‹ Sterne inédit. Le Koran. Œuvres posthumes complètes, trChapitre 14 sur 178 · AWE MOI-MÊME DE L^ESPRIT · texte numérisé non relu

AWE MOI-MÊME DE L^ESPRIT

Cette question a été discutée par quelques indindus. — Un biographe, Triglyph, m'appelle un écrivain anomaU hétéroclite, — deux mots, soit dit en passant, qui ont la même signification; — il ajoute que jai plus de sauce que de poisson, etc. (1). ^— On m'accorde de la bizarrerie, de Toriginalité et de la fantaisie. — mais on me refuse de Yesprit.

Si par cette expression on entend le trait épigrammatique, il est possible que je le possède peu. — Mais admettons, avec le bon maître Triglyph, que Tesprit soit une sauce. — Les sauces doiventelles toujours être piquantes? — La cuisine réputée la meilleure n'est-elle pas celle dont les ingrédients sont mélangés si également qu'aucune saveur particulière ne prédomine au palais? — Les appétits usés seuls exigent des assaisonnements excessifs.

On me reconnaît de la franchise, de l'originalité

(1) Le Triumvirat, préface. {Noie de Sterne.)

et de rinvention. — Qu'est-ce donc que Fesprit, si ces trois qualités ne Timpliquenf pas? — Et si c'est autre chose, n'est-il pas de peu d'utilité la où elles se trouvent réunies?

Les anciens appelaient l'esprit ingenium, — capacité, invention,' puissance. — Martial, le premier, l'a réduit à un trait, — et, depuis cette époque de faux brillants 9 on a composé un trop grand nombre d écrits tellement acides qu ils ont agacé les dents de leurs lecteurs.

Aussi suis-je parfaitement tranquille sur ce point, a savoir si on m'accorde ou non de l'esprit.

Page 1