en vertu d’ordres de Votre Excellence, en date des 3, 4 et 6 janvier. -

L’esprit de Vancienne Savoye n’est rien moins que sur. Il est extreémement probable que quarante-huit heures au plus aprés le départ de nos 1,780 hommes, Barraux sera pris comme le fort UEcluse. Or il y a & Barraux 48 pieces de canon; a Grenoble il y a 150 picces de canon et de grands magasins Vhabillement.

Votre Excellence veut-elle que nous embarquions tout cela sur VIzére et que nous abandonnions le Mont-Blanc et l’Izére?

Les demandes de M. le comte Chaptal et de M. le général Musnier sont si réitérées et fondées sur des ordres qui paraissent si précis

que jallais mettre en délibération ce parti extréme lorsque j’ai vu la lettre que Votre Excellence a adressée le huit janvier au général La Roche; nous restons donc par conséquent dans notre position Jusqu’a de nouveaux ordres de Votre Excellence.

Le général La Roche me mande qu’il est toujours malade. Je vous prie, Monsieur le duc, de me mander ce que je dois faire, et vous engage a prendre en grande considération mes précédentes lettres a cet égard. Je vous observe que le général Marchand est sur les lieux, plein de zéle et me secondant de tous ses moyens. Il y

aurait beaucoup plus d’ensemble s’il commandait aussi la troupe de ligne.

Au duc de Feltre.

Grenoble, le 12 janvier 1814.

Monsieur le duc, il parait que l’ennemi recoit des renforts a Genéve. L’esprit de la Savoye est mauvais; nous n’avons que 1,780 hommes pour défendre toutes les places des Hautes-Alpes et le Dauphiné! J’ai done accepté avec empressement les offres de M. Armand Dubois, inspecteur des douanes. Je l’ai autorisé a former un corps franc de ses douaniers. D’aprés l’avis de M. le général Marchand, je leur ai donné deux piéces de canon.

Jai Vhonneur d’adresser 4 Votre Excellence une ampliation de Varrété organique des corps francs de M. Armand Dubois. Ce chef, ancien capitaine de cavalerie, a la croix de la Légion d@’honneur et parait zélé, ainsi que M. Vinet, qui dirigera son artillerie.

Dans les circonstances actuelles, ce corps franc peut rendre les plus grands services soit contre l’ennemi, soit pour relever par sa présence l’esprit public de la Savoye.

J’adresse 4 Votre Excellence un second arrété par lequel j’accorde les vivres de campagne a notre petite armée de 1,780 hommes. Ces jeunes soldats sont souvent au bivouac, et rien ne leur serait plus facile que de déserter. Les dispositions du pays, les montagnes et Vabsence de la gendarmerie leur rendraient la désertion trés facile. Il convient donc de les bien traiter et de leur payer exactement la solde.

Je mets enfin sous les yeux de Votre Excellence une lettre du préfet des Hautes-Alpes. Elle verra que l’artillerie des places de ce pays est en mauvais état, et argent nous manque. La situation des places des Hautes-Alpes deviendrait bien alarmante, si Vennemi acquérait la possibilité de s’en approcher. Le général Clément de la Rouviére nous a envoyé deux compagnies d’artillerie. Elles doivent arriver aujourd’hui a Briancon et Montdauphin. C’est bien peu.

M. le comte Chaptal a retenu 4 Lyon 3,000 fusils destinés 4 Grenoble, ott nous avons 150 piéces de canon, mais seulement 800 fusils. Nous sommes hors d’état d’armer les gardes nationales.

Le préfet des Basses-Alpes offre 1,000 hommes de gardes nationales qui défendraient avec plaisir les places qui les couvrent au nord, mais il n’a pas de fusils 4 donner 4 cette troupe.

Au duc de Feltre.

Grenoble, le 13 janvier 1814.

Monsieur le duc, les avis que je recois me confirment dans Vopinion que j’ai mise hier sous les yeux de Votre Excellence. C’est que si nous ne payons pas la solde aux 1,780 hommes formant les garnisons de Barraux et de Grenoble et actuellement devant l’ennemi, ces jeunes soldats se débanderont. L’esprit de l’ancienne Savoye est mauvais, et quoiqu il y ait du patriotisme dans le département de VIzére, notre conduite doit étre bien différente de ce qu elle serait, si Pennemi n’était pas a la frontiére. Je vous supplie donc, Monsieur le duc, de donner les :ordres les plus précis pour que la solde de retraite et la solde ordinaire soient payées de préférence a tout autre objet tant que l’ennemi se trouvera sur le territoire du Léman ou du Mont-Blanc.

Nous avons ici des soldats du 11° régiment qui n’ont pas de solde depuis plusieurs jours, ont épuisé leurs masses, les fonds de premiére mise, et enfin ne savent comment vivre. J’ai fait apeler (sic) M. Rostaing, inspecteur aux revues, et probablement me déterminerai a faire donner un petit accompte au détachement du 11°. Mais V’arrété que je pourrais prendre pour cet objet intervertira ordre des payements prescrits 4 M. le receveur général de lIzére. I] serait bien 4 désirer que Votre Excellence put obtenir un ordre précis pour assurer la solde.

Au duc de Feltre.

Grenoble, le 15 janvier 1814.

Monsieur le duc, Votre Excellence aura eu connaissance des alarmes qu’on a eues a Lyon et qui ne me semblent pas fondées. Il y a lieu de craindre cependant que si les fusils qui doivent nous arriver de Saint-Etienne passaient par Lyon dans de telles circonstances, ils ne fussent retenus.

Notre position peut étre bien déplorable. Nous avons 200 piéces de canon, nous aurons 10 ou 12,000 hommes de gardes nationales,

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et nous n’avons qu’un millier de fusils. Il serait bien triste que les braves Dauphinois fussent obligés de laisser l’ennemi pénétrer dans leurs vallées, faute de fusils. Votre Excellence sait que nous avons de la poudre et du plomb en abondance.

Je la supplie de donner des ordres précis pour qu’on nous expédie des fusils ou au moins des mousquetons. I] conviendrait que ces armes ne passassent pas par Lyon, ou il est possible qu’on les retienne. Il serait affreux de perdre le Dauphiné et un immense matériel en armes et habillement, faute de fusils. Les rues de la ville de Grenoble sont pleines d’hommes que nous ne savons comment armer. ;

Le receveur général n’a que 5,000 francs dans sa caisse. Les contributions ne se payent point. Les particuliers méme entre eux ne se payent pas ce qu ils se doivent. Nous ne savons comment payer la solde.

P. S. — Je prie Votre Excellence de prendre une décision prompte sur ce que je lui ai mandé relativement au remplacement du général La Roche, qui, vu son age et ses infirmiteés, est hors d’état de commander activement. Le général Marchand est sur les lieux et parait trés propre 4 remplacer le général La Roche.

Au duc de Feltre.

Grenoble, 15 janvier 1814..

Monsieur le duc, je fais fabriquer des cartouches a force. On va en expédier un grand nombre par Lyon. On a déja fait des moules de balles de tous calibres. Je remercie Votre Excellence de la nomination de M. le baron Fiereck; c’est un excellent officier plein de zéle et d’activité.

Mais les fusils nous manquent absolument.

La nouvelle de l’arrivée & Lyon des tétes de colonnes de M. le maréchal duc de Castiglione fait ici le meilleur effet.

A Montalivet.

Grenoble, le 15 janvier 1814.

... Comme on répandait des bruits alarmants sur Lyon, je viens d’inviter M. le baron Renauldon, maire de Grenoble, a faire sur le champ une proclamation, a la suite de laquelle on imprimera deux ou trois lettres particuliéres recues de Lyon et annoncant larrivée de M. le maréchal duc de Castiglione hier 14 a cing heures du soir.

‘Tous les deux jours, le maire de Grenoble fera une semblable proclamation. Elle sera placardée dans tout le département. Comme

on est assez méfiant dans ce pays-ci, j’engage le maire 4 prendre le ton le plus simple et le plus paternel.

J'ai lieu de craindre que les prétres dans le confessionnal n’agissent pas dans le méme sens que nous 3 Je vais tacher d’engager Monsieur l’évéque de Grenoble a publier un mandement sur la nécessité de se réunir au prince pour la défense de la patrie.

Au total, on pourrait tout espérer du Dauphiné, si nous avions quelques milliers de fusils.

J’ai Vhonneur d’adresser a Votre Excellence une ampliation d’un arrété que j’ai été obligé de prendre pour la suppression de tous les bacs établis sur le Rhone.:

Je regois la lettre de Votre Excellence du 11 janvier.

Au duc de Feltre.

Grenoble, le 16 janvier 1814.

Monsieur le duc, M. le comte Chaptal m’écritde Lyon du 15 janvier que cette ville est au moment d’étre occupée par l’ennemi.

Je m’empresse de donner avis 4 Votre Excellence, par la voie de Valence, que j’ai cru indispensable pour les intéréts de Sa Majesté de donner a M. le comte Marchand le commandement en chef de la 7e division militaire. L’arrété est ci-joint. Votre Excellence aura vu par mes lettres du 15 que le général baron de La Roche demandait a étre remplacé dans le commandement des troupes actives.

Le général Marchand vient de donner des ordres pour faire sauter, en cas de nécessité, divers ponts dont la destruction couvrirait Chambéry. Cette mesure était proposée par M. le général de La Roche.

Votre Excellence sait que nous avons ici 150 piéces de canon et seulement 1,000 fusils. Je vais évacuer par l’Izére sur Valence la partie de Vartillerie qui me sera désignée comme inutile par M. le général Marchand et le directeur de lartillerie Fiereck.

Malheureusement, nous n’avons pas dargent. Je viens d’écrire aux receveurs et payeurs de Grenoble de consacrer tous les fonds A la solde des troupes et a Vartillerie, et de ne rien payer sans mon autorisation.

Je m’occupe a réunir tout ce qui est possible de moyens de défense. dans les places des Hautes-Alpes. Je suis bien secondé. Nous ferons tout pour l’Empereur et pour la patrie.

Au duc de Feltre.

Grenoble, le 17 janvier 1814,

Monsieur le duc, mon collégue M. le comte Chaptal m’ayant écrit de Lyon le 15 qu’il était probable que l’ennemi allait occuper cette

malheureuse ville et quil ne fallait plus y envoyer de troupes, j’ai donné a M. le comte Marchand le commandement des troupes de la 7° division militaire. Cette mesure dont j’avais eu l’honneur d’entre-

‘tenir Votre Excellence dans mes lettres du 12 et du 14 du courant,

m’a semblé nécessaire au service de Sa Majesté. J’ai ensuite rassemblé un conseil de guerre dont j’ai lhonneur d’adresser le procés-verbal 4 Votre Excellence. Les avis y ont été unanimes sur tous les objets, méme sur la maniére de défendre Grenoble. On a reconnu quwil fallait défendre cette place aux positions du fort Barraux et du chateau Bayard au nord, et du cété de Lyon, a Voreppe, si l’on avait une quantité suffisante de troupes, et au pont de Piquepierre (prés la Ruinerate), a un quart de lieue de la ville, sil’on n’avait que peu de troupes ; mais qu’il étaitimpossible que les murs de Grenoble arrétassent l’ennemi une*heure. Cependant, par respect pour les ordres de Votre Excellence, on va armer cette place.

Nous n’avons pas de fusils, et il convient de faire évacuer toute Vartillerie qui n’est pas nécessaire 4 l’armement. Nous espérons venir a bout de cette opération par le zéle que M. le baron Fourier, préfet, apporte a tout ce qui est du service de Sa Majesté. Cet excellent préfet a d’autant plus de mérite que le voisinage de VPennemi rend trés difficile le moyen des réquisitions et que les deux arrondissements les plus populeux de son département, ceux de Vienne et de la Tour-du-Pin, bordant le Rhone, craignent chaque jour de voir arriver les patrouilles ennemies. Les deux sous-préfets se conduisent trés bien, et le maire de Pont de Beauyoisin (Izére), le sieur Flandin, se montre animé du zéle le plus vif.

Votre Excellence connait l’état effrayant des places des Hautes- Alpes, oti nous n’avons guére que les deux compagnies d/artillerie envoyées de Turin. Le général Marchand et moi nous sommes déterminés A envoyer un courrier au prince vice-roi et au prince Camille pour leur demander des garnisons pour Briancon et Montlyon, savoir 2,000 hommes pour Briancon et 1,000 hommes pour Montlyon. Ce qui augmente mes inquiétudes pour ces places, cest qu il n’y a pas de fusils et qu’ainsi on ne pourrait profiter de la bonne volonté des habitants qui voudraient se jeter dans ces

laces. Le conseiller de préfecture faisant fonctions de préfet 4 Gap sert fort bien.

Telles sont, Monsieur le duc, les précautions que nous avons du prendre. Cependant je ne crois pas que l’ennemi soit en force devant Lyon, et mon opinion particuliére est qwil ne viendra pas a Grenoble, et ne s’engagera pas dans nos montagnes. Je dois vous dire cependant que lopinion du public n’est pas semblable a la

mienne.

Quoi qu'il arrive, je vous prie de mettre sous les yeux de Sa

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Majesté assurance que je tiendrai ici jusqu’au dernier moment, et que si quelqu’un est capable de défendre ce pays, c’est-le général Marchand.

I] n’y a aujourd’hui dans les caisses que 6,700 fr. 54. J’ai ordonné que rien ne se payat sans mon visa. ~

A Montalivet.

Grenoble, le 18 janvier 1814, a midi.

MoNSIEUR LE COMTE,

Je ne sais si la lettre que j’ai ’honneur d’écrire a V. E. pourra passer par Lyon. Cependant, ayant 4 coeur de vous donner de nos nouvelles jusqu’au dernier moment, je répéterai a V. E. que le brave général Marchand, le préfet de l’Izére et moi, nous comptons tenir jusqu’a la derniére extrémité. Nos gardes nationales vont bien. Elles seront rassemblées avant le terme prescrit. Mais nous pourvoirons a la solde et 4 ’habillement des compagnies franches par le moyen de prestations en argent. Je donnerai plus de détails a V. BE. par la voie de Valence. Jai envoyé a Valence un courrier extraordinaire qui a porté plusieurs lettres pour Paris. M. le baron Descorches me mande qu'il est assez embarrassé pour les fairepasser 4 Clermont. II serait bien essentiel d’organiser le service des postes de Valence ou Avignon sur Paris.

Je prends toutes les précautions; mais mon opinion particuliére est que lennemi, qui n’est pas en forces devant Lyon, n’osera pas se hasarder dans nos campagnes. Il s’en repentirait certainement.

Les préfets servent bien. Nous espérons tous que S. M. sera contente de nous.

Il serait essentiel pour le service qu’Elle confirmat le général Marchand dans le commandement en chef de la 7 division, troupes de ligne et gardes nationales, et employat ailleurs le général de division La Roche, qui ne convient pas ici.

Au duc de Feltre.

Grenoble, le 19 janvier 1814, a midi.

Monsieur Je duc, V. E, verra par nos autres dépéches que nous nous préparions 4 envoyer un millier Vhommes, six piéces de canon et notre brave général Marchand au secours de Lyon..:

Mais 4 midi, arrive un rapport de M. le général La Roche qui

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annonce sa retraite par Barraux. Peut-étre le général Dessaix et M. le préfet Finot nous donneront d’autres nouvelles.

Nous n’envoyons plus rien 4 Lyon. Peut-étre cette attaque de Pennemi n/’a-t-elle pour but que de nous’ empécher de secourir Lyon. Dans tous les cas, nous ferons tout ce qui sera possible pour la défense de notre Dauphiné et pour le service de S. M.

. Je viens de nommer M. le colonel Riverot, homme énergique, au commandement supérieur de Barraux.

Au duc de Feltre.

Grenoble, le 20 janvier 1814.

Monsieur le duc, nous n’avons rien envoyé a Lyon parce que Yennemi nous pressait du coté d’Annecy. J’y ai envoyé sur le champ le général Marchand. Je crains pour Chambéry méme. Par les soins du préfet de l’Izére on évacue l’artillerie inutile a la place de Grenoble, l’artillerie de siége sur Valence, celle de campagne sur les Hautes-Alpes. Le tout par réquisition. Hier nous n’avions dans les caisses publiques que 30,250 francs. J’ai fait payer 26,100 francs de solde. Les gardes nationales vont bien. Mais nous n’avons pas de

fusils.

Au duc de Feltre,

Grenoble, le 20 janvier 1814, 4 midi et demi.

Monsieur le duc, j’ai eu ’honneur de vous écrire ce matin par Vestafette d’Italie qu’on a cru prudent de diriger par Grenoble. Je n’ai encore aucune nouvelle de Chambéry.

Jadresse A V. E. une lettre que le préfet recoit 4 instant du maire de Voiron, petite ville 4 4 lieues de Grenoble. Eile y verra la preuve de l’excellent esprit qui anime le Dauphiné Les maire du Pont-de-Beauvoisin .et de Vizille montrent le méme zele. Que n’aurait pas fait le Dauphiné si on avait pu distribuer aux habitants 50,000 fusils et avoir quelque argent pour les petites dépenses. non susceptibles d’étre requises! Je prie V. E. de faire connaitre 4 S. M. le bon esprit du Dauphiné.

Au duc de Feltre.

Grenoble, le 21 janvier 1814, 4 dix heures et demie du matin.

Monsieur le duc, je recois deux lettres de V. E. en date du 17 janvier. Par la premiere vous me faites connaitre, Monsieur le:

duc, que vous avez mis ma premiére dépéche sous les yeux de S. M. Jen remercie V. E. La seconde est relative aux vivres de campagne et a l’emploi des douaniers comme compagnies de corps francs. L’occupation de Chambéry rend malheureusement inutile ma réponse a cet égard. } Avg

Depuis ma lettre d’hier soir, notre situation est trés empirée. L’ennemi est 4 Pontcharra et parait disposé 4 pousser nos conscrits. Heureusement le général Marchand commande. J’attends de ses nouvelles d’un moment a l'autre. On évacue a force. Je presse de tous mes moyens l’approvisionnement des Hautes-Alpes. I] serait urgent d’y envoyer de l’argent par Valence.

Au duc de Feltre.

Grenoble, le 22 janvier 1814.

Monsieur le duc, je recois la lettre que V. E. m’a fait ’honneur de m’écrire le 18 du courant, relativement aux moyens de mettre les places fortes de la 7* division militaire a l’abri des entreprises de Pennemi en y faisant entrer des gardes nationales. J’ai pressé vivement a ce sujet M. le préfet des Hautes-Alpes, qui sert avec zéle. Ce préfet, d’aprés mes instructions réitérées, aura sans doute fait entrer ses gardes nationales dans les places fortes. Mais je dois répéter AV. E. que les hommes qui les composent manquent presque enticrement de fusils.

Dans les circonstances extrémement critiques ou nous nous trouvions hier, j'ai accepté l’offre pleine d’honneur et de franchise du général Jouan qui, quoique souffrant beaucoup de son bras amputé, s'est chargé de surveiller l’approvisionnement des places des Hautes- Alpes, et en cas d’attaque de défendre Briancon. Ce général, qui parait tres ferme et plein de dévouement a S. M., parait trés propre a la défense d’une place importante. L’arrété qui lui est relatif est ci-joint.

En réponse a la lettre de V. E. du 18 janvier, jaurai Phonneur de lui faire connaitre qu’on a armé autant que possible les gardes nationales avec des fusils de chasse. Dans ce moment ou dans les montagnes du pays chacun songe a se défendre, un appel relativement aux armes serait sans effet. Le directeur de l’artillerie a fait faire des balles de tout calibre. Il a de méme fait réparer les fusils; mais les ouvriers armuriers qui ont été mis en réquisition, étant malgré cette mesure en trés petit nombre, cette réparation avance lentement.

Il. serait donc. urgent d’envoyer des fusils au moins dans les places fortes des Alpes. Les contributions allant lentement a cause

du voisinage de l’ennemi, il serait essentiel d’envoyer de l’argent dans les places des Hautes-Alpes. J’y ai envoyé hier, au milieu de nos plus grandes alarmes, 10,000 francs. L’argent manquant dans les caisses des receveurs généraux, les crédits ouverts deviennent inutiles.

Au duce de Feltre:

Grenoble, le 25 janvier 1814.

Monsieur le duc, j’ai déja eu honneur de vous adrésser une copie du procés-verbal du conseil de guerre tenu le 16 janvier & Grenoble; j’envoie ci-joint a V. E. un original dece procésverbal. :

Grenoble n’est nullement une place susceptible de défense. C’est Vavis de tous les militaires que j’ai trouvés ici. I] serait important que V. E voulit bien prendre un parti sur la place de Grenoble. Par respect pour ses ordres, on laisse dans cette ville des canons et un approvisionnement qui seraient fort utiles 4 l’ennemi en cas de malheur.

Au duc de Feltre.

Grenoble, le 26 janvier 1814.

Monsieur le duc, je recois la lettre de V. E. en date du 20 du courant par laquelle elle m’annonce la confirmation de diverses décisions que j’avais prises le 10 janvier dernier. Je la prie d’en agréer mes remerciements. Par une seconde lettre du 22 du courant V. E. m’annonce qu'elle a donné des ordres pour faire exécuter 4 Grenoble des travaux de défense et d’armement. Sur cet article, je m’en référe entiérement a ce que j’ai eu l’honneur de vous mander, Monsieur le duc, en vous adressant le procés-verbal du conseil de guerre que jai réuni ici le 16 janvier. Tous les militaires que j’ai trouvés ici, pensent que Grenoble n’est pas méme susceptible dans la saison présente d’étre mis a l’abri d’un coup de main. Leurs raisons me semblent évidentes. Le 21 janvier, lorsque nousavons craint l’approche de Vennemi, M. lecomte Marchand a formé le projet de défendre la ville 4 Gieres, qui en est a une demilieue. Mais tout le monde a répété quil ne fallait pas méme tenter de défendre Grenoble dans Grenoble sous peine de voir la garnison prisonniére de guerre au bout dune attaque d’une demi-heure. Je rapporte a V. E. Yopinion des militaires, tous animés du meilleur esprit et décidés, sils y sont réduits, a défendre leur pays en orga-

‘nisant des guérillas.

508 oy. STENDHAL-BEYLE

Au duc de Feltre.

Grenoble, le 26 janvier 1814.

Monsieur le duc, je recois 4 l’instant la lettre que V. E. m’a fait Vhonneur de m’écrire le 20 du courant pour m/’annencer que M. le général La Roche était admis a prendre sa retraite, et que M. le général Marchand le remplacait dans le commandement de la 7¢ division militaire.

Je remercie sincérement V. E. de cette double décision. Rien ne pouvait étre davantage dans les intéréts de S. M. C’est actuellement que nous pouvons dire que si nous avions des fusils, nos braves Dauphinois iraient reprendre Genéve.

Au duc de Feltre.

Grenoble, le 28 janvier 1814.

Monsieur le duc, V. E. verra par les deux lettres ci-jointes de M. le général Marchand que notre position est toujours la méme ici. Nous défendons le département de l’Izére avec 2,500 conscrits contre un ennemi fort de 3,000 hommes d’infanterie et de 500 bons cavaliers. Nous espérons en venir a bout. Aussitét que les 10,000 fusils que V..E. fait venir d’Italie seront arrivés, nous aurons 10,000 soldats de plus. Partout ot nos troupes paraissent dans nos vallées, les habitants leur offrent du vin, des aliments. L’esprit public est bon.

Jai écrit plusieurs fois a S. A. I. le prince Camille. Si 2,000 hommes partis de Turin passaient le Mont-Cenis et s’avancaient seulement jusqu’a Modane, avec ordre de ne dépasser Saint-Jean de Maurienne sous aucun prétexte, qu’elles pussent rester 4 Modane quatre ou cing jours, et ensuite repasser le Mont- Cenis, le département serait sauvé, parce que dans l’intervalle nos 10,000 fusils arriveraient. Le grand malheur de notre position, c’est que lennemi, qui ne s’avance qu’avec une extréme prudence, n’a aucune crainte sur ses derriéres du coté de l’Italie.

Jai Vhonneur d’adresser A V. E. trois arrétés par lesquels j’ai remis en activité trois officiers en retraite. Je vous renouvelle mes demandes précédentes relatives au général Jouan et au colonel Riverot.

A Montalivet.

Grenoble, le 30 janvier 1814,

Monsieur le comte, j’ai adressé 4 Votre Excellence la demande d’avoir avec moi un second auditeur. Je n’ai eu aucune nouvelle de M. Balbe Berton-Crillon qu’elle avait eu la bonté de m/’annoncer. :

Je suis content de M. de Beyle; il travaille beaucoup; mais sa santé n’y peut suffire. Il a fait la campagne de Moscou et celle de Silésie. Il est revenu de ce pays avec une fiévre nerveuse dont il est atteint de nouveau. Malgré sa bonne volonté, il ne peut suffire aux affaires de toute nature pour lesquelles on a recours 4 moi. La plupart ne peuvent étre traitées par des commis sur la discrétion des- -quels on ne peut compter jusqu’a un certain point, de maniére que toutes mes lettres sont écrites de ma main ou de celle de M. de Beyle.

Je prie donc Votre Excellence de m’envoyer le plus tét qu'elle pourra un auditeur fort et en état de travailler. Je renonce a M. de Crillon qui, apparemment, est malade. Je désirerais que Votre Excellence pit faire ce choix le plus tot possible.

Je suis trés content.de M. de Beaujeu, qui fait fonctions de préfet A Gap. J’ai demandé la croix pour M. de Beyle et pour lui.

Je désirerais que Votre Excellence vouliit bien faire mettre a Vestafette d’Italie qui, depuis la prise de Chambéry, passe par Grenoble, les lettres quelle m’écrit, et méme les journaux qui me sont envoyés. Il est essentiel que l’autorité supérieure soit instruite quelque temps avant le public, des nouvelles qui peuvent influer sur la tranquillité d’une province. Cette précaution me mettrait 4 méme de démentir par des publications officielles ou des communications les exagérations auxquelles les récits des voyageurs et les lettres

articuliéres donnent lieu assez souvent.

Je viens d’annoncer le départ du pape que Votre Excellence a bien voulu me faire connaitre. Il est essentiel qu’une classe qui nest pas pour nous, ne puisse pas se donner Vattitude intéressante

-de gens persécutés.

Au due de Feltre.

Grenoble, le 1¢" février 1814,

Monsieur le duc, cette nuit a deux heures, j’ai recu la nouvelle que l’ennemi avait tourné le passage de la Grotte et occupé les

Echelles.

d19 STENDHAL-BEYLE

Nos troupes se sont retirées a Saint-Etienne de Crossey et au col de la Placette. Ces positions couvriraient Voiron et la route de Grenoble, si nos soldats inspiraient*plus de confiance a leurs chefs. Mais malheureusement ceux-ci seulement se sont bien conduits. Le général de Barral, 4gé de soixante-seize ans, a montré la bravoure et Vactivité d’un jeune homme; ses deux rapports sont ci-joints sous les n™ | et 2.

Une troisieme lettre que je recois 4 l’instant m’annonce que le général Barral qui était venu tout organiser a Voreppe, se reporte avec une partie de sa petite troupe aux gorges de Crossey, ou il navait laissé que peu de monde. Le chef de bataillon Roberjeot s'est chargé de défendre la Placetie, position prés de Pommier, au-dessus de Voreppe.

Le général Marchand et le préfet de 'Izére partent a l’instant pour Voreppe et Voiron. Nous ferons notre possible pour nous défendre.

A Montalivet.

Grenoble, le 4 février 1814.

Monseigneur, j’ai recu la lettre que Votre Excellence m’a fait Phonneur de m’écrire le 30 janvier. L’esprit qui anime nos autorités et nos généraux continue A étre excellent, et je répondrais du Dauphiné si nous avions seulement mille soldats qui le fussent depuis deux ans. Mais dans l’affaire des Echelles, quatre-vingt-deux de nos conscrits ont jeté leurs armes. Croyez, Monseigneur, que nous ferons tout ce qui sera humainement possible pour le service de Sa

Majesté. ;

J’ai eu Phonneur de vous demander un second auditeur. M. de Beyle a fait les campagnes de Moscou et de Silésie; la fievre nerveuse dont il a été atteint dans son intendance en Silésie, revient de temps en temps et le met hors d’état de travailler; ce qui ne m’empéche pas d’étre trés content de ses services.

L’ennemi ayant occupé en entier l’arrondissement de Chambéry, M. Sirot, auditeur, sous-préfet, se trouvait sans occupation et s’est offert a moi. Jai accepté son offre avec plaisir. Je prie Votre Excellence, dans le cas o& elle n’aurait pas déja fait partir un auditeur, d’employer M. Sirot dans la commission extraordinaire de la 7° division militaire. Get auditeur, qui connait fort bien le pays, peut métre trés utile.

NOTICES ET LETTRES INEDITES oll

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