ANNEXES
Prononcé le 28 Juin 1920 Par M. ÉDOLA.KD CHAMPION, Président du ConiiU'i
A rinauguralion du Monument dans les Jardins du F^uxerabourgr
Mesdames, Messieurs,
Quand Stendhal tomba frappé d'apoplexie sur la voie publique, le 23 mai 1842, aucun de ses contemporains ne prit garde qu'un des grands génies du siècle disparaissait. Mais Stendhal, en visionnaire vraiment prodigieux, avait prophétisé à maintes reprises les étapes de sa gloire certaine : il devait être réimprimé vers 1880, lu en 1900 par des « âmes qu'il aimait », célèbre en 1935. Eh bien ! Mesdames et Messieurs, nous voici fidèles au rendezvous.
N'avons-nous pas, même, devancé l'heure, comme des amoureux impatients ?
Note bibliographique. — Un premier tirage, limité à 200 exemplaires hors commerce et numérotés (2 exemplaires Japon et 198 Hollande), a été publié dans la collection des Amis d'Edouard (n° 24, lettre L) sous le titre : Hommage a Stendhal, par M. Edouard Champion, membre du Stendhal- Club, président du Comité Stendhal (in-16 de 10 -f- 4 pages).
Autant qu'à la ]»arfaite beauté de la matière stendhalienne, nos aînés, dont plusieurs sont ici autour de nous, portent le ]»oids glorieux de ce mérite. Stendhal n'avait pas encore de monument de pierre, mais la liste seule des gloses de ses commentateurs remplit tout un volume.
C'est en 1905 que Maître Cheramy, mon prédécesseur à la présidence du Comité Stendhal, détermina, avec quelques amis des lettres, dont beaucoup hélas ! ont disparu, une souscription publique limitée à des personnes de choix. Il conçut de faire éditer la précieuse Correspondance dont il possédait les manuscrits quasi illisibles et d'en verser lo produit à la souscription, posant ainsi la première pierre de ce momnuent.
On aime qu'Henri Beyle, de son vivant si malmené par les libraires, ait une revanche à ce poini éclatante que ce soit l'une de ses œuvres inédites, qui, après sa mort, contribue matériellement à sa gloire.
C'est aussi Monsieur Cheramy ([m eut l'idée, jiour mieux glorifier Stendhal, de faire collaborer deux statuaires du xix*^ siècle qui ont traduit avec tant d'intensité le mouvement de la vie : David d'Angers et Rodin. Il obtint du Maître de l'Hôtel Biron qu'il modelât dans la glaise, de ses mains ])Ourtant merveilleusement créatrices, une copie vivante de ce médaillon de David d'Angers que je veux tout de suite dévoiler à votrf admiration.
Le voilà bien « l'Homme divin - dont parle Monsieur Taine, le voilà tout simplement u re-*-
DISCOURS d'Edouard champion 25
semblant » lui qui disait que ses « bêtes d'aversiou étaient le vulgaire et l'affecté ». Grâces soient rendues à des artistes qui si noblement transposent l'œuvre dans la physionomie de l'homme, respectent les ressemblances intérieures et physiques, et les fondent harmonieusement.
ïl est remarquable aussi que l'architecte. Monsieur Plumet, ait si bien compris et démêlé le vrai romanticisme de Stendhal ; les lignes simples et pleines de sa stèle, supportent tout naturellement les titres fameux qui y sont inscrits : De U Amour — Vie de Rossini — Promenades dans Rome — Le Rouge et le Noir — Mémoires d'un Touriste — La Chartreuse de Parme.
Grâces soient aussi rendues à MM. les Questeurs du Sénat, aux mains desquels, au nom du Comité, j'ai l'honneur de remettre ce monument, pour l'emplacement de choix qu'ils ont bien voulu accorder, encore, à Stendhal, dans leur jardin du Luxembourg, sans doute parce qu'il aimait « l'ombre et la fraîcheur des grands marronniers ». Dans ce cadre qui évoque les jardins toscans, si chers à Stendhal, cette stèlç rappellera tout naturellement aux promeneurs, aux étudiants, à tous les fidèles de la Terrasse, non loin du cortège des Reines, celui qui, de son temps, n'avait guère trouvé place à la cour des lettres et qui vécut dans une cour d'imagination, bien isolée finalement, plus en quête de « contes qui peignent les mouvements humains bien en détail », que de gloire facile et redondante.
Je serais cerles sans excuses si je retardais davantage, par de vaines paroles, la vraie inauguration de ce monument, c'est-à-dire rhommafje qu'apporte à Stendhal, au nom de tous les lettrés, l'un de ses fds d'élection, son héritier littéraire, M. Paul Bourget, qui pourrait dire, je crois bien comme Taine : « J'ai lu ses romans 60 à 80 fois chacun et je les relis. «
Qu'il me soit permis de dire encore, ])uisc[uf cette cérémonie d'avant-guerre a lieu après lu victoire, combien de fois nous avons ]>ensé, là-bas, à notre Stendhal. Vous n'avez pas oublié ce « curieux spectacle », noté par Fabrice, « la terre volant en miettes noires ))... « ces jjetites branches volant chcôté et d'autres comme rasées par un coup de faux », enfin tout le détail de cette invisible bataille (jui est une date dans l'histoire descriptive. Pour beaucoup d'entre les jeunes combattants, les vision.^ de Stendhal ont été ]»rofondémenL ressenties et vérifiées et j'en sais, parmi ceux-mémes qui sont tombés comme les hussards de la Chartreuse, pour lesquels Stendhal a été une des raisons de se battre et de vaincre. Oh ! oui, certes, il était juste qu'Henry lieyle ait son image au milieu de la jeunesse des écoles, dans un coin de la jtromenade favorite et classique des étudiants et où, la nuit tombante, tant dombres ilhislres se réunissent.
Mesdames et Messieurs,
Vous avez ajouté par votre présence à cette cérémonie tout amicale, le charme et la consécration ; au nom du Comité Stendhal, je vous remercie d'avoir si bien compris et aidé le sens d'une vraie fclc des lettres françaises.
J'ai reçu du Comité Milanais, qui s'occupe parallèlement au Comité de Paris, de dresser un monument à Stendhal dans sa ville d'élection, ce télégramme dont je suis heureux de vous donner lecture :
« Je suis l'interprète du Comité Milanais qui regrette vivement de ne pouvoir assister à la cérémonie de lundi à laquelle nous prenons la plus vive part. Nous vous prions d'exprimer à M. Paul Bourget et à tous vos collègues nos sentiments de fidélité et nos souvenirs de bonne confraternité. »
Gallavresi.
Mais l'Itahe n'est pourtant pas absente de cette fête. Elle y participe sous sa forme la plus char-
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mante, celle qui serait allée le plus droit au cœur de Beyle. M^'^ Carlotta Zambrelli, qui est non seulement ilcilienne, mais milanaise, et qui, avaiit d'être l'idole de notre Opéra, fut l'étoile de cette Scala si chère à Stendhal," a tenu à venir déposer des fleurs au pied de ce monument, en l'honneur du Français qui n'ambitionna d'autre litre sur sa tombe que celui de Milanese.