CHAPITRE XVII
LE LÀPSLS U.NGUJi
Mais, en général , je ne suis pas tout a fait aussi circonspect, — j’entends ne parler que de mes expressions. — 11 m’échappe parfois des mots qui lie répondent pas a mes idées. — J’ai le malheur d’étre infecté d’une phraséologie particulière que, dans la précipitation du discours, je peux rarement maîtriser, — et qui souvent me fait paraître vouloir dire ce qui se trouve alors très-éloigné de ma pensée.
J’ai maintes fois gourmandé mes domestiques et réprimandé ma femme et mes enfants avec tout le sérieux imaginable, — et quand j’étais désolé de les voir trembler beaucoup trop fortement devant la crainte de ma fureur, imaginez quelle devait être la mortification — d’un homme en colère, — lorsqu’il s’apercevait que leurs côtes étaient simplement agitées par le rire qu’avait provoqué quelque image étrange ou quelque expression ridicule, que, dans ma chaleur, j’avais lancée sans le savoir.
L«‘ boulot (le canon qui emporia la tète du inaréclial (le Turenne enleva en même temps un bras au général Saint-Hilaire. — Son fils, jdacc h ses côtés, laissa écbapp<^r un torrent de larmes a la vue du malbeurde son père; celui-ci le réprimanda en lui disant : Mon enfant, ne pleure pas sur moi, — mais sur Lüi.
La pitié généreuse et la noblesse de sentiment qui durent affecter ce brave bomme en ce moment agissent si puissamment sur mes nerfs, (\n’ elles me font vibrer le cœur comme le son d'une trompette (1). j' Je racontai un jour cette histoire en société, et )* ^elle produisit son effet, — jusqu’au moment ou je la terminai par ces mots : — en lui montrant le ca- ,• f'davre sans nom (2) , avec la main qu'il venait de / perdre. — Mes auditeurs éclatèrent tous de rire. — ^ Je les jugeai stupides; — mais bientôt après, m’étant recueilli, je me sentis tout honteux.
l iK* autre fois, en expliquant le Mystère de la Rédem))tion a un jeune étudiant en droit, il m’arriva de me servir d’une allusion tirée de ses propres études, à savoir de \ application d'une amende et de son recouvrement-, celte comparaison a souvent été rappelée pour me nuire, et, depuis lors j’ai passé pour un impie.
(t) Paroles de Sir Pliilippc Sydney, pour exprimer l’émotion que lui causait toujours la ballade de Perçu et Douglas. {Note de Sterne.)
(2) Sine notnint corpus. ViacaE {Note de Sterne.)
El pourquoi? Uniquement, je suppose, parce que je suis un joyeux ecclésiastique, — puisque saint Patrick, le patron de l’Irlande, qui lui, était yruve, j a été canonisé pour avoir expliqué la Trinité eu la / comparant à un trèfle (\).
(I) Le trois-fcuillcs de Sitrne .)