PARTIE II
N'est pas le moins du inonde outrée si on la compare aux charmantes absurdités de nos poètes lyriques et faiseurs de sonnets.
Je parcourais ce matin le carton de musique de ma fille, et J'y ai trouvé plusieurs romances célèbres, chantées avec les plus grands applaudissements au Ranelagh et au Wauxhall, et composées depuis l'apparition dans le monde de cette ode salutaire. — Aussi leurs auteurs, n ayant pas la crainte de Swift devant les yeux, -»- et au mépris le plus complet de notre souverain seigneur le poète lauréat^ — y ont-ils commis volontairement d'horribles meurtres de ce genre, savoir :
Un amant, bravant toutes les lois, commence ainsi :
« Avez-vous vu le soleil, quand il a disparu derrière les montagnes ? Alors vous avez vu ma belle Molly, etc. »
Ce qui peut se traduire textuellement par : — « S'il vous est jamais arrivé de voir le soleil, quand il est invisible, alors je veux bien admettre que vous ayez pu voir ma belle Molly, qui l'emporte sur le soleil, — hors de la portée de la vue. »
Un autre poète ensorcelé, trop sublime pour s^arrêter a des absurdités ordinaires, s'élève par la passion jusqu'au crime. — ■ Car, en terminant un vers par cette assertion :
« L'amitié pour une femme est sœur de l'amour, »
Il commet, — d'un coup, — un inceste poétique.
Mais le génie qui m'a charmé et intrigué le plus, c'est l'auteur de la stance suivante :
« Allons, prends ton verre, me dit gracieusement la fille du Nord. — Je pris mon verre, et je fus en effet agréablement surpris. »
Ici se présentent deux questions, également intéressantes a résoudre; — savoir, quel verre était-ce? et quelle surprise ?
A la vérité, le poète nous dévoile dans le vers suivant le secret de sa surprise , — c'est la beauté de la tille. — Nous devons dès lors supposer qu'il la voyait pour la première fois, — puisqu'il s'en montre tellement surpris. — Mais pourquoi n'en est-il pas surpris avant d'avoir pris son verre tout aussi bien qu'après? — Ceci nous ramène a la solution du premier problème, quelle sorte de verre était-ce?
Les commentateurs diffèrent entièrement sur ce point. — Les uns affirment que c'était un verre grossissant, — qui avait augmenté d'une manière surprenante les dimensions des charmes de h fille, lesquels n'avaient rien de remarquable a l'œil nu.
D'après une autre opinion, vers laquelle j'incline, je l'avoue, comme étant plus orthodoxe, ce devait être un verre à vin. — La fille du Nord, tant soit peu glacée, aurait défié notre poète k boire un coup avec elle, — et l'aurait plongé dans une sorte de vue écossaise, — ou seconde vue. — En d'autres termes,