SCENE IV
BIANCA, FELIPA.
BIANCA , sortant par la porte à droite, très-vioement. Nous protéger!., contre qui donc, Felipa ?...
FELIPA, à part. Ma maîtresse!.. Ne l’effrayons pas.(ffou/.)Kien, rien , signora. C’est une prière que je faisais... Mais votre sieste est donc déjà finie ?
BiAivCA. A peine ai-je pu m’assoupir...
et les rêves les plus tristes , où je me voyais séparée de mon SU'adella...
FELIPA. Oui , oui... Un cauchemar, je connais ça... {A part.) Je viens d’en avoir un toute éveillée.
BiAlACA. Comme il tarde à renti-er!
FELIPA. Pourquoi vous tourmenter?
Ne peut-il avoir été retenu par ce banquier Léoni , chez lequel il devait réaliser , aujourd’hui même, des valeurs considérables?
BIANCA. Dont nous atteudions le payement pour nous rendre à Home, où la faveur du saint-père garantit à Stradella un asile inviolable.
FELIPA. Par malheur, nous ii’y sommes pas encore; et il me semble que, pendant notre séjour à Florence, le plus sùi pour votre mari c’eût été de réclamer I.a protection du grand-duc de Toscane , le prince Feidinand II de Médicis.
BIANCA. Il est vrai qu’on le dépeint si généreux, si affable...
FELIPA. Affable, au point de se promener, dit-on , tout seul par les rues, comme un bon bourgeois, d’aller visiter les travaux des artistes célèbres... d’entrer J souvent dans les maisons de banque , les
MilOASlN TUÈATit&L.
casino . les txnitiques , pour voir tout par lui-iiiéine.. et si un homme comme mon maître s’adressait à lui...
BIANCA. Tu as raison; mais, quand j’ai ouvert cette idée à mon mari , lui qui est toujours de mon avis, il l’a repoussée avec une telle répugnance...
FELIPA. Et pourquoi?..
■lAixCA. Je t’ignore...
FEI.IPA. Un caprice...
BiASiCA. Eh bien !... quand cela serait, la femme d’un Stradella doit tout respecter en lui , jusqu’à ses caprices !
FELIPA. Certainement, je le respecte aussi.... je lui suis dévouée. ... mais des caprices !.. il n’en a déjà eu que trop , et qui nous coûtent cher. . . témoin le jour de l’enlèvement... s’il n’eût pas refusé —
BIAKCA. Ah! tais-toi!.. ce trait-là, vois-tu bien, a encore augmenté mon amour...
FELIPA. Et diminué votre fortune.
BIANCA. Eh! quoi!., tu ne sens pas tout ce qu’il y a eu de vraie grandeur dans sa conduite’ Mon oncle venait de lui refuser dédaigneusement ma main, que je l’avais autorisé à demander, el, non content de cet affront, lui avait enjoint , comme magistrat , de quitter la république dans les vingt-quatre heures!.. Et, quand nousopposâmesà cette tyrannie un hymen secret et la fuite, tu aurais voulu qu’il s’exposât au soupçon de n’avoir agi que par un vil intérêt!... Oh!., je le vois encore, au momentdu départ, quand tu apportas l’écrin qui contenait mes diamans... qu’il me parut beau en s’écriant, les yeux tournés vers moi : « Non, non !..
» d’elle, je ne veux qu'elle seule! Puisque > je lui devrai le bonheur, c’est bien le » moins que je lui apporte la richesse!..»
FELIPA , regardant l’appariement. I.»a richesse !.. elle est jolie!., celle qu’il vous a donnée j usqu’à présent.
Bi ANCA , souriant. Eh bien ! tant mieux, du moins ici... les privations, ça nous déguise...
FELIPA. Quelquefois même ça nous déguise trop.
BIAKCA. Et que m’importe? Rien ne me manque, dès que mon Stradella est à mes côtes, dès que je le vois, que je
l’enleuds surtout Oh! l’entendre!...
Dans ma famille, dans Venise entière, on l’accuse peut-être d’avoir employé avec moi les artifices d'un séducteur... Comme on se trompe !.. le sien fut bien simple...
il chantait...
Ais du Uaiser au porteur.
Aux aceen» <1« sa voix tuuciiante Tout mon coeur s'envole vers lui :
Un nouveau jour, une clarté brûlante .
Devant mes yeux Kmble avoir lui ,
F.t loin tic moi toute autre idée a fui.
Le luxe encore a-t-il de quoi me plaire?
Et que m’imiiorle, en ce» moniens beureux.
Ce qui III entoure sur la tene .
Pnist|ue je me crois dans les deux?
Puis-je regarder sur la terre ,
Puisque je rae crois dans les deux?
FELIPA. Dans les deux!.. Qu’cst-ce que vous dites donc ?.. [Regardant C appartement.) Si le Paradis ne devait pas être mieux meublé que ça , ce ne serait guère la peine d’avoir été sans reproche toute sa vie... [A port, avec un soupir comique.) Ou à peu près.
■ altoliOi chanUint sous la fenttre d*une voix natillarde.
Alt du Juif , dans la Gatza lad/a.
At« , dame charitable ,
Le Seigneur aoit avec voui.
FELIPA. Tenet, puisque vous adorex le chant , eu voilà.
BIAECA , souriant. Pas comme celui dont j’ai l’habitude... mais un pauvre pèlerin...
Ah!., ma dernière piastre... tiens... ça portera peut-être bonheur à mon mari....
FELIPA , n la jenèlre, Tenei, mon ami..
[Elle jette la pièce d’argent.) Eh mais!...
madame , je ne me trompe pas. . . Entrez , entrez, mon ami.
BIANCA. Que fais-tu ?
FELIPA. Je reconnais ce pèlerin, itiadame, pour l’avoir vu, depuis plus de deux ans, à Venise, dans I église Saint- Marc, priant avec une ferveur à nous rendre jalouses , nous autres dévotes.
Allez , c’est le ciel qui nous l’envoie.
BIANCA. Comment?
FELIPA. Vous cherchiez un domestique sûr et fidèle, pour nous accompagner à Rome. . .
BIANCA. Et tu crois que ce pèlerin...
FELIPA. Je réponds de lui comme de moi-même... Un modèle de piété... et si honnête.... offrant l’eau bénite avec une grâce!... et tenez, madame, le voici...
voyez quelle sainte figure !
MaaogaaaaaBaaBaaeaaBaaB C OBBa B caaBaBaao n a g a»»