STRADELLA, L’INCONNU, BIANCA
l’inconnu, à part, pendanique Stradella parle bas à Bianca. Ah ! il a refusé de me voir à ma cour... eh bien ! il me voit chez lui...
STRADELLA, riant. Je ris d’avance du dépit du grand-duc quand il saura que j’ai fait pour un simple marchand ce que j’ai refusé à son altesse... Aussi je veux qu'il soit bien votre motet... plus il fera d’effet... plus le grand-duc enragera.
l’inconnu. Vous lui en voulez donc
bien?,, mais que vous a-t-il fait?.,
STRADELLA. Rien. .. rien... line idée à
moi... U me déplaît.,, je le déteste... c’est
un homme dont la présence me ferait mal , et que je ne pourrais pas voir en face...
l’inconnu. Mais enfin que lui reprochez-vous ?..
STBADELLA. D'ëtre un ignorant , sans godt, sans idées...
l’inconnu , à part. Les profits de l’incognito...
sraADBLLA. Un prétendu protecteurdes arts, qui n’y entend rien , quoique ce ne soit pas faute d’oreilles... un vrai Midas...
l’inconnu, souriant. Je comprends... et vous êtes l’Apollon...
•tbaoella. Pourquoi pas !.. modestie 1 part... j’ai fait mes preuves dans mon genre... comme lui dans le sien...
l’inconnu , riant. Celui des oreilles...
c’est très.possible... et je n’y vois qu’une difficulté , c’est que vous n’avez jamais paru , que je sache , i Florence , depuis dix ans que l’Italie a les yeux sur vous.
STBAnELLA. Oui, depuis... mais avant...
est-ce que laToscane n’est pas ma patrie?..
l’inconnu , vivement. Quel bonheur !. .
STRADELLA. Qu’est - Ce que ça vous fait ?..
l’inconnu. C’est pour la gloire du pays...
STRADELLA. Puisque vous n’en êtes pas...
l’inconnu, se reprenant. C’est juste...
moi qui suis de... de Parme...
STRADELLA. , bas à Bianca. Tiens , je croyais qu’il m’avait dit une autre ville.
l’inconnu. Eh bien donc?
STRADELLA. Eh bien!., il y a de cela quinze ans... j’en avais seize... ma mère , paysanne des frontières , veuve d’un pauvre soldat , avait tout sacrifié pour me faire étudier k la maîtrise de Florence.
Ais de t Enlèvement. (Braguitrei.)
Pour lui donner des joors meillertrs,
Jugex combien de zèle !
Quand U fallut m'éloigner d'elle ,
Ma bonne mère (è/i) était en pleura.
Aosai toujouia, pensant li sa chaumière »
A mon ardeur nul elTort ne coûta Pour mVlancer an bat de ma carrière «
Car je disais : c'est pour ma mère ,
Ma bonne mère !.. elle me bénira.
l’i:«connu. En5n?
STRADELLA. Enfin , je croyais tourner au but... J’avais réussi à sortir de la route Laitue , à me créer un talent original , A être moi... On ouvre un concours... le grand-duc y vient.
l'inconnu. Pas possible... Je suis curieux de savoir ce qu’il fit. .. {A part.) Il y a si long-temps de ça!
STRADELLA. Ce qu'U fit?., tw beau chef-
d’œuvre, allez.. . 11 commença par applaudir des voix communes, des méthodes routinières , des mérites en herbe , qui n’ont jamais mûri... Enfin mon tour arrive... J’avais bien peur, mais c’est égal... ma mère était là... je ne voyais qu’elle...
je me surpassai.
L’INCONNU. Et le grand-duc ?..
STRADELLA. Ce fin Connaisseur, ne retrouvant pas toutes les mignardises banales auxquelles on l’avait habitué , savez-vous
ce qu’il dit ? — •• Passons à un autre
pauvre garçon !.. il ne fera jamais rien. »
HANCA , parlant d'un éclat de rire. En vérité !..
l’inconnu , riant aussi. Ah ! pour cela, il est dans son tort... mais vous lui avez donné depuis un démenti si complet , que vous devez vous croire quitte.
STRADELLA , avee énergie. Quitte!., ah!
oui , peut-être , si je ne me rappelais que les dédains, les insultes de mes camarades, de mes maîtres eux-mêmes, dont la jalousie, jusque là contenue, se fit une arme de cet aiTêt pour m’humilier, pour me proscrire ; je lui pardonnerais, à votre Ferdinand, mesdécouragemens, mes angoisses. . .
mais ma mère , qui ne put résister à la perte de ses espérances ! . .
BIANCA , vivement. Ah ! mon ami !.. et je riais !..
même air çue ie prêcédtnt.
En rappelant ce souvenir.
Je sens encore couler mes iarines :
Pour son enfant pleine d'siarmes ,
Ma pauvre mère (6ù) a dû monrtr.
Après avoir combatlo la misère ,
Sur le destin quand j’ai pris le dessus p
Pour partager cet avenir prospère Pourquoi n'ai-je pas U ma mère...
Ma pauvre mère !.. hélas ! elle n'est plus. .a
l’inconnu. Stradella, combien je prends part..!
STRADELLA. Mais laissons U les princes, leur protection , leur bon goût... ( Voyant la table tjue Felipa et Malvolio apportent. ) Voici quelque cnose de plus solide et de plus intéressant.