‹ Sterne inédit. Le Koran. Œuvres posthumes complètes, trChapitre 50 sur 178 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

SE.NSimUTK.

Toutes les fois qu'il m'est arrivé de lire a haute voix, en société, une tragédie ou quelques passages attendrissants d'histoire, de poésie ou même de roman, mes yeux se sont remplis de larmes et la voix m'a manqué. — Je m'attendais k produire le même elTelsur mes auditeurs; — mais, au lieu de provoquer leurs larmes par ma lecture, je les ai souvent vus rire de mon émotion .

Je me suis retiré honteux, — non pas d'eux, mais de moi-même. — Je me suis défié de ma propre faiblesse plutôt que de la leur, — et la vanité qui m'avait fait supposer que j'avais sympathisé avec les anges a fait place k l'humiliante idée que j'étais atteint d'une plus grande débilité d'esprit que les mortels. — J'ai commencé a douter de l'énergie de mes facultés intellectuelles, et pendant quelque temps j'ai veillé avec un soin jaloux sur mes paroles et mes actions.

Mais la fréquentation et les sentiments de quel--

ques esprits supérieurs m'ont un instant rendu uu peu de confiance. J'ai tenté de nouveau la même expérience, et je me suis vu, derechef, replongé dans les mêmes réflexions mortifiantes. — Je me suis alors eflbrcé de tremper mon cœur a Tépreuve des maux d'autrui, — mais en vain. —

Les sentiments élevés sont bafoués par le monde et ridiculisés, comme une faiblesse, par la philosophie stoïque. — Rien n'est plus propre a faire perdre contenance aux esprits délicats, qui, pour paraître sages, dissimulent leur sensibilité, et affectent un caractère au-dessus de la nature humaine pour se modeler sur ceux qui sont au-dessous d'elle.

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