‹ Stradella, comédie mêlée de chant, en 1 acteChapitre 12 sur 22 · MAGASIN THEATRAL · texte numérisé non relu

MAGASIN THEATRAL

t'nrCONNO. Un homme que vous n’a- TÎei vu qu'une fois... c’est très- excusable. . . quoique j’aie été plus habile. . . car taolât, sans vous avoir jamais ru, à votre émotion quand je parlais de Stradella , à votre trouble, en apprenant le sé(|uesUe mis sur ses biens, il ne m’a pas été difficile de reconnaître...

8TBADELLA . L’artiste le plus embarrassé de toute l’Italie, je ne m en cache pas...

l’inconnu. Et c’est de cet embarras que je viens vous tirer.

BIANCA. Qu’entcnds-je 7 STRAOELLA. Et Comment?

l’inconnu. En mettant i votre disposition deux mille ducats.

STRADELLA ET BIANCA. Se peut-il ?

MALVOLIO, à part. Deux mille ducats !..

che giislo!

FELlPA, bas à Slrarlella, Méfiez-vous...

l’inconnu. Les voilà !

(Il tire one boane.)

STRADELLA, après avoir échangé avec Bianca un coup d'oiit pour la rassurer. Une telle générosité .... ma foi , je ne ferai pas le fier... elle meviendrait fortà propos...

pourtant, {repoussant la bourse) je ne puis accepter un don. ..

LTNCONNU. Un don !.. du tout! nous autres négocians, nous ne donnons rien pour rien. . . il s’agit tout bonnement d’un marché que je viens conclure avec vous.

STRADELLA, jalWoI. Un marché !.. ma foi! si vous trouvez dans tout mon bagage quelque chose qui vaille deux mille ducats...

l’inconnu, riant. Oh! je choisit mieux mes placemens... ce que je veux... {montrant le front de Stradella) est là.

STRADELLA. Quoi donc enfin 7 l’inconnu. Une de vos inspirations, un motet de vous.

TOUS. Un motet !...

l’inconnu, à Bianca. Pardon , signora, de parler devant vous affaire de négoce.

STRADELLA. Ah ça!... que diable avexvous besoin d’un motet de moi?

l’inconnu. Une fantaisie.... il doit j avoir bieutAt un mariage dans ma famille, nous tenons à une beUe cérémonie, surtout à quelque chose d’extraordinaire, qui nous distingue, qui fasse parler de nous... et nous autres marchands, voyezvous, en fait d’arts, nous allons tout de suite aux grandes renommées... ça nous dispense de juger par nous-mêmes. Pourvu qu’on nous fournisse du génie, nous ne regardons pas auprix... aussi me seraisje déjà depuis long-temps adressé à vous, ai le bruit n’eût couru que vous aviez re-

fusé un morceau semblable au grand-duc de Toscane, qui vous le faisait demander pour le mariage de son fils.

STRADELl.A, avec chaleur. C’est vrai ! ...

pour le grand-duc !... rien !... rien!., jamais... couvrit-il d’un diamant chacune de mesnotes...

bianca, le calmant. Mon ami, delà modération...

l'inconnu, à Bianca, en souriant. Pourquoi donc, signora?... à la bonne heure, si les Médicis étaient encore, comme dans leur origine, ces marchands tnii envoyment des vaisseaux jusque dans l’Inde, qui, de leur comptoir, traitaient avec les trônes, escomptaient le repos des nations ou les conquêtes des armées. Mais à présent qu’ils ne sont plus que de simples princes,^ de pauvres souverains héréditaires, il n J a pas besoin de se gêner...

stradella. Vous avez raison vous

êtes qn brave homme, quoique un peu

original touchez-là... (»? lui secoue la

main) vous aurez votie motet.

l’inconnu. Marché fait... *

STRADELLA. A une condition pourtant.

l’inconnu. Laquelle?...

STRADELLA. C’est qu6 VOUS allez souper avec nous. ^

l’inconnu, < a>« satisfaction. Vraiment, vous m’offrez !... moi qui viens de spéculer sur votre embarras. . .

STRADELLA. Justement !... c’est pour me venger : un repas sans façon...

BIANCA. Vite, Felipa... Malvolio!... la table!...

MALVOLIO, à part. Deux mille ducats , un motet !... moi, pour le même prix, je lui aurais assassiné tout Florence. ..

( Il tort avec Felipa. )

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