LYSIMAQUE TAVERNIER
Lysimaque-Mercure CarrancioGLou-TAvERNIER, né en 1805 a Salo- © nique, avait pour pére un Grec, et pour mére une Francaise, Fanny Tavernier. Un certificat qu’il obtint de ses compatriotes constate que son grand-pére paternel, Jean-Gouta Caftangioglou, avait été «le primat naturel et l’élu de toutes les affaires de la ville, le plus grand, le plus noble évergéte ou bienfaiteur de ses concitoyens », et il assurait que son grand-pére maternel, Francois Tavernier, chargé du consulat de Salonique par suite du départ de Félix de Beaujour, avait été pendant lexpédition d’Egypte persécuté par les Turcs, privé de sa fortune et mis en prison. Lui-méme avait été en 182] incarcéré avec ses deux fréres par le pacha de Salonique, et il allait étre décapité lorsque arriva Matterer, capitaine de la gabare la Truite, qui menaca de tirer sur la ville ses seize canons si le pacha ne rendait pas sous deux heures ces trois enfants de femme francaise. Le pacha livra les trois fréres Caftangioglou, et Matterer, aprés les avoir gardés a bord, les fit embarquer sur un vaisseau qui se rendait a Marseille. On retrouve Lysimaque a Civita-Vecchia en 1822. Le baron de Vaux, consul de France et prédécesseur de Beyle, s’intéresse a lui et le recoit trois ans, comme éleve chancelier, dans ses bureaux « avec l’espoir de le rendre un jour de quelque utilité dans l’un de nos nouveaux consulats du royaume de Gréce ». Mais Lysimaque est schismatique, et sa mére, qui avait épousé en secondes noces un juif converti du nom de Mordo, a, dit le baron de Vaux, « flétri un nom honorable en éri-geant ici une maison de commerce sous son nom de fille et en volant 4 divers négociants francais les deux tiers de la valeur des marchandises qu’ils lui avaient confiées », Aussi, en 1829, a la mort du chancelier, le baron de Vaux fait-il choix, non de Lysimaque,
mais d’un autre moins capable. Beyle reprit Lysimaque, qui dés
lors ne cessa de se pousser. Admis comme chancelier de Beyle par
le ministére le 19 mai 1834, naturalisé en 1836, chancelier du consulat de France (27 avril 1840), chevalier de la Légion Vhonneur en 1841, Tavernier deraande a la mort de Beyle le consulat de Civita-Vecchia, et, a son instigation, les armateurs et négociants de Marseille exposent dans une pétition du 14 avril 1842 que le commerce marseillais désire la nomination de Tavernier, qui « depuis longtemps a suppléé par intervalles M. le consul ». Limperani fut nommé; mais Tavernier avait fait insérer la lettre des négociants de Marseille dans la Correspondance toulonnaise, et lorsque Limperani alla seul recevoir le Saint-Pére, le méme journal publia une lettre de Civita-Vecchia ou on lisait que le pape avait été fort étonné de Pabsence de M. Lysimaque ;« le Saint-Pére, ajoutait le correspondant anonyme, connait l’intrigue au moyen de laquelle Limperani a pu arriver au consulat dé Civita-Vecchia au mépris de droits acquis honorablement. » Ce correspondant, c’était évidemment Tavernier, le seul Francais qui fit alors 4 Civita-Vecchia, et Limperani dénonca cette « effervescence d’une ambition que rien ne justifiait », cette « passion personnelle » et ce « culte exagéré de soi-méme ». Tavernier, disait Limperani, « a de l’activité et du zéle; il ne s’est jamais écarté de la ligne de déférence et de subordination que lui commande sa position 4 mon égard; mais il n’est pas une seule nomination dans le corps consulaire qu’il ne considére comme une atteinte portée a ses droits, et qui ne soit pour lui un sujet de plaintes ». Lysimaque nia étre ’auteur de la lettre, et l’incident fut oublié, bien que le ministére eat reconnu dans Particle de la Correspondance toulonnaise « Vindice d’inspirations venues des employés du consulat ». Le 14 avril 1848, Lysimaque est promu vice-consul de la République a Civita-Vecchia aux appointements de 8,000 francs. Il est envoyé le 13 mars 1850, comme vice-consul, a Bagdad, et Baraguay-d Hilliers le juge intelligent, exact dans sa correspondance, mais remarque qu'il «a beaucoup diintrigue » et qu il est « disposé 4 grossir les affaires ». Nommé un instant chancelier de premiére classe au consulat de France et de Naples (11 mars 1852), il devient chancelier a Tripoli
de Barbarie (2 juin 1852). Quatre ans plus tard, il est, sur sa
demande, mis en disponibilité (31 octobre 1856). Admis au traitement d’inactivité de son grade le 18 mars 1857, il sollicite au mois de juin de la méme année, mais inutilement, le consulat vacant de Civita-Vecchia.
GarETAN GaGNon.
Beyle avait, comme on sait (cf. p. 9), un oncle maternel, Romain Gagnon, docteur en droit, bourgeois qu’il méprisait, et qui, a Page de quarante-six ans, lui semblait tomber dans la faiblesse morale et physique de la vieillesse. Mais il affectionna, au moins quelque temps, le fils ainé de Romain, Gaétan. I] le nomme le chanoine Gaétan, son cher Gaétan, son jeune pupille; il lui envoie en 1805 une lettre de huit pages; il pense au plaisir qu’il aura si Gaétan, grace a ses soins, devient autre chose qu’un provincial.
Voici quelques détails sur ce Gaétan qui naquit le 19 janvier 1793 et fit ses études au lycée de Grenoble. Son pére, Romain, désira qw il fit comme Henri Beyle son chemin dans le commissariat des guerres. Au mois d’aott 1810, lorsque limpératrice était aux eaux d’Aix, Romain se fit présenter a elle, comme parent du comte Daru et comme ami du prince Eugéne (cf. la réception amicale que le prince lui a faite, Journal de Stendhal, 101), et finit par demander a Joséphine @intercéder auprés du ministre de la guerre pour obtenir l’admission de Gaétan dans le corps des éléves commissaires des guerres. La bonne Joséphine écrivit au comte de Cessac; mais elle connaissait si peu les Gagnon qu’elle estropia leur nom et les appela Gaillon.
Monsieur le ministre directeur de l’administration de la guerre, je vous demande vos bontés pour le sieur Gaillon, maire des Echelles, homme de mérite et parent de M. le comte Daru. II désirerait obtenir l’admission de son fils en qualité d’éléve commissaire des guerres. Je connais cette famille, 4 laquelle mon fils porte beaucoup d’estime, et je vous la recommande avec d’autant plus de plaisir que je profite de cette occasion pour vous renouveler l’assurance des sentiments que yous me connaissez pour vous. — Aux eaux d’Aix, le 23 aott 1810.