‹ Sterne inédit Le Koran traduitChapitre 35 sur 157 · PARTIE I · texte numérisé non relu

PARTIE I

païens n’aient connu ni V Inquisition, ni les Autoda-fé, ni les Croisades : —

Que pendant les siècles d’ignorance et de barbarie, alors que le Diable, comme les prêtres nous l’assurent, gouvernait l’Église , rendait des oracles, ordonnait des impuretés et exigeait des sacrifices humains, les frères ne se soient pas armés contre les frères, les nations contre les nations, en fiirevr civile, ou en qxierre pieuse ; —

Mais qu’aussitôt qu’il eut plu a Dieu, par une intervention miraculeuse, de prendre l’Église en ses propres mains, ait commencé une ère si horrible et si impie, — que 1a parole de paix fit sortir l’épée du fourreau et que les préceptes d’amour et de concorde produisirent la désunion et la haine.

Le prêtre chrétien, — dites «»ti-clirétien, — m’apprend que la raison de cette différence remarquable gît en ceci, que les païens ne possédaient pas un symbole de foi qui valût la peine de se quereller, — attendu qu’ils croyaient généralement que l’âme périt avec le corps, — Post mortem nihil est, tel était leur Credo, — et qu’en outre le petit nombre des philosophes qui admettaient une postexistence niaient en même temps V enfer. — Non est unus, dit Cicéron, tam excors, qui credat.

C’est ainsi, ajoute le bon catholiqxie, que tant qu’on a supposé, par ignorance, que l’existence humaine tout entière était comprise dans le cycle de

la vio mortollo, la paix, l’amilié el la bienveillanco ont très-oertainement paru prôférablos a la guerro, à la haine et a la persécution.

)Iais, (piand l’ânie immortelle eut été confiée a la garde du Vicaire du Christ sur la terre, — ils eussent été complètement indignes de s’appeler les prêtres de l'Afineau, et les oracles de la Colombe, les saints qui n’auraient pas précipité dans les flammes le corps d’un hérétique (1) !

Je ne puis m'empêcher de nier l’orthodoxie de ce véritable dogme catholique; et je me sens plus disposé à m’entendre avec Cicéron, bien qu’il fut plongé dans les ténèbres, stir le passage que j’ai cité de lui. — Car croire h une âme et la damner me paraît, non pas une lumière, — mais un éclair.

(1) I.c texte papiste qui ordonne la grillade est tiré de ce passage de l'Kcriture où il est dit; a llomincin lisercticnni devita; » — seiilemeiit, ils ont interprété ce dernier mol par de vUri lollere. .[Aote de Sterne 1

l’AiniE I.

CHAPITUE XXIII.

MA RKIir.lON.

Qiiellcs sont mes opinions en religion? Vous me le demandez, — je vais vous le dire. — .le suis en ce moment sur mon lit de mort.

Je possède assez de conviction et de foi religieuses pour devenir un méthodiste, et assez de chaleur spirituelle pour faire de moi un fanatique; mais, Dieu merci, je n’ai jamais été assez impie pour tomber dans de pareilles e.vtravagances.

Les passions veulent être combattues par la passion . — C’est pourquoi vos grands pécheurs deviennent généralement dévots. — C’est la une conséquence naturelle dans une classe d’individus, paradoxes vivants, assez communs dans la vie, f/i/i credunt multum et peccant fortitei'.

Pour ma part, je crois que la brise légère de l’or thodoxie de notre Église est assez forte pour porter mon âme au ciel. — Mon cerf-volant n’a pas, attaché

LE KO R AN

à la queue, uu poids de péchés tellement lourd, qu’il faille un tourbillon pour l’enlever. — Et, depuis que les oracles ont disparu, je pense qu’une personne peut être touchée par une gtrâce eflicace sans tomber en convuleions.

Je suis aussi certain qu’il y a un Dieu la-haut, que je le suis d’exiger moi-même ici bas. — Sur ces deux points, ma certitude est la même, — car autrement comment sei*c^-je venu en ce monde?

« Dilcs-moi, si vous l’.ivez vu, comment j« suis iirrivé ici? Ce n’est jwint de moi-mènio. »

Dieu doit aimer la vertu et haïr le vice. — Il doit donc récompenser et punir. — Si nous ne sommes pas des créatures responsables, nous sommes certainement, sur la surface de la terre, les animaux les plus inconcevables.

Lorsque râriM-- a fui, et que le corps a péri dans la tombe, est-ce la résurrection de l’homme qui révolte ta vaine philosophie? — Consulte la chenille, ignorant, et le papillon te répondra. — Dans son premier état, tu la vois lente, abandonnée, inerte, — rampant sur la surface de la terre, et se nourrissant grossièrement de l’herbe des champs. — Après sa métamorj)hose, sa résurrection, elle est devenue un séraphin ailé, admirable à voir, léger comme l’air, prompt comme le vent, aspirant la rosée du

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