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CHAPITRE IV

Dans une âme parfaitement indifférente — une jeune fille habitant un château isolé au jfond d'une campagne — le plus petit étonnement peut amener une petite admiration,et, s'il survient la plus légère espérance, elle fait naître l'amour et la cristallisation.

Dans ce cas, l'amour plaît d'abord comme amusant.

L'étonnement et l'espérance sont puissamment secondés par le besoin d'amour et la mélancolie que l'on a seize ans. On sait assez que l'inquiétude de cet âge est une soif d'ai-

qu'elle cache bien vite, au moindre bruit, dans les tiroirs de l'établi de son père, lequel est graveur de boîtes de moDtre. Une àme comme celle de madame Roland me pardonnera, je l'espère, non seulement le mot de cristallisation employé pour exprimer cet acte de foliequi nous fait apercevoir toutes les beautés, tous les genres de perfection dans la femme que nous commençons à aimer, mais encore plusieurs ellipses trop hardies. 11 n'y a qu'à prendre un crayon et écrire entre les lignes les cinq ou six mots qui manquent. (Note de Beyle.)

(1) Toutes ses actions eurent d'abord à mes yeux cet air céleste qui sur-le-champ fait d'un homme un être à part, le différencie de tous les autres. Je croyais lire dans ses yeux cette soif d'un bonheur plus sublime, cette mélancolie non avouée qui aspire à quelque chose de mieux <jue ce que nous trouvons ici bas, et qui, dans toutes les situations où la fortune et les révolutions peuvent placer une àme romanesque,

Still prompts the celestial sight,

For whicli we wish lo live or dare to die.

(Ultima letteradi Bianca a sua madré. Forli, 181 7.) (Note de Beyle.)

(a) C'est pour abréger et pouvoir peindre l'intérieur des âmes que l'auteur rapporte, en employant la formule du je, plusieurs sensations qui lui sont étrangères ; il n'avait rien de personnel qui méritât d'être cité. (Note de Beyle.)

mer, et le propre de la soif est de n'être pas excessivement difficile sur la nature du breuvage que le hasard lui présente.

Récapitulons les sept époques de l'amour ; ce sont :

i° L'admiration ;

2° Quel plaisir, etc. ;

3° L'espérance ;

4° L'amour est né ;

5° Première cristallisation ;

6° Le doute paraît :

7° Seconde cristallisation.

Il peut s'écouler un an entre le n° i et le n° 2. *

Un mois entre le n° 2 et le n° 3 ; si l'espérance ne se hâte pas de venir, l'on renonce insensiblement au n° 2 comme donnant du malheur.

Un clin d'œil entre le n° 3 et le n° 4-

Il n'y a pas d'intervalle entre le n° 4 et le n° 5. Ils ne sauraient être séparés que par l'intimité.

Il peut s'écouler quelques jours, suivant le degré d'impétuosité et les habitudes de hardiesse du caractère, entre les nos 5 et 6, et il n'y a pas d'intervalle entre le 6 et le 7.

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