PARTIE I
Ou bien, je puis lire Samsan Agoniste. — Il doit avoir la tête faible ou les yeux solides, celui qui peut lire, sans pleurer, le premier monologue de ce poëme, — et particulièrement la dernière partie, celle dans laquelle le héros déplore la perte de sa vue. Miliou Ta écrite d'après ses propres sensations,
— et sa cécité m*a souvent obscurci les yeux. Mais toutes les fois que j'ai Tintention de m 'accorder une fête de larmes complète, je n'ai qu'a jeter les yeux sur l'histoire de la vie de Sir Thomas More, et y lire le passage où sa fille, Mrs Roper, le rencontre dans la rue revenant a la Tour, immédiatement après sa condamnation! — Mon père! ô mon père !
« Triste volupté inconnue aux esprits vulgaires ! »
Le seul titre d'un livre, depuis longtemps perdu ,
intitulé : Lamentatio gloriosi régis Edwardi de
Kamarvan, quam edidit temporesuœ incarcerationis,
— Lamentation du glorieux roi Edouard de Karnarvan, qu'il composa durant sa captivité, — abat mes esprits pendant une journée entière. — L'opposition des deux premiers mots (du latin), puis encore ceHe du troisième et du dernier, m'affectent profondément. — Et, quoique ce soit une bien vieille histoire, je ne puis m'epipécher de ressentir, pendant quelques instants, l'impression que me produiraient de mauvaises nouvelles.
Mais de pareilles choses n'aiïectent pas tous les
hommes. — F^e plus grand nombre ne Ut qu'avec les U^ux, et n entend qu'avec les oreilles. — C'est le petit nombre qui lit avec son âme tout entière et écoute avec tous ses sentiments. — L'intuition et la sensibilité ne sont les organes que du génie et de la vertu. La dureté de cœur, qu'on rencontre généralement dans l'espèce humaine, pourrait nous porter à ajouter foi a la vieille fable de Deucalion, et a supposer que les hommes sont sortis des pierres. — On pourrait encore s'imaginer que le monde est devenu si corrompu, que la Personne divine, qui avait assumé sur elle le salut de l'humanité, a jugé nécessaire de ne confier, de nos jours, qu'à un petit nombre la garde de leurs propres âmes, et les a tendrement séparés de la multitude et enfermés en sûreté, hors du sentier du mal, dans le limbo patrum, jusqu'au jour du jugement.
Cependant, je" n'ose jouir longtemps, ni souvent, de cette volupté de la douleur. — Mes nerfs sont faibles. — Je puis maîtriser ma gaieté, mais non refréner ma mélancolie.