SCENE II
CARCASSO, FELIPA.
CABCA8SO , en habit rdpii, f air minable, tournure g’vtesque. Salin à la signora. . .
FF.LIPA. Par eieinplc ! Pénétrer ainsi , sans qu'on vous introduise...
CAnCASSO. C’était pour vous en éviter la peine... la porte était ouverte...
FELIP.A. Et que demandei-vous ?
CAItCASSO, mystérieusement. Le signor Stradella.
FELIPA, se troublant. Hein?.. Plaît-il?., .t’ignore... je ne connais pas...
CARCASSO. Vous avez raison. C’est trèsprudent.... voilà ce qu'il faut dire à tout le monde... maisà moi, qui viens chez lui en qu, alité de confrère...
FELtPA. Vous êtes musicien?
CARCASSO. Carcasse , chanteur indigne.
FELIPA, lia ton de quelqu'un qui ne connaît futs. Ce nom...
CARCASSO. Ah! sans doute, il n’est pas aussi connu que celui de l’illustrissirae Alessandro Stradella , votre maître.
Am : àu PiU'ttiffe de la richetse-
Premier talent de l’Ilalîe,
Favori des plus grands seigneur*,
Il fut bientôt pooMÛ p *r fcon génie Vers ta fortune et les )ioniK*uis.
Moi , depuis vingt ans <{iic je chaule,
Je n'ai pas, comme Stradella ,
Rencontré ilc giimruc nsccnilaate Qni pût s'élever jus<{uc là.
FELIPA. Enfin, que voulez-vous?
CARCASSO. Rendre un service à votre maiire.
FELIPA, /e taisant d’un air detlédain. Un service!.. Et lequel?..
CARCASSO , après avoir regarde mystérieusement autour de lui. Je viens vous avertir qu'il n’est pas en .sûreté.
FELIPA,» part. S’il croit me l’apprendre.
{Haut.) Auriez-vous quelques renseigneinens particuliers?...
CARCASSO. Beaucoup!.. En g.ignant le cœur de sa jeune élève , la signora liianca Criinaldi, en la décidant à quitter Venise av ec lui , mon illustre confrère a travaillé en grand compositeur ; et, d’un seul motif.
une petite fugue, il s'est fait une querelle à plusieurs parties, bien nourries, bien compliquées...
FELIPA. Comment?.. Quel autre ennemi que le comte Grinialdi, l’oncle et le tuteur de ma maîtresse ?..
CARCASSO. Uh ! celui-là , en sa qualité de gonfalonier , il n’emploiera que la voie diplomatique. . . des notes. . des protocoles.. c'est très-long... Malheureusement, nous avons encore le signor marquis Morosini , le prétendu de la jeune personne enlevée...
FELIPA. Prétendu!., prétendu!., ça ne donne pas un droit. ..
CARCASSO. Justement ; voilà le plus dangereux... parce qu’à défaut de titre juridique, on emploie d’autres arin,3plus expéditives et dont l’effet n’est pas sujet à contestation... le stylet, par exemple...
FELIPA. Quelle horreur !...
CARCASSO. C’est abominable.... mais c’est l’usage... De plus nous avons la signora Hortensia...
FELIPA. Cette jeune coquette du quai des Esclavons, la veuve d’un procurateur ?...
CARCASSO. Elle-même. Dans les pre.iniers temps de son séjour à Venise, il parait que mon galant confrère lui avait rendu des soins...
FELIPA. Voyez-vous ça...
CARCASSO. Il parait en outre qu’elle y avait été sensible.... et c’est par suite de cette sensibilité qu’elle veut aujourd'hui le faire... {faisant le ge^te de tuer.) Second stylet !.. Vous voyez qu’entre les deux le clier confrère a besoin deinarclier droit...
FELIPA. Esl-il possible ?.. Des personnes de nos premières familles, inscrites sur le livre d’or, recourir à l'assassinat!... c'est affreux!...
CARCASSO. Epouvantable !... mais c’est l’us.Age... et je vous préviens que déjà un bravo parti de Venise...
FELIPA. Un bravo!... je frissonne!...
êtes- vous bien sûr ?
CARCASSO. A n’en pas douter. Je le sais... personuellemeiit. Le gaillard le plus fertile en ressources... Tenez... je réponds qu’il s'occupe , à l'heure qu’il est, de s’introduire chez vous, sous un prétexte, pour observer les localités, établir son plan d’attaque, et ensuite... {Il fuit le signe de limrer un stylet.) Zag !.. zag!..
FELIPA. Bonté divine !.. Ah !.. signor... pourriez-vous me donner au moins une idée de sa personne, pour que je tâche de le reconnaître?..
CARCASSO. Mais, d’après ce que j’ai
STnADELLA.
entendu dire... c'est un très-bel homme...
une physionomie gracieuse... de l’esprit...
les manières les plus distinguées!...
nriFA.
Aie : tie la Somnambule^
Ah! ma frayeur est complète,
Car, d'après ce signalement ,
Dès qu'un homme aura l'air honnête ,
Plein d'un gènureax dévouement,
Que sa mine sera polie ,
Son laneage moral et pur,
Il fant donc que je m en defie ?
CAECSStO .
Ma foi !.. c'est soarent le plus sûr.
Ma foi , ma fui , c'est souvent le plus sûr.
Je TOUS conseille en outre , s’il existe par hasard dans cette maison quelque passage, quelque issue secrète...
FELIPA , tournant invohmtmremeni Us regards sur la porte secrète. Ah! mon Dieu ! . . et cet escalier dérobé... dont la porte n’est pas fermée...
CAHCASSO, à part. Bon !.. voilà le chemin. ..il me faut la clef. (^au(.)Comment!
comment!., vous avez parlé un escalier dérobé, et vous laissez la clef sur la porte! Quelle imprudence !..
FELIPA. En effet... je vais...
CAHCASSO, l’arrêtant. Permettez, permettez, signora.. . Je tiens à m’assurer par inoi-méme... Quand il s’agit de la vie d’un confrère, du grand maestro Stradella! . . O Dieu!.. {Fermant la porte à droite.) Là!..
h double tour!.. Maintenant ôtons la clef; (// l’dte)el surtout gardez la soigneusemenL Il y a tant de coquins qui ont toujours sur eux des clefs de rechange... (U en lire subtilement une desapoclie.)Vae substitution...
(Il la fait.) C’est sitôt fait... vous n’y verriez que... du fer. .. (£»/ remettant lajausse clef.) Voilà voire clef.
FELlt’A , la mettant dtins sa poche. Elle ne sortira plus de ma poche.
CARCv.sso. A présent que j’ai atteint l'honorahlc but de ma visite, permettez, .signora...
( Il salue pour se retirer.)
FELIPA. Vous partez déjà... Il faut revenir voir mon maître..
CAHCASSO. C’est bien mon intention...
FELIPA, le reconduisant. Que le ciel vous fas.se réussir dans tout ce que vous entrepremlrez !
CAHCASSO. Je l’espère !.. Je fais tout ce qu’il faut pour ça. Ne vousdérangez pas ..
jcconnais le chemin.(.Y part, en s’enattarU.) Maintenantje délie tous mes conciirrens. ..
même cet hypocrite de Malvolio...
(Il tort.)