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V. aux annexes

148 STE>DHAL DIPLOMATE

« L'iniluence du vieux M. Fossombroni, ministre des Affaires étrangères, n'existe plus.

« Deux causes ont amené la fin de ce long ministère. M. Fossombroni, si poli avec tout le monde, avait, dit-on, traité rudement M. le grandduc actuellement régnant, quand il n'était que prince héréditaire. Faute d'argent S. A. se refusait le plaisir de faire faire le portrait en porcelaine de sa petite fille. 2° Il y a eu une sorte de jalousie d'ingénieur. M Fossombroni a assaini les vallées de la Chiana; S. A. a entiepris d'assainir les maremnes de Grasseto, en y jettant l'Ombrone et tous les torrans voisins qui par leurs dépôts élèveront le sol. M. le grand-duc met son amour-propre à cet ouvrage, qui est vraiment admirable, mais qui, aux yeux des Toscans fort économes, a le tort d'avoir coûté 12 à 15 millions de lire, La lira, vaut 84 centimes.

En 1833, avec l'influence de M. Fossombroni, a pris fin en Toscane ce qu'on pourrait appeler le gouvernement ministériel. Jusqu'à la chute de ce savant ministre, le prince accédait souvent à des mesures qui ne lui plaisaient nullement, mais qui étaient recommandées par le ministre.

A l'influence de M. Fossombroni a succédé ce

que les Toscans apèlent le gouvernement de eamarilla et qu'on pourrait apeler le gouvernement personnel du grand-duc.

« L'homme qui jouit du premier crédit sur l'esprit de ce prince est M. Cempini, ministre des Finances. M. Cempini peut avoir cinquante-quatre ans ; il est, je crois, fils d'un paysan ; on prétend qu'il a été jacobin en 1798. Depuis, il a été avocat; on prétend qu'il n'a pas les talents de cette proffession ; selon moi, dans ce pays de gens sans caractère, M. Cempini peut passer pour un homme énergique ; ce qui ne l'empêche pas d'avoir une grande peur de la Nouvelle Italie.

« Après le crédit de M. Cempini, l'influence la plus remarquable est celle de M. Felici, secrétaire intime de S. A. R.

« La base du caractère de M Felici est l'honnêteté. C'est un homme de quarante-trois ans doué de talens sufFisans. M. Felici ne brille pas par ce qu'on apèle en Toscane de l'éloquence ; c'est un homme qui parle rarement des principes généraux qui forment la base des gouvernemens. M. Felici a commencé sa carrière par une place judiciaire analogue à celle d'avocat général en France. Il est grand partisan des Codes et surtout de l'admi-

nistration de la justice en France. Les Toscans espèrent que peu à peu le crédit de M. Felici deviendra égal à celui de M. Cempini.

« Mais une autre influence bien autrement intime contrebalance le crédit de MM. Cempini et Felici. ^me [^ grande duchesse veuve a sur S. A. R. une influence de tous les momens que l'on pourrait comparer à celle de M""^ de Maintenon sur Louis XIV. L'amitié du grand-duc pour sa belle- mère va jusqu'à la vénération. M"^ la grande-duchesse veuve est dominée par les idées de la plus haute dévotion; elle est le véritable chef des Sanfédistes. C'est une secte dont la Voce délia Verità de Modène peut être considérée à peu près comme le Journal officiel, et qu'on peut comparer qu'à ce que l'on suppose qu'était la Congrégation en France en 1828. Le chef d'état-major des Sanfédistes, lequel naturellement jouit du plus grand crédit auprès de M""" la grande-duchesse veuve, est Monseigneur l'évêque de Fiesole, Pareti.

« M. Cempini, ministre des Finances, tient à la Camarilla, mais on suppose qu'on ne lui confie pas les grands secrets du parti Sanfédiste.

« Le ministre profondément lié à la Camarilla, et peut-être son véritable chef, est M. Paver.

M. Paver, qui fut secrétaire intime avant M. Felici, est maintenant ministre sans portefeuille. Les libéraux de Toscane supposent qu'il existe une commission secrète chargée de la recherche et de la répression des délits politiques. Cette commission, de r'aveu de S A. M. le grand-duc, serait directement sous les ordres de la Camarilla, représentée par M^"" l'évèque de Fiesole. Le secrétaire de cette commission, lequel se trouverait par le fait le véritable ministre de la police en Toscane, est M. Paoli.

« M. le Ministre de la Police, Bologna, est ce qu'on apèle en termes vulgaires un homme de paille; on voit toujours dans son cabinet M. Paoli; il ne peut rien faire sans que M. Paoli ne le sache.

«L'adoption du principe de la réforme judiciaire en Toscane et, en second lieu, le choix entre le Code Autrichien ou celui de Xaples, dépendra probablement de MM. Cempini, Felici, Paver et Paoli.

« M""^ la grande-duchesse, épouse du

grand-duc, s'ennuyetellementdanscette cour arrangée comme un couvent et qui forme un contraste complet avec celle de Xaples, qu'elle n'a aucune influence. On dirait que S. A.R. renonce à agir et à lutter d'influence avec M'"'' la grande-duchesse veuve.

« Pour saisir tout le sens des plaintes, sans doute exagérées, énoncées au pamphlet ci-joint, il faut se rapeler quelques faits de statistique et ne pas oublier que famour de Varcjent est la passion à peu près unique des Toscans.

« On agit dans ce pays-ci, auprès d'hommes pauvres, pour la plupart travaillés par la peur d'une destitution et par la peur plus grande d'un bouleversement total qui les jetterait dans la misère. Ces réflexions pourraient peut-être s'appliquer à une Cour voisine. Assez souvent l'on pourrait dire que l'argent employé à payer les Courriers, qui portent des ordres sur une affaire, suffirait presque pour obtenir la décision favorable de cette affaire.

« Pour revenir à l'affaire particulière des Codes qui peuvent être adoptés par la Toscane, peut-être ne serait-il pas impossible de les faire recommander à cette cour par celle de Naples. Les intentions de S. A. R. >P' le grand-duc qui était [sic] un grand secret à Florence, le 2 janvier, formeront probablement le sujet de toutes les conversations en février. Si l'on se déterminait à quelques ouvertures favorables à MM. Cempini, Paver et Paoli, il conviendrait peut-être de prévenir le moment où

ces Messieurs auront pris couleur sur la question de la réforme judiciaire.

*« Cette lettre dépassant déjà par sa longueur les bornes ordinaires je me permettrai d'ajouter plusieurs petits faits qui sans doute sont depuis longtemps connus au ministère. Mes observations faites le 1" janvier 1834 n'auront que l'avantage de confirmer des données plus anciennes.

« Madame la Grande-Duchesse, épouse de S. A. R. ne pourrait probablement pas servir d'intermédiaireauxconseils que laCour de Naples pourrait être amenée à donnera celle de Florence. M. le Grand- Duc parle sans cesse à sa femme et cependant elle n'a su saisir aucune influence. M™*" la Grande- Duchesse semble désespérer de son sort. Elle s'ennuye tellement dans cette Cour arrangée comme un couvent, et qui forme un constrate parfait avec celle de Xaples, qu'à diner par exemple elle est réduite à regarder les domestiques et à rire de ce qu'ils font et presque avec eux. Cette princesse neparaîtpasencore avoir l'idée de lutter d'influence avec Madame la Grande-Duchesse veuve.

« Il est possible que M. Fossombroni ne trouve pas ses appointements une compensation suffisante au rôle secondaire qu'il est réduit à jouer; le grand

âge de ce savant ministre peut faire craindre une cause de changement. Le portefeuille des Affaires étrangères échoirait à M. Corsini.

« Tout le travail de ce département est fait en réalité par M. Corsini; c'est encore un Jacobin converti : M. Corsini, l'un des hommes les plus ambitieux de la Toscane, a commencé par travailler manuellement à la préparation du lin, ensuite il se fit copiste pour les avocats. C'est un homme de 45 ans, assez pauvre, souvent pris de vin, sans éducation et qui ne parle guère d'affaires que sur le ton de la colère.

« Pour saisir le sens des doléances exprimées dans le Pamphlet ci-joint, il convient de se rapeler quelques faits de statistique et de ne pas perdre de vue que l'amour de l'argent et surtout la passion de s'enrichir par une lente économie sont bien autrement puissants sur les cœurs toscans que l'amour de la liberté. En ce sens Bologne et Florence, qui sont si voisines, sont aussi différentes que possible.

« Le nombre des employés qui achètent des propriétés importantes, après avoir occupé huit ou dix ans un emploi de six mille francs, est fort considérable.

« L'admirable administration donnée aux Communes par Pierre Léopold a reçu un grand échec, par Tordre d'ouvrir un compte de dépenses, dont les articles sont fournis par le gouvernement.

« Les libéraux disent que les 1,378,000 habitants de la Toscane payent au souverain 25 millions de lire. La lira vaut 0,84 centimes.

« La Toscane compte 700,000 propriétaires, plus delà moitié des habitants, proportion admirable.

« La moyenne du revenu de ces 700,000 propriétaires est 500écus. (L'écu vaut 5^88, un demi-paule de plus que le Francescone).

« On suppose que l'administration financière actuelle de la Toscane produit un excédent des recettes sur les dépenses que l'on évalue à 1,500 mille lire. Mais tout ceci est recouvert du plus profond secret.

« Plusieurs libéraux évaluent la somme des impôts perçus à 30 millions (de lire).

« L'octroi municipal n' existe pas en Toscane. Les recettes que la Douane opère aux portes de Florence s'élèvent, dit-on, à trois millions de lire. Voilà le véritable sujet du mécontentement qui a redoublé depuis deux ans. Un prince encore plus absolu que S. A. R. serait adoré, s'il réduisait de moitié ce^

impôt de trois millions ; on a soif de réductions d'impôts et non pas de liberté; ce qui forme, je le répète, un contraste parfait avec les États Romains. Un bœuf destiné à la boucherie qui entre à Florence paye 70 lire.

« Un habile avocat peut gagner à Florence 21,000 lire par an. Cet avocat ne payera qu'un impôt personnel de 40 lire. Le propriétaire auquel sa terre rend 21,000 lire paye à l'État 5,250 lire.

« Les impositions sont :

« La Diretta payée par la terre ;

« La Personale acquittée par chaque Toscan. Les habitants sont divisés en 5 classes. Les plus riches, M. le Prince Corsini par exemple, payent 80 lire. Le plus pauvres 4 Vs ;

« La Communale, payée parles propriétaires, acquitte les dépenses causées par les chemins communaux, le pavé, les prisons, l'éclairage, le palais de justice, le logement meublé des juges, les appointements de l'ingénieur des Ponts et Chaussées, les enfants trouvés, les fous, etc., etc.

« Les libéraux supposent que S. A. R. M»"" le Grand-Duc régnant a trouvé dans les caisses du trésor une somme de 12 millions de lire, et que l'entreprise des Maremmes a absorbé 15 millions.

« Avec ces données il sera facile d'apprécier le Pamphlet ci-joint. Je terminerai ces données statistiques par l'État de la population de la Toscane en 1832. La Camarilla a la plus grande aversion pour les recherches de statistique , elle s'est opposée à la création d'une académie de statistique ; et enfin l'état que je vais traduire passe pour dangereux à avoir chez soi.

Population de la Toscane en 1832

,' Mariés 238. 68 i

Adultes 219.828

Enfants 227.012

Ecclésiastiques séculiers. 9.019

Ecclésiastiques réguliers. 2.362

\ Non catholiques. . . . 5.053

Mâles.

D'autre part, mâles 701.958

/'Mariées 241.617

V Adultes 212.938

Femmes. < Enfants 213.238

Religieuses 3.913

Non catholiques. . . . 5.131

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