Morale dans le style de Sénèque
11 vaut mieux faire la chose la plus inutile du monde que rester un quart d’heure inoccupé.
l'ARTIK II.
l’abime du lomps et dont les noms ne subsistent (|ue dans leurs commentaires, seraient de nature h nous Taire regretter la perte de tant d’esprit, d'humour et «l’admirables écrits, si les fragments (|iii nous ont été conservés, et (pie nous devons d(;s lors supposer en être les morceaux les plus remanpialiles, ne nous offraient pas la possibilité de les juger un peu par nous-mêmes.
Après un examen critique, ’]e prétends qu’un U'cteur de bonne foi conviendra que ceux de ces ouvrages que nous possédons dans leur intégralité, ou même mutilés, valent la bibliothèque complète de ceux qui gisent enterrés avec leurs auteurs. Voiries Jugements des savaiits, par 31. Ilaillet, ciu(| volumes de matériaux de ce genre.
127. — Les critiques littéraires, anciens et modernes, veulent être lus avec réserve. — Les jugements différents et même contraires portés sur le même ouvrage par des hommes d’une logique, d’une capacité et d’une science égales, seraient de nature a nous .surprendre si nous ne considérions pas que les critiques se trouvent placés dans la même situation que les amoureux. — Enamourés de certains passages dont la beauté peut échapper à d’autres yeux, ils sont tout disposés à trouver parfait l’ouvrage entier.
Le vieil adage De gustihus non, etc., peut s'appliquer dans un cas comme dans l’autn*. — Le ne sont
pas les jugements ou l’esprit des commentateurs que nous attaquons, mais simplement leurs goûts, leurs sympathies et leurs enivrements. — Jugeons, goûtons et sentons donc toujours par nous-mêmes, et ne nous laissons pas séduire par le prestige des grands noms.
128. — Parmi les nombreuses et curieuses impertinences des scoliastes, nulle ne me paraît plus ridicule que leurs discussions sur l’authenticité des écrivains de l’antiquité. — Est-ce Vauteur ou Vécrit que nous admirons ou que nous critiquons? Mais, quand nous jugeons une œuvre de génie, c’est Vauleur ( peu importe son nom) que nous avons devant nous.
Je m’inquiète fort peu que ce soit le manuscrit de Pisandre ou celui de Virgile, — Macrobe l’attribue à Pisandre, — qui ait servi de texte original au second livre de VÉnéide, — ou qu’Apollonius de Rhodes soit l’auteur du quatrième. — Il m’importe tout aussi peu qu’un Homère de sept villes ail composé entièrement Vlliade et VOdyssée, ou colligé seulement un certain nombre de vieilles ballades pour les chanter dans les rues de Smyrne, de Rhodes, de Colophon, de Salamis, de Chio, d’Argos ou d’Athènes, sous le titre de Guirlande du vieux .nendiant aveugle.
Je ne prétends pas que nous ayons devant les