STRADELLA , BIANCA
(StTsdella t’esi auis â’iin sir préoccopê , Bisacs s’approche de lui et le regarde teodreaunL
BIANCA. Comme tu as l’air soucieux , mon ami ?
HAGASIM THEATRAL.
SnuumxA, bà pnmaU la mata. TV trouves. . . en ce cas, j’ai tort, car ta présence devrait suffire pour dissiper tous les cUagrins.
BIANCA, vivement. Tu en as donc ?
STRADELLA. Eh bien’, oui, puisque je n’ai pu te le cacher... tout semble, aujourd’hui, conspirer contre nous... et cependant , dans mes embarras, je me dis quelquefois que la fortune n a pas tout-A-fait tort:(ui'*c leitilre<se) ne m’a-t-elle pas fait le plus beau de ses présens, et n’est-il pas juste qu’elle me le fasse un peu acheter?..
BiANCA. Ah ! j’en suis sûre .. encore quelque danger que j’attire sur toi... tu étais SI heureux avant de me connaître!...
STRADELLA. Eh bien ! par exemple, il te sied bien de me faire ce reproche-là , toi qui m’as sacrifié la plus brillante existence!..
Aia : Une chanson hrefontie (H ASiai.)
Va , je feprcodi courage ;
Do ciel toujours Fazur Après un jour d'orage Itoos apparaît plus pur.
En le voyant n belle.
Quitter parent, amis,
Ponr embellir, 6dèle ,
Hes jnnn cpii sont proeerlta,
Souvent je dis :
IRat taon bonheur e’aat elle ,
Prêt d'elle plut d’ennuia ,
De eoacie.
Vcu'iae ai chérie.
Je te dois mon nonbenr ;
ITes-tn pas la patrie D'nn objet encliaotenr ?
Un dur exil loin d'elle Uclas 1 nous a bannis ,
Hais Venise la belle Reverra les proecriu.
Je le prédis,
El le sort moins rebelle Te rendra ton pays ,
Ton pays.
BIANCA. Que tu es bon de me consoler encore I
BTRADF.LLA, giilté. Eli non ! morbleu!.. mais c’est que, si ou se laissait abattre, on ne uiériteiait pas d’etre artiste. Après tout, il n’y a rien de perdu ; et parce que j’ai fait une imprudence...
BIANCA. Laquelle?
STRADELLA. Tu ne me gronderas pas trop?
BIANCA. Parle donc vile.
rtrADRLla. Tantôt, quand je me suis présenté chez le banquier Léoni, impossible de le voir... il faisait la sieste... je crois bien que si j’avais apporté de l’ar-
■mt on rauniit révteillé mais comme
pallais en recevoir...
, BMMBA. Après ?
STRADELLA. Forcé de me proomner, en
attendant son réveil , *10 ne sa'is pas coanment cela s’est fait... malgré tes recom mandations...
BIANCA. Eh bien ?...
STRADELLA. Je suis entré dans la cathédrale...
BIANCA . Dans la catliédrale ! . . . û ciel ! . . l’endroit le plus fréquenté de Floivnce...
t’exposer à être reconnu !.. c’est affreux !
c’est avoir bien peu d’amour pour mot 1...
STRADELLA, souriant. Elle ne devait pas me gronder. . .
BIANCA. Je t’avais tant prié de n’entrer dans aucune autre église que celle de ce faubourg écarté !
STRADELLA. La chapelle du couvent voisin... mais c’est que, vois-tu.’., la musique qu’on entend là... toutes voix de
femmes pas une basse, pas un pauvre
ténor taudis qu’en passant devant la
porte de la cathédrale, où justement on disait la messe... j’entendais de loin ronfler une harmonie bien pleine, bien mâle, des organes superbes!... c’était si tentant!
et, pour comble, devine ce qu'on chantait : un morceau de moi, ma chère, mon beau Credo!., tu sais... Oh! ça !.. vrai, ce n’est pas parce que j’en suis l’auteur...
mais c’est un chef-d’œuvre.
BIANCA. Eh bien?
BTRADBLLA. Eh bien, ce n’était pas mal exécuté... et s’ils ne m’avaient pas ralenti le mouvement, j’aurais été asaei content d’eux... excepté d’un seul, le ténor...
figure-toi le plus mauvais goût!., dans des mélodies toutes simples, toutes d’expression, fourrer des nroderies, des fioritures !
BIANCA. Eh! il s’agit bien de cela!.., cette iniprudenee...
STRADELLA. Nous y arrivons ah !
d.im !.. c’est que ça m'agaçait les nerfs. .. je me tenais à quatre depuis une heure , lorsque, arrivé à une pliraseque j’avais écrite pour moi., ( je frappant ta poilrii^ ) pour cette jx)iurine-là , le traître n’a-t-il pas la barbarie de me la défigurer par un trait... oh 1 mais quel trait!., c’était trop fort et dans mon indignation...
BIANCA. Qu’as-tu fait?...
STRADELLA. J’ai rétabli la pureté du texte : j'ai chanté la phrase... bien plus, s’il faut tout t’avouer... un instant d’oubli!... j’ai donné mon ut de poitrine, celui que je ne me permets guère qu’en petit comité, avec ceux que j’aime... j’ai senti l’élourderie... j’aurais voulu le rattraper... mai s trop tard... il y était bien!., et là-dessus sensation générale. .. un tumulte, un lintbousiasme dans l'église
Digili- rc: ' v Goo-^k
« Qai ■ pn chanter ainsi?... il n*y a que Stradella an mouile qui en soit capable. »
Et de tous les côtés j'entendais iiiunnurer mon Doiii.
BIAMCA. Tu me fais fréniir!...
STRADBLLA. N'est-ce pas?., c’était effrayant... et agréable !... car dans le moiiieni, si je m'en étais cru, je me serais écrié : £b bien! oui !... c'est Stradella!... c'est mol !
■lANCA. Grand Dieu!...
BTaAoaLLA. Uh ! sois tranquille... j’ai pensé à loi... et ça m'a retenu... l’amant, lu mari de Bianca, n’arail plus le droit de hasarder sa liberté ; je me suis esqniré , j’ai disparu dans la foule. Mais il parait que mon arenture a eu bientôt du retentissement... car, une heure après, quand je suis retourné ches le banquier Léoni, je l'ai trouvé causant arec un homme de fort lionne mine, qui avait entendu raconter la nouvelle, et qui disait: « Il n’y a pas de doute, il faut que Stradella soit incognito dans Florence.»
BiAfcA. Ail ! mon ami, pas une minute à perdre... il faut partir pour Rome avant la nuit...
STRADELLA. Partir, c’est bientôt dit...
mais sans argent...
BIANCA. Comment?.... ces lettres de change, échues aujourd'hui même...
STRADELLA. Autre revers... « Je reçois, m'a dit le banquier en les considérant, un contre-ordre de celui qui lésa souscrites , de Salomon... »ce riche juif desprocuraties... U II iii'annoncequ’ellesétaient leprix d'une vente d'objets d’art qui lui avait été faite... niais... »
BIANCA. Ah! je devine... tes tableaux...
tes statues... c’est pour moi que tu as tout vendu...
STRADELLA. Sans rien regretter... Par malheur, marché nul.... • Car, a ajouté Ia>oni , le Conseil des Dix a mis sous le séquestre tous les biens du vendeur, le signor Stradella... ■<
BIANCA. Qu 'entends-je ?... encore cette persécution...
STRADELLA. Tout nous accable aujourd'hui !...
BIANCA. Que vas-tu devenir, réduit à te cacher, sans res.sources , sans un seul ami?