PARTIE I
vée avec le plus grand soin, et elle accompagnait tous les jours son père a l’église, le matin et le soir; elle s’asseyait sur un petit tabouret, dans le bas côté de la nef, au-dessous du pupitre; et, comme elle avait la voix très-juste, elle aidait habituellement son père a entonner le psaume.
En grandissant, cette brave fille n’avait jamais laissé paraître dans sa conduite le moindrè indice de légèreté, d’effronterie ou de coquetterie.
Chaque village a, d’habitude, se& modèles 'a citer, et miss .4mejifut le parangon de notre paroisse, — jusqu’à l’âge de dix-sept ans. — époque à laquelle elle disparut tout à coup, — parce que, comme nous l’apprîmes bientôt après, elle se trouvait trop g7'Osse pour se laisser voir.
Le lieu de sa retraite demeura pour nous un secret pendant plusieurs mois, jusqu’au moment où la belle fugitive devint la malheureuse mère d’un enfant; je reçus d’elle alors une lettre particulière, pour me prier de lui accorder le lendemain, dans un petit cottage, a cinq milles de la ville où je demeurais, une entrevue. — et de m’y rendre seul.
Mon humanité, mélangée d’un peu de femellité, c’est-à-dire de curiosité, me décida à accéder ponctuellement à sa prière. — J’y allai. — Elle se jeta à mes genoux, se cacha la figure dans ses mains et pleura amèrement, — mais non pas seule.
Lorsque j’eus consolé son âme, en lui prêchant
l'ofllicacilé du n'pcnlir, calmé son esprit, en lui promettant de négocier une réconciliation entre elle et ses inl'ortunés parents, la seconde partie de ma mission agit si fortement sur moi, que je commençai a la questionner, à la façon d’un confesseur, sur toute l’affaire, le début, la marche et les artifices qui avaient amené sa faute ou qui avaient été employés pour la faire succomber.
^Elle me répondit avec une franchise et une candeur qui me convainquirent complètement de sa sincérité et de son ingénuité. — Elle me déclara que sa chute ne provenait ni de la passion ni du vice ; — que, d’une part, jamais dans sa vie elle n’avait éprouvé un désir passionné de nature ’a agiter son âme; — que. d’autre part, elle n’avait jamais été l’objet de poursuites instantes capables de la séduire.
« Mon révérend monsieur, s’écria la belle pénitente avec un triste soupir, rien de pareil ne peut m’être cruellement reproché dans cette déplorable circonstance. — C’est, — c’est, hélas ! le métier de mon père qui, seul, a causé ma perte. —
Le métier de votre père ! Son métier, répliquaije avec étonnement, la cause de votre perte! — — Mais le fait était vrai, a n’en pouvoir douter. —
A son emploi de clerc de la paroisse, le vieil Amen f ajoutait l’état de culottier. — Il avait, dès l’âge de / treize ans. initié sa fille aux mystères de cette pro-