‹ Stendhal et le beylismeChapitre 2 sur 6 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

posèrent une plaquette qui fui éditée il y a dix-huit mois. En y joignant quelques pages d'Emile Faguet, qui couvrit toute ma carrière de critique d'an pat rouage infatigable, et quelques graves éloges de Paul Souday, voilà toute la presse de mon Stendhal.

Son apparition passa donc totalement inaperçue, et je fus bien surpris d'apprendre, il y a quelques années, lorsque le fonds Ollendorf fut cédé à la maison Albin Michel, que le tirage était à peu près épuisé. Tombé par hasard entre les mains de quelques lecteurs de rencontre, divulgué et signalé par eux, le livre avait cheminé sourdement, de proche en proche. Le grand public n'en avait jamais contai Vexistence, mais il s'était acquis un nombre croissant d'ami, zts qui Vavaient « lancé »

â leur façon. Cet ouvrage de mon âge mûr retrouvait ainsi le sort des livres de début, des essais de la première jeunesse. Je ne m'en plains pas pour lui.

Aujourd'hui, il n'en reste plus dans le commerce un seul exemplaire, en sorte que M. Albin Michel a bien voulu l'imprimer à nouveau et le présenter comme un ouvrage presque inédit. J'ai, depuis lors, changé d'existence, presque aussi complètement qu'il puisse advenir à un homme, et il se peut que le bruit fait autour de mon nom dans ce: te vie nouvelle avive cette fois la curiosité. Mais le livre, lui, n'a pas changé. Je me suis borné, en le révisant, à corriger quelques erreurs toutes maté-

PRÏiFAÏ E

rielles; je n'en ai pas modifié un seul mot. Certes, je n'ignore pas tout ce qui s'est blié depuis quinze ans sur mon sujet : je ne me suis pas séparé à ce point de tout intérêt littéraire. Si ce Stendhal était un ouvrage d'érudition, je ne doute pas qu'il eût fallu le refondre tout en lier. Mais je n'avais jamais eu l'intention, ou la prétention, de fixer un état donné de la vérité historique, biographe que, ni même critique aa sens propre du terme. L'unique objet que je me fusse proposé était d'étudier un cas littéraire par les procédés du romancier étudiant un personnage vivant, de pénétrer jusqu'aux systèmes de sentiments et d'idées qui forment les particularités propres du modèle et qui peuvent livrer son secret, comme une formule livre le secret d'un parfum, de chercher ensuite, après la clé d'une œuvre qui ne ressemble à aucune autre, la loi d'une destinée tout aussi singulière. Ce genre de travail n'était pas a la merci de l'incessante découverte dont l'effort s'est développé autour de Stendhal. On achève de dépouiller et de publier ses manuscrits; on s'applique à remj)iir les lacunes ou à éclaircir les points obscurs de sa vie. Mais aucune donnée essentielle ne s'est ajoutée, ni ne s'ajoutera sans doute, à ce que nous savons de l'homme et à ce que nous connaissons de l'œuvre. ]ai matière a pu s'étendre, elle ne s'est pas transformée, et l'expérience que j'ai tentée sur elle n'a rien perdu de sa probabilité.

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