‹ Stirner et NietzscheChapitre 20 sur 55 · Nietzsclie, Menscldiches-Allzumenschliches, II · texte numérisé non relu

Nietzsclie, Menscldiches-Allzumenschliches, II

théologie métaphysique; il veut prouver contre Scliopenhauer que les actes désintéressés ne sont pas (les miracles, des actes à la fois impossihles et réels; il veut montrer qu'il faut renoncer ;i la llioologie apologétique (pii, depuis Schleierniachcr, se préoccupe plus de conserver la religion chrétienne que d'exjjlicjuer les phénomènes religieux; il essaie donc d'analyser ce qui se passe dans l'àme des chrétiens, pour trouver une interprétation dégagée de toute représentation mythologique. C'est en psychologue que Nietzsche étudie dans cette deuxième période l'égoïsme, et c'est dans les œuvres des psychologues qu'il faut chercher Forigine de ses théories.

Nietzsche lui-même cite Lichtenberg et La llochefoucauld. « 11 nous est impossible, dit Lichtenberg, de sentir pour autrui comme on a coutume de dire ; nous ne sentons que pour nous. La phrase paraît dure ; elle ne l'est pourtant pas, pourvu qu'on l'entende bien. On n'aime ni père, ni mère, ni femme, ni enfant, mais les sentiments agréables qu'ils nous causent. » La Rochefoucauld dit de son côté: « Si on croit aimer sa maîtresse pour l'amour d'elle, on est bien trompé ». Mais l'influence qui a agi sur Nietzsche d'une manière décisive est évidemment celle de son ami Réc. L'auteur de l'Origine des sentiments moraux a fait connaître au philosophe allemand les théories anglaises sur la généalogie du bien et dw mal. Nietzsche a sans doute déclaré qu'il n'y avait pas une phrase de Rée

qu'il eût signée sans réserve, et il est vrai qu'il n'est presque jamais d'accord avec les Anglais ; mais on retrouve là précisément un des traits du caractère de Nietzsche : ses adversaires ont beaucoup plus d'influence sur lui que les philosophes qui soutiennent des théories analogues aux siennes. 11 écrit toujours contre quelqu'un. Il ne parle guère de la Grèce sans attaquer Socrate ; de même, il n'étudie guère la généalogie du bien et du mal sans réfuter les Anglais ; mais c'est malgré tout à leur école qu'il se rattache dans sa deuxième période; il se propose comme eux de faire la « chimie des idées et des sentiments'». Il oppose à la métaphysique la philosophie historique, la plus jeune de toutes les méthodes philosophiques, qu'on ne peut plus séparer aujourd'hui des sciences naturelles.

Pour Stirner, l'égoïsme est une règle d'action ; pour Nietzsche, il est avant tout un objet de science. Quand, par exception, Nietzsche conseille de se préoccuper d'abord de l'intérêt personnel, les raisons qu'il en donne n'ont absolument rien de commun avec les arguments de Stirner, Tandis que Stirner, en effet, estime que tout souci de l'intérêt général est une duperie, Nietzsche considère comme prouvé — et il est bien diOicile de ne pas voir ici l'influence de l'école anglaise — qu'il y a harmonie préétablie entre l'intérêt personnel et l'intérêt général, de sorte que

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