Corr., t. II, p
Ce ne fut pas seulement à Rome, où Stendhal allait encore assez souvent, qu'il put juger de l'opposition croissante que le cardinal Tosti soulevait contre lui. Dans sa résidence même, il en observa les effets.
« L'opinion publique de Cività-Vecchia est fort alarmée, écrivait-il ; on suppose au ministre des finances (M. le pro-trésorier cardinal Tosti) le projet de supprimer ce port franc, définitivement établi en 1742 par Benoît XIV, et qui fait la prospérité de la ville... Je suis loin de partager les alarmes des habitants de Cività-Vecchia ; cette ville jouit de la protection déclarée du vénérable Pontife qui gouverne l'État ; elle a un second protecteur presque aussi puissant dans la personne de S. E. M. le cardinal de Gregorio, son évêque ; elle est fort aimée de M. le cardinal Ugolini, qui, étant ministre de la guerre, il y a deux ans, fit planter ses promenades.
« S. E. M. le cardinal Tosti, pro-trésorier, jouit d'une très haute faveur auprès de Sa Sainteté parce que, loin d'arriver auprès du prince avec des gémissements comme ses prédécesseurs , il ne trouve d'obstacles à rien, et accomplit avec facilité et sans bruit, tous les emprunts nécessaires ; mais
son crédit n'ira point jusqu'à obtenir une mesure aussi capitale que la suppression des ports francs de Cività-Vecchia et d'Ancône. »
Le désir de renverser le pro-trésorier était d'autant plus violent que la santé du pape paraissait chancelante. On avait annoncé vers 1840 qu'il avait la gangrène à la jambe, et déjà on supputait les chances du futur conclave. Beyle, qui en avait vu plusieurs, et qui avait pris à celui de 1829 la part que l'on sait, suivait avec attention ces mouvements de l'opinion publique.
D'après lui, « la partie génoise, forte de quatorze cardinaux, fera l'élection ; ils sont riches et adroits* ». Il était surtout probable que, dans l'impossibilité de s'entendre, on nommerait un vieillard faible et âgé, et alors toutes les chances étaient pour le cardinal Pedicini, qu'on disait presque en enfance. Oppizzoni et Franzoni étaient encore cités parmi les cardinaux papahles. Mais celui que Stendhal aurait voulu voir élire, c'était l'ancien ministre de la guerre, Ugolini, qui passait pour un des plus libéraux et des plus éclairés. Malheureusement, la France devait être sans influence, au grand