‹ Stirner et NietzscheChapitre 22 sur 55 · Slirner, Kleine Schri/lcn, p · texte numérisé non relu

Slirner, Kleine Schri/lcn, p

mais seul l'homme libre est une œuvre originale. Ainsi l'amour est plus noble que Tégoïsme vulgaire, mais il est inférieur à la liberté, à l'autonomie, à Fégoïsme supérieur qui est essentiellement actif el exclut tout sacrifice de soi.

Or, Nietzsche dislingue bien comme Stirner trois phases dans l'histoire de la moralité. « On reconnaît que l'animal est devenu homme à ce que son activité n'aspire plus au bien-être momentané, mais au bienêtre durable ; l'homme acquiert ainsi le sens de l'utile, de l'opportun : c'est la première manifestation de la libre domination de la raison. Un degré supérieur est atteint quand l'homme agit selon le principe de l'honneur; en vertu de ce principe, il entre dans une organisation, il se soumet à des sentiments communs et cela l'élève bien haut au-dessus de la phase où seul l'intérêt personnel le guidait; il respecte et veut être respecté, c'est-à-dire, il considère que l'intérêt dépend de ce qu'il pense d'autrui, de ce qu'aulrui pense de lui. Enfin, parvenu au plus haut degré de la moralité atteint jusqu'ici, il agit selon son appréciation personnelle des choses et des hommes ; il détermine pour lui et pour autrui ce qui est honorable ou utile ; il est devenu le législateur des opinions, selon sa conception toujours plus haute de l'utile et de l'honorable. La connaissance lui permet de préférer l'intérêt supérieur, c'est-à-dire l'intérêt général et durable, à l'intérêt personnel, le tribut d'honneur qui a une valeur générale et durable

an trihut momentané ; il vit cl agit en qualité <rin<lividii coilectil" '.

Il semble à première vue que Stirncr et Nietzsche conçoivent tous deux le progrès moral de l.i même façon. Le sujet passe par trois phases : dans la première, il agit par intérêt personnel; dans la deuxième, il lient compte d'aulrui; dans la troisième, grAce à une sorte de synthèse des deux conceptions primitives, il est son propre législateur. Mais, à y regarder de près, ce parallélisme apparent permet de mieux mesurer toute la distance qui sépare la doctrine de Stirner et celle de Nietzsche, car à vrai dire les deux philosophes cherchent le progrès moral dans une direction opposée. Selon Stirner, l'homme vraiment libre se reconnaît à deux signes : d'une part il ne dépend plus d'autrui, et d'autre part il se modifie sans cesse. Ces deux conditions s'impliquent, d'ailleurs, car, si l'égoïste involontaire se sacritie à autrui, c'est parce qu'il croit se transformer et se dépasser en se fuyant lui-même. Si tu es lié à ton passé, si lu es forcé de répéter aujourd'hui ce que tu as dit hier, si tu ne peux pas te rajeunira (diaque instant, tu te sens enchaîné comme un esclave et figé comme la mort. C'est pourquoi tu cherches sans cesse à atteindre la fraîche minute de l'avenir qui te délivre du présent. Le créateur qui est en toi ne veut pas se laisser immobiliser par la créature éphémère. Cette ten-

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