PARTIE I. U
rencontrons, sont le seul obstacle qui nous empêche généralement d’atteindre, dans la vie, à la j)liilosophie et a la vertu.
Quelle différence existe-t-il entre une femme chaste et une femme fragile? L’une a lutté et Vautre point. — Entre un homme brave et un poltron?
L’un a lutté et Vautre pas. — Entre un honnête homme et un coquin? L’un a lutté eiVautrenon. —
Je suis habituellement enjoué, — mais je suis surtout remarquablement plus gai dans la douleur, la maladie ou le malheur, — pourvu que le malheur me soit persopnel, — que dans toqte autre circonstance de ma vie. Visiter les malades cesse d’être un devoir de l’Écriture quand il s’agit de moi .
— Le monde entoure ma couche, non pour gémir, mais pour sourire de mes souffrances et pour m’entendre confesser l’esprit sur le chevalet, et me voir ) affiner mon métal dans le creuset. ^
Un de mes amis me croyait sur le point d’expirer d’une sévère attaque de colique bilieuse, — et j’aurais certainement éclaté a l’instant même si je n’avais pas été fort heureusement abandonné par trois médecins, — et par conséquent débarrassé de la pression des médecines. Mon ami, dis-je, se montra très-inùigné de la gaieté indécente, comme il ( l’appelait, avec laquelle je me disposais a quitter 1« / monde. — Voici en propres termes la réponse que je lui adressai : —
« Vos chrétiens, paresseux et indolents, sont trop portés a entretenir dans leur esprit la dangereuse croyance a Tefficacité du repentir au lit de mort. — Je n’ai jamais été assez fou pour m’y fier. — Quand on demandait a Socrate, avant son procès, pourquoi il ne préparait pas lui-même sa défense, il répondit noblement : Je n’ai fait que cela toute ma vie.
« Celui qui remet a ses derniers instants la grande œuvre du salut consume son temps en bagatelles jusqu’à l’arrivée de la nuit, pendant laquelle l’homme ne peut plus travailler. — Une attrition (1) au lit de mort, — et ce n’est pas autre chose quand on en arrive l'a , — ressemble 'a la dernière parole de Vanini, — qui, athée toute sa vie, en appela 'a Dieu dans les flammes.
« Une apoplexie peut-elle nous priver du salut? Non ! Eh bien ! la peur seule peut donc alors nous rendre tristes a notre départ. — La vie n’est qu’une plaisanterie, la mort en doit donc être sûrement le véritable sel. — L’existence la plus longue est aussi courte qu’une épigramme, et la fin n’en est que la pointe. »
Mon sage ami se retira dans un coin de la chambre 'a coucher et se mit en prières.
(1) Le repentir par crainte du châtiment et non celui par regret du péché, lequel constitue la conlritioH. [Xole d« Sterne.)