‹ StendhalChapitre 60 sur 95 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Une fois la cristallisation commencée, l'ont jouit avec délices de chaque nouvelle beauté que l'on découvre dans ce qu'on aime.

Mais qu'est-ce que la beauté ! c'est une nouvelle aptitude à vous donner du plaisir.

Les plaisirs de chaque individu sont différents et souvent opposés : cela explique fort bien comment ce qui est beauté pour un individu est laideur pour un autre. (Exemple concluant de Del Rosso et de Lisio, le ier janvier 1820.)

Pour découvrir le nature de la beauté, il convient de rechercher quelle est la nature des plaisirs de chaque individu ; par exemple,il faut à Del Rosso une femme qui souf-

DE L AMOUR /jO I

fre quelques mouvements hasardés, et qui, par ses sourires, autorise des choses fort g-aies ; une femme qui, à chaque instant, tienne les plaisirs physiques devant son imagination, et qui excite à la fois le genre d'amabilité de Del Rosso et lui permette de la déployer.

Del Rosso entend par amour apparemment l'amour physique, et Lisio l'amour-passion. Rien de plus évident qu'ils ne doivent pas être d'accord sur le mot beauté (i).

La beauté que vous découvrez étant donc une nouvelle aptitude à vous donner du plaisir, et les plaisirs variant comme les individus,

La cristallisation formée dans la tête de chaque homme doit porter la couleur des plaisirs de cet homme.

La cristallisation de la maîtresse d'un homme, ou sa beauté, n'est autre chose que la collection de toutes les satisfactions, de tous les désirs qu'il a pu former successivement à son égard.

Page 1