‹ Stendhal diplomateChapitre 48 sur 59 · Corr., t. II, p · texte numérisé non relu

Corr., t. II, p

variété des difficultés qui l'assaillaient dans ses fonctions de consul.

« Avant-hier, 11 juin, nous attendions avec inquiétude, à Cività-Vecchia, le bateau-poste venant de Naples, en retard depuis trois jours, ce qui n'est jamais arrivé. Enfin, vers les deux heures aprèsmidi, nous avons aperçu à l'extrémité de la ligne d'horizon, à l'aide de bonnes lunettes, un bateau à vapeur dont la cheminée ne rendait pas de fumée, et qui était remorqué par un autre bateau.

« C'était le Dante, provenant de Naples, remorqué par VAchéron.

« La mer était grosse, je me suis porté sur la jetée, et j'ai engagé le pilote, M. Gilly, à se porter à la rencontre du bateau privé de ses roues.

« Le roi accorda, en 1838, une médaille d'or à M. Gilly pour avoir sauvé le bâtiment à vapeur de l'État, le Phare.

« A la vue du port de Cività-Vecchia, VAchéron avait largué son amarre et laissé le Dante qui, à l'aide de ses voiles, cherchait à gagner le port ; ce qu'il a fait, aidé par les indications du pilote Gilly.

« Enfin, après deux heures d'inquiétude, le capitaine du Dante a pris terre; on lui a d'abord refusé la libre pratique, sous prétexte que VAchéron, qui

l'avait secouru, venait de Candie, et n'avait pas obtenu la libre pratique à Naples. Je me suis rendu cbez M^'' Grech Delicata, auprès duquel j'ai plaidé la cause du Danfe^ qui n'avait communiqué avec VAchéron que par des cordes goudronnées. M?r Grecb Delicata, toujours plein de bonté, et accessible à la raison, a déterminé le conseil, convoqué par lui pour délibérer sur la libre pratique ; elle a été accordée.

« M. le capitaine du Dante m'avait fait connaître que des mauvais temps l'avaient accueilli après son départ de Naples ; le temps se calmait, lorsque tout à coup l'axe de sa machine s'est rompu, la fracture était en bizeau, ce qui la rend irrémédiable ailleurs qu'à Toulon ou à Marseille.

« J'ai fait donner des vivres au Dante, et je me suis occupé des dépêches qu'il apportait de Malte.

« Elles partiront demain par le Pharamond, L'administration du bateau à vapeur a remboursé aux passagers les frais de la partie de la route d'ici à Marseille, et\e Dante est reparti ce matin (13 juin) avec ses voiles. Sa mâture est faible ; par bonheur la mer s'est calmée ; toujours vent du sud qui, modéré, est favorable.

« Après avoir rompu sa machine, le Dante est

resté cinquante heures à combattre la mer par un mauvais temps. Enfin 11 a tiré un coup de canon et VAchéron s'est porté à son secours, en évitant avec soin toute communication. On doit des éloges à M. Gilly, pilote ; j'ai dû user de tous les moyens pour déterminer les matelots à l'accompagner. »

Beyle cherchait dans l'étude des œuvres de l'art une distraction à ces travaux. Par une pente naturelle, il revenait ainsi aux occupations qui l'avaient charmé durant son premier séjour en Italie. Ses dernières lettres sont remplies de détails sur les fouilles qu'il faisait exécuter, les pierres antiques et les médailles qu'il collectionnait et qu'il envoyait à ses amis. Quand une découverte importante avait lieu, sans doute dans l'espoir d'en voir faire l'achat par un de nos musées, il en avertissait le ministère. C'est ainsi qu'il écrivait le 29 janvier 1840 :

« Je prends la liberté d'adresser à Votre Excellence une courte notice sur les statues découvertes à Cerveteri, ancienne ville étrusque située à vingt-deux milles de Cività-Vecchia, sur la route de Rome.

« M. Paul Calabresi, qui a trouvé ces statues le 10 janvier, m'a dit que M. Visconti, le commissaire des antiquités à Rome, les avait estimées à

12,000 écus (65,222 francs). Deux, de grandeur colossale, sont magnifiques. M. Calabresi espère les vendre au roi de Bavière, qui vient souvent en ce pays et fait des acquisitions. Ce propriétaire craint que le gouvernement romain ne veuille prendre ces statues pour le musée de Rome, auquel cas il suppose qu'il lui serait difficile de toucher le prix convenu. »

Sous le titre : Les Statues de Cerveteri suit en effet une description de la trouvaille. Ce n'est que la reproduction d'une longue letti'c qu'il écrivit à ce sujet à son ami M. R. Colomb et qu'on peut retrouver dans sa correspondance déjà publiée ^

Une autre fois, il se mettait en campagne pour retrouver des médailles volées à la bibliothèque du roi. « Je suis allé moi-même, écrivait-il, chez tous les orfèvres de Cività-Yecchia, qui m'ont promis de me donner connaissance de toutes les offres de vente qui leur seraient faites — Je puis répondre que tout ce qui est possible sera fait. »

Cependant sa santé s'altérait de plus en plus. « Je me suis colleté avec le néant- », écrivait-il le

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