LES PAPILLOTES
C'était le 8 septembre , jour de la Nativité.
On avait planté le mai, et tout le monde y courait, toutes les musettes étaient en l'air : c'était des sauts , des cabrioles , on dansait, on chantait, personne ne s'embarrassait de moi ni de mes tablettes que par malheur j'avais perdues. Je m'assis à la porte sur un banc, et je me mis à philosopher sur le malheur de ma position. Par un hasard plus heureux que je n'ai coutume d'en rencontrer , il n'y avait pas une demiheure que j'attendais, quand la maîtresse de la maison rentra pour ôter ses papillotes avant d'aller au mai.
Il est bon que vous sachiez que les Françaises aiment les mais à la folie.., presqu'au-
tant que leurs petits chiens. Donnez -leur un mai, n'importe en quel mois ce soit, elles y courront, elles y oublieront le boire, le manger et le dormir; et si nous avions la politique, en temps de guerre, de leur envoyer une cargaison de mais (d'autant que le bois commence à devenir rare en France), les femmes les planteraient d'abord; ensuite hommes et femmes se mettraient à danser autour et laisseraient le pays à notre discrétion.
La maitresse de la maison rentra, comme je l'ai dit, pour ôter ses papillotes. La toilette est pour les dames la première occupation de la vie. Tout en ouvrant la porte, la dame ôta sa coiffe et commença à jeter ses papillotes; une d'elles tomba à mes pieds , je reconnus mon écriture.
O Dieux! m'ccriai-je, Madame, vous avez toutes mes remarques sur la tête, — J'en suis bien mortifiée , dit-elle. Il est bien heureux pour elles, pensai-je, qu'elles se soient arrêtées à la superficie. Pour peu
qu'elles eussent pénétré plus avant, elles auraient mis une caboche féminine, et surtout française, dans une telle confusion, cpie mieux aurait valu pour elle demeurer toute l'éternité sans être frisée.
Tenez, dit-elle. Et sans avoir la moindre idée de la nature de mes souffrances, elle ôta ses papillotes, et les mit gravement l'une après l'autre dans mon chapeau, L'une était tortillée d'une façon, l'autre tortillée de l'autre. Et, par ma foi,dis-je, si elles sont jamais publiées , on verra bien un autre tortillage.