CHAPITRE VI
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Apergu historique.
La Cathedrale. — Le Chateau. — L'Universite. de portraits de I'Universite.
La collection
Expliquer le charme d'Upsal, ce serait resumer des siecles d'histoire ; voisin de Stockholm dont il est aujourd'hui — a une heure de chemiii de far — comme un faubourg iiitellectuel, Upsal fut frequemment associe a la vie politique de la Suede ; aucune autre ville du ro\'aume ne seconda avec une aussi constante ardeur la vie de I'esprit ; tous les grands mouvements de la conscience et de la pensee suedoises prirent ici naissance ou s'j' repercuterent en echos passionnes. Upsal possede aujourd'hui encore la plus importante universite (environ 2.000 etudiants), et demeure le principal foyer de la science suedoise.
Petite ville de 25.000 habitants, modeste d'apparence, et qui n'a conserve que pen de vestiges d'un long passe; animee et vivante pendant les « semestres »
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d'hiver et de printemps, elle est, pendant les mois d'ete, silencieuse et deserte, solitude monastique ou se poursuivent, a la faveur des bibliotheques et des laboratoires, maints reves appliques ; c'est alors qu'il convient d'y evoquer les anciennes generations ; a I'aube de I'histoire les guerriers de I'Uppland elisaient leur roi et I'elevaient sur le pavois en un site voisin qui est encore un but d'excursion; ils celebraient des sacrifices humains sur les collines de Vieil-Upsal ou s'elevait I'un des plus glorieux temples de la religion deThor, d'Odin et deFro; le christianisme confisqua cette mythologie ; aumoyen age, le roi saint Eric tomba aux bords de la Fj^ris, beaucoup moins en martyr qu'en victime d'imprudentes ripailles — I'erudition moderne a rectifie sur ce point I'hagiograpliie catholique, et definitivement secularise la fontaine qui, en pleine ville, perpetuait la tradition du miracle — les clercs batissent la cathedrale, et dans I'ombre des tours gothiques fondent une ecole, esquissent une premiere ebauche d'universite ; ils sont en relations frequentes avec Rome et Paris ; plusieurs colleges suedois accueillent leurs eleves sur notre montagne Sainte-Genevieve ; Upsal est un centre d'etudes... Une Universite catholique est fondee en 1477 par I'archeveque Jacob Ulfsson ; une buUe papale consacre I'institution de ce « studium generale ad instarBononiensis», et en nomme les archeveques d'Upsal clianceliers a perpetuite. Quelques mois plus tard, les Etats de Strangnas accordent a I'Universite « les memes privileges que le roi de France a accordes a I'Universite de Paris. » On se modele toutefois sur I'exemple de Rostock et de Greifswald, plus voisins ;
lemalheur des temps ne permet point un important progres Les dechire-
ments de la Reforme n'epargnent point la pieuse et savante bourgade ; quand le protestantisme y installe definitivement une universite oflacielle, il fait d'Upsal I'immuable boulevard de la religion d'Etat.
Desormais ce sont les fastes universitaires qui assurent la continuite de la tradition upsalienne ; et sans doute les passages d'armees, les entrees et les couronnements de souverains, les fetes princieres — Christine surtout au xviie, Gustave III au xviiie siecle — les funerailles solennelles et les rejouissances nationales etonnent et troublent periodiquement theologiens et savants... Mais ce qui importe bien davantage, parce que la vie journaliere est faite de cette etoffe, ce sont les querelles de professeurs, les conflits de doctrine, les retentissantes « disputations » ou soutenances de theses, tons les usages ceremonieux, ou burlesques, ou se rencontrent, et collaborent, et parfois se heurtent la morgue des pedants et la folic f antaisie d'une turbulente jeunesse. Depuis Gustave-Adolphe, I'Universite, proprietaire d'une partie de la region environnante, administre elle-meme ses forets et ses fermes. Fes etudiants, groupes en « nations », s'exercent, sous
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I'exclusive juridiction du recteur, au self government, maitres, de nos jours encore, de leur discipline et de budgets assez importants... lis savent que les jardms et les squares sent ici peuples d' ombres imperieuses et eloquentes : le terrible Rudbeck promene encore autour du Gustaviamim sa ferule d'erudit omniscient, chimerique et genial ; le jardin botanique n'a jamais ete delaisse par Fame tutelaire du grand et delicieux Linne; devant I'Universite,
Eglise de la Trinite.
mie statue de bronze immobilise la fougue de Geijer, historien, poete, orateur, Michelet scandinave, vibrant et melodieux. Nul doute que Scheele hante encore la pharmacie de la grand'place. Et voici qu'un recent monument precise, parmi les bouleaux et les erables de la coUine savante, I'image de Wennerberg, poete du romantisme scolaire, aede humouristique des joies, des equipees et des melancolies adolescentes, auteur de ces Gluniarna que Ton chante aux fetes des « nations » ou encore au printemps sous les fenetres des jeunes filles ep rises de « serenades »...
Qu'un tel milieu, prive d'une aristocratic de fortune, ait rarement encourage I'art, il n'y a rien la de surprenant ; ajoutez qu'ici, de meme qu'a Stock-
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holm, les incendies firent rage ; ce qu'ils epargnerent est toutefois du plus vif iiiteret.
Venant de Stockholm, on preferera, si Ton en a le loisir, le bateau au chemin de fer ; le vapeur se hate lentement parmi les sinuosites du lac Mselar ; on passe devant Sigtuna, qui fut au xi** siecle, apres Birka, une metropole catholique — les nefs beantes et les mines fleuries de ses eglises dominent un tres beau paysage — on accoste au ponton de Skokloster, le chateau
La cathedrale et I'eglise de la Trinity.
des Wrangel, beau musee historique, encore rempli des depouilles de la guerre de Trente ans ; on remonte enfin pendant quelques kilometres le cours de I'etroite 'Fyxis jusqu'au point ou atteignaient autrefois les eaux du lac ; un petit port (CEstra-Aros) preceda ici la ville actuelle quand le Vieil Upsal demeurait un foyer de paganisme ; Upsal et sa fortune datent du jour ou fut obtenu (vers 1270) le transfert de I'archeveche installe depuis 1164 sur les mines du temple barbare.
I^a cathedrale est le premier signe du role historique d'Upsal ; et sans doute la petite eglise de la Trinite semble plus ancienne, si curieuse en sa simplicite rustique, et sa rudesse qui nous revele la premiere architecture religieuse du Nord. Mais la cathedrale qui surgit de terre pour abriter les reliques de saint
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Eric marque le triomphe des puissants seigneurs ecclesiastiques, et fixe la destuiee de la ville.
Des 1287 la construction en est confiee a un Fran§ais, evenement que commemorelmscription suivante, peinte sur la muraille du transept: .< A la memorre de Estienne de Bonneuill, taUlieur de pierre, Maistre de jane Feglise de Ufsa en Suece, menant avequcs Im ses compaignons et ses bachelers pour ouvrer de taille de pierre en la dite eglise alant de Paris en la dite terre Van de grace mil ce quatre vingt et sept. »
Etienne de Bonneuil et ses compagnons eleverent d'abord le choeur ; la cathedrale d'Upsal leur doit cette ressemblance avec les eglises du Nord de la France que les vicissitudes d'une longue histoire ne parvinrent point a masquer, et qu'accentua la derniere restauration ; apres eux, les batisseurs indigenes inclinent a imiter le type « baltique ». Ees ressources du temps ne permettant point I'usage de la pierre, seuls les piliers du choeur et les trois porches sont construits en calcaire ; pour tout le reste de I'edifice, on eut recours a la brique, dont Temploi avait ete generalise par les Cisterciens. Fa construction n'est point achevee lorsqu'en 1402 une partie des voutes et des piliers s'ecroulent. Fa cathedrale est enfin solennellement consacree en 1435. rnais non point terminee sans doute, puisque neuf de ses chapelles seront consacrees jusqu'en 1456. Incendies en 1447, en 1473. Fe plan primitif semble avoir comporte une seule tour (comme a Strjingnas et Vasteras), que toutefois I'on ne batit pas, et qui cede la place a un fronton aigu, flanque de tourelles basses ; Eric XIV en 1563 commande deux fleches. Nouvel incendie en 1572. Nouvelle et totale restauration. En 1609, 1'unedes tours
Le choeur de la cathedrale.
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s'effondre ; I'architecte Gerhard Gillisson de Besche coiffe les deux tours de fleches baroques. Kn 1702 la cathedrale est terriblement eprouvee par I'incendie qui aneantit une partie de la ville ; une lente restauration aboutit a I'erection, en 1744, des deux lanternes dont le profil caracterisera pendant un siecle et demi toutes les gravures et vues photographiques d'Upsal. Entre 1885 et 1893 enfin, les architectes H. Zettervall et E.-V. Langlet remanient le venerable monument conformement aux pures lois du gothique.
De tant d' avatars, le dernier ne fut point a certains egards le moins nefaste ;
Detail de la chaire de la cathedrale.
deux elegantes fleches fuserent vers le ciel ; les piliers de la nef re9urent une veture uniforme de calcaire, et devinrent semblables a ceux du choeur... Mais cette harmonic entraina maintes modifications, et fut mortelle a cette autre harmonic plus complexe et surtout plus significative que composent les voix du passe. Savamment restaurec, la cathedrale d'Upsal ne serait qu'un froid modele d' architecture si maints souvenirs qui n'en purent etre arraches n'evoquaient la diversite des arts, des moeurs et des temps. ly'ancien autel de Burchard Precht a disparu, mais la chaire (1707), deplacee, et legerement transformee, demeure un excellent exemple de la virtuosi te de cet industrieux AUemand ; nous avons rencontre Precht a Stockholm (Storkyrkan) , aDrottningholm, ou son biographe M. Roosval le montre occupe des travaux les
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plus varies, artiste, fabricant de meubles, de cadres, gueridons, voire de jouets mecaniques pour les enfants et les petits-enfants d'Hedwige Eleoiiore. II est ici le collaborateur de Nikodemus Tessinle Jeune dontil execute les plans ambitieux. Avec ses bas-reliefs, ses consoles, ses dorures, ses groupes de saints
Tombeau de Gustave Vasa (Cathedrale d'Upsal).
et d'anges, cette chaire impose superbement au bois le caprice du baroque. On a voulu voir en cette assomption de saint Paul qui la surmonte une manifestation des preferences des peuples du Nord pour le developpement vertical de la decoration. Contentons-nous d'assurer qu'elle n'est point en disaccord avec Retirement des futs gothiques ou elle s'appuie.
fa et la quelques ecussons en bois rappellent qu'avant les grands incendies, piliers et murailles supportaient de nombreuses armoiries : cimetiere de gloires nationales, la cathedrale d'Upsal n'abrite point que des depouilles de theo-
logiens, de professeurs et de savants ; les tombes princieres et royales en font encore le plus curieux ornament. Une epaisse grille en forme de coffre ne permet guere d' admirer la richesse un pen barbare de cette chasse de saint Eric que ciselerent entre 1574 et 1579 Hans Rosenfalt et Wilhelm Boy ; mais les vingt et une chapelles d'ou la Reforme delogea autels et saints pour y introduire des cenotaphes sont accessibles, claires, en sorte que Ton en pent etudier a loisir le luxe funeraire ; pen distrait par les peintures et fresques modernes, on constatera que la plupart des monuments anciens, restaures il est vrai, mais conformement aux indications des Monumenta UUerakerensia de Peringskiold, ont du subir un minimum d'alteration. Celui dont Wilhelm Boy sculpta les marbres en memoire de Gustave Vasa (chapelle Gustavienne ou des Vasa) est imposant ; il supporte I'image du vieux roi, rigidement allonge entre ses deux epouses ; quatre obelisques en encadrent les allegories, symboles et inscriptions ; acheve a Anversen 1572, il connut d'etranges vicissitudes, fut saisi par la municipalite anversoise en paiement des dettes d'Erik XIV et ne parvint aUpsalqu'en 1580... ^^loinsheureux encore, le monument de Jean III, compose (1593-96) par Wilhelm von cler Blocke avec des marbres apportes de Hollande par Erik die Masa, fut oublie a Dantzig jusqu'a la fin du XAriiie siecle ; Gustave III le fit eriger, non sans que le rococo completat etrangement Tornementation renaissance ; etendu en une attitude un peu theatrale et gauche, ce Jean III de marbre contraste avec I'eihgie moyenageuse de son epouse, Catherine Jagellon, que Wilhelm Boy representa couchee, roideet les mains jointes ; ces deux tombeaux se font vis-a-vis en une chapelle que Jean III agrandit en annexant une partie de I'ancienne sacristie ; avec ses stucs (les memes motifs f urent appliques, sans doute vers lememe temps (1583), dans la chapelle du chateau d'Upsal), ses vues de Cracovie et de Stockholm au xvi*" siecle, ses appliques metalliques, sa decoration abondante et composite, cette chapelle est I'une de celles qui retiendront le plus longuement le visiteur. On fera d'ailleurs avec curiosite le tour des bas cotes : du sobre mo}'en age, qui laissa de vivantes empreintes sur les dalles des parents de sainte Brigitte (chapelle de Finsta) et de precieuses peintures aux murailles de la chapelle de Geer, au xvii*= siecle dont le baroque apparait lourdement somptueux en ce monument de Gustaf Baner, oeuvre de Aris Claeson de Haarlem (a Upsal en 1625), plus elegamment paien en ce sarcophage du chancelier Bengt Oxenstierna dessine par Nikodemus Tessin, au xviii" siecle qui celebre par un simple medallion la gloire de Einne ou decore la stele de I'archeveque Mennander d'une gracieuse Religion de I'ltalien Angelini (Rome 1790), tons les ages ont apporte ici leur contribution de souvenirs et d'art... Autres souvenirs encore, quelques-uns importes par la conquete,
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en ce « tresor » qui renferme toute une joaillerie pieuse, de tres ancieniies orfevreries catholiques, des chapes, des chasubles, une garde-robe de soies episcopales, de brocards et de dentelles ecclesiastiques... Un tres beau cahce d'or orne de pierreries, enleve par Konigsmark aux collections impe-
Tombeau de la reine Catherine Jagellon (CatWdrale d'Upsal).
riales de Prague (1648), et donne a la cathedrale par la reine Christine, est signe « Hans Hvivff, Halle, 1541 » ; un autre caHce, butin de guerre du marechal Magnus Stenbock, porte une inscription polonaise (1655). Une grande croix d'argent dore, fut, dit-on, apportee de Rome en 1160. Et voici de curieux bijoux provenant des tombes royales...
Moins ancien que la cathedrale, le chateau a subi de plus graves epreuves, et des mutilations que I'on ne songe point a reparer; de I'enorme masse de bri-
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ques qui coiffait naguere le point le plus eleve de Vds upsalien, seuls demeurent deux blocs en equerre ; a la structure et a la forme des lourdes tours rondes des angles, onreconnait 1' age des Vasa; Gustave I*''' pretendit en effet elever ici une citadelle a demi feodale, en y employant les materiaux des eglises brutalement desaffectees — et incendiees — de Notre-Dame et de Saint- Pierre ; commencee en 1549, la construction languit sous Erik XIV, et fut interrompue par un incendie en 1572. I^'architecte Franciscus Pahr, charge de relever ies ruines, marqua son passage en imitant le chateau qu'il avait edifie a
Le chateau d'Upsal.
Gustrow. Au xvii" siecle, le chateau d'Upsal, a demi abandonne, semble condamne a disparaitre lorsqu'un caprice de Christine le sauve ; des meubles, des tapisseries precieuses, un luxe encore insoupgonne, accueillent en ces salles, ou avait eclate la folie meurtriere d'Erik XIV, I'hysterie disputeuse de cette reine savante ; une chapelle est annexee au chateau ; une salle du trone est construite, ou Christine jouera la grande scene historique de^son abdication (1654) ; quelques mois auparavant elle assistait, rapporteM. Annerstedt, I'erudit historien de I'Universite, a la soutenance de la these de Terserus : « Dissertatio Mosaico-philologica ex cap. V. Genesis ». I^a ville etait encore si petite qu'il fallut expulser de leurs chambres les etudiants pour loger la noblesse, les membres du Riksdag invites a sanctionner le depart de la fille de Gustave- Adolphe... Atteint par le grand incendie de 1702, le chateau.
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a demi detruit, livre, de par la volonte royale, ses materiaux aux constructeurs d'un hopital ; soustrait par Adolphe-Frederic (1744) a Taneantissement, il re9oit les soins de Harleman... Charles XIII et Bernadotte relevent (1815- 1820), la tour meridionale, mais abattent I'aile septentrionale dont ils ne laissent subsister que le soubassement des terrasses actuelles... Une totale restauration a rendu, ces dernieres annees, I'interieur plus habitable au Gouverneur de la Province d'Uppland et aux Administrations et Archives qui s'en partagent les salles nombreuses... Vu de la plaine de Vaksala,, le
Le Gustavianum.
chateau developpe une enorme fagade ; a I'ouest il montre ses blessures ; les tours a demi rasees ne sont plus que des observatoires d'ou le passant decouvre le grave paysage upsalien. C'est la qu'au soir de la sainte Valborg, les etudiants viennent saluer le printemps ; leurs chceurs et leurs hymnes seculaires attestent la survivance de I'idealisme national, cet invincible reve et cette poesie plus durables, en leur apre Nord, que les fragiles'reahsations des arts plastiques.
I,a multiplicite des institutions et proprietes universitaires donne son caractere a la ville d'Upsal ; partout des laboratoires, des musees, des bibliotheques, des salles de cours ; les plus anciens edifices entourent en demi-
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cercle la cathedrale, et ce Skytteanum, qui est depuis trois siecles I'apanage envie d'une chaire d'eloquence et d'histoire, jusqu'au Gustavianum, venerable et pittoresque, ou s'entassent de nos jours des collections d'histoire naturelle. Bati par Gustave-Adolphe, le Gustavianum (ou Academie Gustavienne, par opposition a I'Academie Caroline fondee par Charles IX et remplacee par l/edifice du a Harleman dont on voit la fagade a Riddartorget) se complete en 1662 d'une tour centrale et d'une coupole surmontee d'une sphere, oeuvre d'Olof Rudbeck (Theatrum Anatomicum), qui s'entend a tout, regente
Le Linneanum.
jusqu'a r architecture, met la main aux reparations du chateau et des antiques maisons adossees au moulin de I'Universite (Kvarnholmen) . De la fin du xviiie siecle datent le Linneanum et sa facade antique eleves par Desprez au miheu du nouveau jardin botanique donne par Gustave III pour remplacer I'ancien jardin de Rudbeck et de I,inne; du commencement du xix^ siecle, la haute et severe Carolina Rediviva (bibliotheque universitaire) , dont I'emplacement fut choisi par Bernadotte avec un remarquable sens de I'utilite et de I'effet architectural ; du xixe siecle encore la plupart des maisons des nations, tel cet elegant hotel de Sodermanland-Nerike, et I'hotel, ambitieux et trop vaste, de Norrland — parmi les plus anciennes, la nation de Vastgota arbore encore sur le quai de la Fyris des pignons pittoresques lierement dates 1666...
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I^'evenement qui sur la fin du xix^ siecle transforma le centre du quartier des etudes, et donna a la ville son aspect actuel, fut la construction d'un moderne palais universitaire. Rencontre symbolique, I'Universite recouvre en partie 1' emplacement du chateau des archeveques catholiques ; c'est la en effet que I'archeveque Johannes Haquini jeta, dans la premiere moitie du xve siecle, les fondations dune vraie forteresse (ses predecesseurs habitaient 1' emplacement du Gustavianum) ; una forte tour s'eleva au point marque par la statue de Geijer, une autre dans les terrains de I'actuel arche-
L'Universite d'Upsal.
veche. I^a Reforme renversa cette orgueilleuse bastille ecclesiastique ; et bien qu'une partie des materiaux epars eussent aussitot pris le chemin du chateau roj^al en construction non loin de la, les mines encombrerent longtemps lacoUine. Christine pensa en faire surgir un college et une bibliotheque : Olof Rudbeck dressa des plans. Ce n'est toutefois qu'en 1878 que fut posee la premiere pierre d'un palais rendu necessaire par le developpement de la vie scientifique.
Inauguree en 1887, I'Universite fut construite par les architectes H.-T. Holmgren et C.-H. Hallstrom, conformement aux theories de la Renaissance italienne interpretees en AUemagne par Gotfried Semper ; favorisee par une situation dominante, solidement assise sur des soubassements de granit, la fagade de brique encadree de calcaire s'eleve au-dessus d'un square
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legerement declive : une vigoureuse operation de ni-\-elleinent rasa en eft'et les constructions et les terrasses qui etouffaient I'etroite Rundelsgrand (ruelle de la Tour ronde) ; un large acces fut ainsi menage a I'Universite, que precede et eclaire un lumineux espace.
On y penetrera, non point seulement pour voir le vestibule, ses marbres et ses coupoles, la vaste aula, I'installation tres moderne d'une savante maison, mais parce qu'une nombreuse collection de portraits orne les salles de
Le vestibule de I'Universite.
deliberation du Consistoire et des diverses Facultes ; la plupart de ces toiles appartiennent a I'Universite ; d'autres furent envoyees en depot par le Musee National de Stockholm ; presque tons les peintres suedois anciens et les artistes etrangers dont j'ai precedemment signale I'activite en Suede sont ici representes : le Hollandais Abraham Wuchter avec une reine Christine infiniment attachante, desillusionnee (1661), melancoliquement desequilibree ; Sebastien Bourdon avec un aristocratique comte de Vasaborg ; Martin Mijtens, avec un tres beau Rudbeck... et voici Henrik Elbfass, Ehrenstrahl, David von Krafft, les deux Per Krafft, I^undberg, Roslin, Wertmuller, I^orenz Pasch, Breda... ; la Faculte de theologie possede deux Cranach (portrait de I^uther 1528 et de sa femme Katarina von Bohra, 1529), un
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Michiel Mierevelt (portrait d'Axel Oxenstierna) . . . Ayant ainsi dispose de ses meilleures toiles, I'Universite a exile en un petit musee sans grand interet le reste de ses collections. Elle a mis a la place d'honneur dans la salle du Chancelier le « cabinet d'Augsbourg » ; chef-d'oeuvre d'ingeniosite patiente, cet assemblage d'ebene, d' argent, de corail, de pierres rares ou precieuses, avec ses multiples tiroirs, ses secrets, ses collections diverses, est a lui seul un musee ; Gustave-Adolphe en re9ut le don de la ville d'Augsbourg (1632) ; I'Universite le tient de Charles XI (1694). On y decouvre la signature de I'ebe-
La « nation » de Viistsota.
niste Melchior Baumgarten et celle de Johan Konig, qui peignit les innombrables scenes bibliques...
I,e role de I'art dans la vie upsalienne contemporaine est atteste par les curiosites de plus en plus nombreuses qui en scrutent le passe : longtemps negligee, I'histoire de I'art — et d'abord de I'art national, de ses origines oubliees, de ses commencements de traditions sans cesse interrompues, de ses rapports feconds et redoutables avec les arts du continent — attire et groupe autour de jeunes maitres les talents et les bonnes volontes. Upsal prend sa part de la vaste enquete ouverte notamment sur les souvenirs epars des temps catholiques... 1,'art moderne attire moins aisement I'attention de la cite
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studieuse ; pourtaiit, des expositions organisees ces dernieres annees avec le concours des etudiants ont eu un grand succes ; et Ton vit la jeunesse universitaire se passionner, en faveur du beau monument de Sten Sture, par CarlMilles, dont I'imposante silhouette dominera un jour I'une des collines d'Upsal... La musique, les beaux livres retiennent la predilection du plus grand nombre. On n'oserait point affirmer que I'architecture recemment importee de Stockholm embellira surement la vieille capitale intellectuelle : les vastes maisons de rapport qui surgissent 9a et la, ecrasent de leur masse insolite les rangees de maisons modestes, les gdrd a demi rustiques, les perspectives anciennes ou zigzaguent les facades de bois, et jusqu'a rUniversite elle-meme... Upsal se modernise avec rapidite ; une richesse nouveUe lui prepare un aspect nouveau ; comment toutefois ne pas souhaiter, avec les vieux Upsaliens, qu'il ne renonce pas tout a fait a une certaine poesie dont se parait la modestie d'autrefois ? Upsal avec ses souvenirs, ses paisibles promenades du bord de la Fyris, les environs de son cimetiere que n'enlaidissent point nos atroces architectures funeraires, Upsal, avec ses moeurs bien reglees, I'insouciance laborieuse et gaie de ses etudiants, avec ses maisons professorales (telle, autrefois, cette avenante maison du grand Geijer demeuree encore intacte) si accueillantes, Upsal, si morne en decembre, si lyriquement jeune en avril et en mai, demeure I'un des endroits du monde les plus hospitallers au reve et au travail... Aussi bien est-on stir que cette tradition-la ne se prescrira point : le charme d'Upsal, fait de taut de passe, n'est point a la merci de I'avenir.
Le patinage a voiles.
Les quais de Skeppsbron (Au fond les hauteurs de Soder)
NOTE BIBLIOGRAPHIOUE
n ne saurait s'agir de donner ici une bibliographie de Stockholm et d'Upsal ; les Fran(;ais qui auront lu le tres beau et tres important volume de M. Andre Bellessort sur la Suede en general, devront consulter sur Stockholm Fouvrage de M""= Bernardini-Sjostedt, Pages siiedoises.
L'ouvrage de M. Carl-G. Laurin, la Suede vue par ses peintres, servira d'utile introduction a I'etude des musees. A part cela, quelques precieuses notes du meme auteur dans VArt et les Artistes, et quelques articles epars dans les revues, et tres inegalement surs et informes (ceux de M. Avenard sont specialement recommandables), la bibliographie est a peu pres uniquement suedoise. Je me bornerai a citer ici quelques-uns des ouvrages qui m'ont ete le plus utiles et renvoient aux autres sources — sauf bien entendu les guides et les catalogues de musees que Ton trouve partout, parmi lesquels, toutefois, la Notice descriptive des tableaux du Musee national de Stockholm, par Georg Gothe (en frani,-ais, ill.) meriterait d'etre plus familiere a nos critiques et amateurs d'art. Je ne puis renvoj'er non plus aux nombreux articles de revues suedoises (Ord och Bild, Teknisk Tidskrift (Arkitektur) etc) dont on retrouvera les titres aux tables de ces publications.
Claes Annerstedt. Upsalu Univer&iicts historic
(2 vol. in-8°, Upsala, 1877).
Auswahl-oon Schwedischer Architektur der Gegeii-
wart (Stockholm, 1908).
Richard Bergh. Hvad var kamp glilt. St'dmning^-
hilder [ran « opponenternas y 20-arigaverksa)iiheL
I brochure, Stockholm, 1905).